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Internet par satellite: grosses fritures sur la ligne entre Orange et Eutelsat

Michel Cabirol et Pierre Manière

Publié le 26 février 2018 à 05:00 - Mis à jour le 26 février 2018 à 08:24

Le Quotidien Numérique

18 juin 2026

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Après des mois de négociations, les deux opérateurs n'arrivent toujours pas à trouver un terrain d'entente pour connecter par satellite les Français qui vivent dans des zones isolées et difficiles d'accès.

Le bras de fer se poursuit. Depuis des mois, Orange et Eutelsat tentent de s'entendre pour offrir aux Français de nouvelles offres Internet par satellite. Mais pour l'heure, selon nos informations, les pourparlers sont plus que jamais dans l'impasse, au grand dam des pouvoirs publics. Il faut dire que l'exécutif, dans le cadre du plan France Très haut débit, veut apporter un "bon débit" (soit une connexion Internet fixe comprise entre 3 et 8 mégabits par seconde) à tous les Français à l'horizon 2020, en attendant le très haut débit (soit une connexion d'au moins 30 mégabits par seconde) en 2022.

Pour y arriver, le gouvernement s'est entendu avec les grands opérateurs terrestres - Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free - pour qu'ils déploient la fibre optique dans tout l'Hexagone. Toutefois, cette technologie ne permettra pas de couvrir l'intégralité du territoire. Pour environ 2 millions de foyers, très isolés ou situés dans des zones de montagne, le satellite constitue ainsi une alternative - parfois la seule - pour accéder à Internet.

Une place pour le satellite

Pour rafler ce marché, l'opérateur de satellites Eutelsat s'est immédiatement positionné. L'été dernier, il a proposé au gouvernement un projet pour connecter quelques 800.000 foyers français par le biais d'un nouveau satellite américain ViaSat-3, construit par Boeing, et qui pourrait être lancé en 2020. Problème: cette solution a suscité l'ire de la filière spatiale française, Thales et Airbus en tête, furieuse qu'on envisage de se passer de ses services au profit d'un satellite "made in USA". Idem pour l'Elysée et Matignon, soucieux de préserver cette industrie nationale.

Lors du Comité de concertation Etat-Industrie sur l'Espace (CoSpace) du 24 octobre 2017, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire avait sévèrement retoqué la proposition d'Eutelsat. "L'arrivée de Viasat en Europe serait une catastrophe pour l'industrie spatiale", affirme-t-on au sein de la filière.

Voilà pourquoi l'Etat privilégie aujourd'hui une solution française pour connecter en partie 500.000 à 800.000 foyers, incluant Eutelsat, Thales et possiblement Airbus. Interrogé par La Tribune lundi dernier, le secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, a confirmé que le gouvernement voulait "faire une place au satellite" pour connecter les Français dans les zones isolées, et était prêt à subventionner en partie cette offre. Sachant que dans le cadre d'un tel projet, c'est Orange, l'opérateur historique, qui aurait la charge de commercialiser cette nouvelle capacité satellitaire auprès des clients finaux.

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Orange fait de la résistance

Problème: pour le numéro un français des télécoms, les engagements financiers demandés par Eutelsat sont tout bonnement inacceptables. Le 14 février dernier, un entretien censé débloquer les négociations entre les PDG d'Orange Stéphane Richard et d'Eutelsat Rodolphe Belmer, a été un échec, selon des sources concordantes. La position d'Orange équivaut à un "bras d'honneur à Emmanuel Macron", estime-t-on dans la filière spatiale. D'autant que l'Elysée et Bercy, qui suivent ce dossier avec beaucoup d'attention, ont insisté pour que Stéphane Richard, qui s'y refusait jusqu'ici, parle à Rodolphe Belmer. En pure perte...

