Mécachrome, exemple réussi de la métamorphose d'une PME en ETI

Jean-Jacques Talpin, à Orléans

Jean-Jacques Talpin, à Orléans
Dans le spatial, l'aéronautique, le nucléaire et même le sport auto, Mécachrome est devenue une «signature» dans la production d'ensembles usinés de haute précision. Intégrateur de premier rang, l'entreprise affiche à son tableau de chasse les plus grands groupes de l'aéronautique (70% de l'activité), de la défense et de l'automobile. Avec 2.400 salariés, sur des sites en France, au Canada, au Maroc et en Tunisie, Mécachrome se sent poussé par une «vague porteuse» qui pourrait l'emmener vers les 500 millions d'euros de chiffres d'affaires en 2018 (313 millions aujourd'hui).
L'euphorie qui règne dans les couloirs du siège social d'Amboise, en Touraine, est revenue après une crise qui aurait pu faire disparaître l'entreprise en 2008-2009.
Mais pas question pour autant de renier l'histoire de cet atelier créé en 1937 en région parisienne par Eugène Casella, un tourneur de la Snecma qui se délocalise au début des années 1960 à Aubigny, en plein Berry, pour mieux se rapprocher de la Sologne giboyeuse.
En grandissant, la petite entreprise essaime à Amboise, puis dans la Sarthe et diversifie ses clients autour de son cœur de métier : la mécanique de très haute précision, y compris nanométrique, que demandent des groupes comme Airbus ou Boeing. Mécachrome passe ainsi de simple sous-traitant de pièces usinées à intégrateur et fournisseur d'ensembles complets. Au début des années 2000, la famille Casella décide de s'ouvrir à l'international.
Mécachrome s'installe donc au Canada, à Montréal, la troisième place aéronautique mondiale. La PME familiale mettait alors le doigt dans un engrenage infernal qui allait lui être presque fatal.
L'entreprise transfère son siège au Canada, intègre la Bourse de Toronto, mais s'endette tout en multipliant les investissements (plus de 100 millions d'euros en quelques années). Et cela alors qu'arrivent les crises aéronautique puis automobile.
En 2008, la famille Casella sort du capital de la PME en crise, qui relève alors du droit canadien des faillites et d'une procédure de sauvegarde en France, où Mécachrome réinstalle son siège en 2009. Cette pépite mécanique sera finalement sauvée par trois fonds d'investissements : Ace Management, FTQ (Fonds des travailleurs québécois) et le FSI qui apportent chacun 15 millions d'euros en fonds propres tandis qu'un pool de six banques françaises libère 22 millions. La «renaissance» est marquée par un nouveau management et l'irruption d'une culture propre aux grands groupes, loin de la gestion familiale.
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La transition s'est aussi accompagnée d'une mobilisation interne avec une formation financière à l'ensemble du personnel, du tourneur au PDG pour qu'il « comprenne les enjeux financiers». Une transition désormais bien engagée :
Aujourd'hui, le «nouveau Mécachrome» s'appuie sur trois piliers : de forts investissements productifs, la croissance externe et la R&D.
Des principes mis en œuvre depuis trois ans dans une croissance externe volontariste, notamment pour se rapprocher d'Airbus. Premier acte avec le rachat en 2012 de Mécahers (27 millions d'euros CA, 200 salariés) à Toulouse.
Même logique dans la région nantaise, autre place forte aéronautique avec Airbus et Aerolia, où Mécachrome vient de combler son absence avec le rachat de QSA et de Jallais (25 millions d'activités à eux deux). Cela lui a ainsi permis de renforcer sa présence sur les chaînes de l'A350. Autre exemple encore, avec un contrat de partenariat signé à la mi-avril avec Snecma pour la production d'aubes de turbines du moteur d'avion Leap, projet de 60 millions d'euros qui entraînera la création de 150 emplois dans l'usine Mécachrome de Sablé-sur-Sarthe.
Avec quatre ans de production assurés, Mécachrome pourrait voir l'avenir avec sérénité.
Avec ses actionnaires et ses banques, l'entreprise a désormais les possibilités de financer ce développement. Pour se mettre en ordre de bataille, le management vient aussi d'évoluer avec la nomination à la direction générale d'Arnaud de Ponnat, chargé de « pousser la croissance du groupe sur une trajectoire ambitieuse, en rapport avec les fortes perspectives du secteur aéronautique ».
Pour cela, l'entreprise doit relever un autre défi : celui du recrutement. Malgré des écoles de formation sur les différents sites, l'entreprise peine à recruter des compétences nécessaires :
En désespoir de cause Mécachrome a dû se tourner vers le Portugal pour «exfiltrer» quelques dizaines de tourneurs-fraiseurs.
Jean-Jacques Talpin, à Orléans