Selon plusieurs sources concordantes, Airbus et Thales étudient à nouveau et très sérieusement un rapprochement de leurs activités spatiales réunies au sein d'Airbus Defence & Space (Airbus DS) et Thales Alenia Space (TAS). Les deux groupes ont lancé des discussions à bas bruit qui sont exploratoires, expliquent plusieurs sources. Dans le cadre de ces discussions, plusieurs scénarios sont examinés par les deux groupes. A ce stade, tous les acteurs restent extrêmement prudents sur la réussite de ces discussions au regard des échecs des différents projets de rapprochement des activités spatiales de ces deux groupes, qui ont jalonné ces quinze dernières années. Surtout, elle dépendront des conditions qu'exigera la Commission européenne pour donner le feu vert à cette transaction. C'est d'ailleurs le point clé de toute l'opération. Contactés par La Tribune, Airbus et Thales n'ont pas souhaité commenter.
Tout comme chez Thales, le président exécutif d'Airbus Guillaume Faury a bien conscience de cette colossale difficulté. Dans une interview accordée au Monde en mars dernier, il expliquait que « les règles de la concurrence en Europe, c'est-à-dire l'antitrust, rendent difficiles la consolidation entre grands acteurs d'un même secteur. Ce n'est pas impossible, mais les obstacles sont considérables ». Mais, en même temps, le secteur spatial (satellites) est dans un inquiétant trou d'air « Nous sommes dans une période de grands bouleversements, avec beaucoup de difficultés, beaucoup d'acteurs qui perdent de l'argent en ce moment. Il faut vraiment jouer collectif et je ne suis pas pessimiste sur le fait que nous allons y arriver », avait-il d'ailleurs souligné lors du Paris Air Forum organisé mi-juin par La Tribune. Les discussions avec Thales avaient déjà été lancées...
Poussés par l'État, ils avaient déjà étudié en 2019 une telle opération, qui avait été principalement abandonnée pour des raisons d'antitrust au niveau européen. Véritable serpent de mer depuis des décennies, ce projet a d'ailleurs échoué à plusieurs reprises dans les années 2000, puis en 2016. Cette nouvelle tentative sera-t-elle cette fois-ci couronnée de succès ? Lancées avant la dissolution, ces discussions seront-elles agréées par le nouveau gouvernement ? Le gouvernement Attal a été informé de l'ouverture des discussions. Le ministère des Armées est favorable à une telle opération en raison de sa grande lassitude à observer les deux industriels s'entre-déchirer sur les campagnes export et à réclamer chacun de leur côté le soutien de l'État. De telles guerres laissent également des traces dans l'appareil d'État.