Les négociations achoppent depuis le départ sur une question d'argent. Selon une source proche du dossier, l'opérateur de satellites aurait fait une première proposition de 1,2 milliard d'euros à Orange, aujourd'hui ramenée à 400 million d'euros sur huit ans. Soit 50 millions d'euros par an. Cela permettrait ainsi à Orange d'offrir de l'Internet par satellite à environ 200.000 foyers français. Dans la filière spatiale, on évoque plutôt un montant de 35 millions d'euros par an pour connecter 200.000 foyers. "Qu'est-ce que 35 millions d'euros par an représentent à l'échelle d'un groupe comme Orange", peste-t-on dans la filière spatiale.

Mais pour l'opérateur historique, il est hors de question de s'engager sur un tel montant. Pourquoi? Parce qu'à ses yeux, le marché est très loin d'être aussi important. Selon nos informations, l'opérateur estime que le marché du satellite s'élèvera pour lui à environ 40.000 clients à l'horizon de quatre ans - soit peu ou prou son nombre actuel d'abonnés Internet par satellite via sa filiale Nordnet. Sachant cela, il ne serait, pour l'heure, pas prêt à investir plus de 40 millions d'euros au total, et dans le meilleur des cas, à partir de 2022. De plus, l'opérateur demande à Eutelsat un meilleur débit que celui qu'il lui propose.

De nouvelles technologies pour concurrencer le satellite

L'opérateur ne veut pas s'engager sur une période plus longue, estimant notamment qu'avec l'accélération du déploiement de la 4G en zones rurales (et le développement de la 4G à usage fixe) et l'arrivée de la 5G dans quelques années, il aura probablement de moins en moins besoin du satellite. "D'une certaine façon, le satellite sera assez marginal en termes d'impact commercial par rapport aux autres technologies qu'on développe", a indiqué Stéphane Richard, la semaine dernière, lors de la présentation de résultats 2017 du groupe.

Sur le fond, ce qui irrite profondément l'opérateur historique, c'est qu'il estime qu'Eutelsat, à travers un engagement important d'achat de capacité (différent de l'achat à la ligne auquel il est habitué), tente de lui faire porter le risque commercial du lancement de son nouveau satellite. Comme La Tribune l'a précédemment indiqué, l'opérateur juge, en outre, qu'Eutelsat ne chercherait en fait, depuis le début, qu'à relancer son projet initial de convoler avec l'américain Viasat. Et ce, en arguant auprès du gouvernement que c'est la seule solution possible, en laissant entendre qu'Orange ne veut pas jouer le jeu avec la filière spatiale française...

Quoi qu'il en soit, il est vrai qu'Eutelsat est aujourd'hui dans une situation quelque peu compliquée car il devait une réponse début février à Viasat pour renforcer leur partenariat en vue de connecter les habitants des zones isolées. Il ne l'a pas fait. Selon nos informations, l'opérateur de satellites aurait réussi à décaler sa décision. "Eutelsat souhaite trouver une solution française", assure-t-on à La Tribune. Jusqu'à quand l'opérateur de satellites, coincé entre ses promesses vis-à-vis de Viasat et l'intransigeance d'Orange, pourra-t-il tenir une position aussi fragile?

Orange veut partager l'addition avec les autres opérateurs

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Au passage, Orange argue que la distribution d'une nouvelle offre satellitaire ne doit pas reposer sur ses seules épaules. En clair, selon son état-major, les autres grands opérateurs français devraient aussi participer à cet effort. Idem pour les autres grands opérateurs européens qui pourraient être intéressés par cette solution. A l'instar, par exemple, de Telefonica en Espagne, de BT au Royaume-Uni ou de Deutsche Telecom en Allemagne.

"Je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement penser qu'Orange, à lui tout seul, puisse constituer la solution commerciale par rapport au lancement d'un nouveau satellite, a déclaré Stéphane Richard lors de la présentation des résultats annuels du groupe.On n'est pas tout seul sur le marché français... De plus, vous ne lancez pas un nouveau satellite uniquement pour couvrir un marché national: il y a le reste de l'Europe."

Michel Cabirol et Pierre Manière

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