Le spatial traverse en Europe une période très difficile. Mais au début de l'été, il y a eu toutefois cette gourmandise avec le succès du premier vol d'Ariane 6 qui était attendu après des années d'errance de la filière lanceur. En quoi le retour d'un lanceur lourd européen est-il si important pour l'Europe ?
D'errance, c'est un jugement de valeur. De retard, oui, c'est factuel. Il y a eu des retards importants. Pendant une période beaucoup trop longue, l'Europe a été privée d'accès souverain à l'espace. Les retards d'Ariane 6, la guerre en Ukraine avec l'interruption de Soyuz, puis l'échec de Vega ont privé l'Europe de cet accès souverain à l'espace. Le premier vol réussi d'Ariane 6 est effectivement une excellente nouvelle. Et comme vous le disiez, c'est une gourmandise que l'on savoure. C'est vrai que cette nouvelle nous fait plaisir. Cela nous fait plaisir de voir le succès d'Ariane 6. Martin Sion (président exécutif d'ArianeGroup, ndlr) disait le jour de ce succès : « l'Europe est de retour ». C'est effectivement un moment historique. Ariane 6 arrive avec une longue carrière devant elle grâce à sa compétitivité, à sa polyvalence, à sa capacité dans sa conception d'être optimisée pour des constellations. On voit bien que c'est un marché qui croît de façon très importante. Ariane 6 a donc de très belles perspectives.
Pour autant, Ariane 6 arrive aussi au moment où l'Agence spatiale européenne (ESA) a instauré à la demande de certains États membres, notamment de l'Allemagne, une compétition intra-européenne...
... La problématique dans le domaine des lanceurs est très compliquée. C'est une équation avec de multiples paramètres : il y a de très nombreux scénarios, de grandes rivalités, de grandes incompréhensions sur les « business models ». D'ailleurs, le rapport Draghi apporte de bonnes réponses et propose des plans d'actions. Quels que soient les scénarios dans le domaine des lanceurs, il y a deux invariants. Le premier - que ça nous plaise ou pas - : les lanceurs sont d'abord une activité de souveraineté d'accès indépendants à l'espace. Il peut y avoir des activités commerciales comme c'est le cas pour Space X et Arianespace mais ce n'est pas le cas au Japon, ni pour l'américain d'ULA (United Launch Alliance, une co-entreprise entre Boeing et Lockheed Martin, ndlr). Le cœur de l'activité reste l'accès souverain à l'espace. Le second invariant - que cela nous plaise ou pas également - : il n'y a pas la place pour deux lanceurs lourds en Europe. C'est une évidence. En revanche, il y a de la place en Europe pour une compétition sur les micros et mini-lanceurs. Il y a aussi de la place en Europe pour une compétition en matière de solutions technologiques et d'innovations sur les équipements et les moteurs spatiaux. Enfin, il y a de la place en Europe pour une concurrence pour des initiatives en matière de transport spatial et sur les modules de service.