"Encore des mots toujours des mots, les mêmes mots". Décidément le Premier ministre colle à la célèbre chanson de Dalida ("Paroles, paroles"). Dans une interview accordée ce mardi au journal économique "Les Échos", Édouard Philippe promet "un effort supplémentaire" au profit du ministère des Armées "dès l'an prochain". Il a également confirmé que le gouvernement allait "tenir" l'objectif de consacrer 2% du PIB en 2025 (hors pensions, surcoûts des opérations extérieures et service national universel) en dépit de la situation budgétaire tendue et des baisses d'impôts promises. Soit 50 milliards d'euros en 2025 (contre 32,7 milliards d'euros en 2017).
Pour le Premier ministre, cet objectif "exige de tracer un chemin crédible d'ici à 2025". Il doit être "progressif", a-t-il expliqué. Un objectif qui arrive trois ans après la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. Il ne s'agira pas pour le gouvernement d'augmenter fortement le budget de la défense lors des trois dernières années de la future Loi de programmation militaire (2019-2025). Enfin, Édouard Philippe a rappelé que le ministère des Armées est "exemplaire en termes de transformation et d'efficacité de la dépense publique".
Concernant les 850 millions d'euros d'économies demandées au ministère des Armées, Édouard Philippe se justifie en précisant que cette somme s'inscrit "dans le cadre de l'effort interministériel, mais en préservant les capacités d'action de la défense". Et d'expliquer "au final, le budget des Armées pour 2017 sera conforme à ce qui était prévu en loi de finances initiale pour 2017". C'est vrai et c'est faux. Car le Premier ministre ne peut pas ignorer que les surcoûts des opérations extérieures (OPEX), au-delà des 450 millions provisionnés par le ministère des Armées en loi de finances initiale (LFI), sont toujours financés dans le cadre d'un effort interministériel. A l'exception de 2016, le ministère de la Défense y participe en règle générale à hauteur de 20%.
Donc le ministère des Armées doit trouver 850 millions d'euros d'économies pour financer intégralement le surcoût des OPEX. Selon nos informations, un décret est en préparation pour supprimer 850 millions d'euros sur le programme 146, donc au détriment de la modernisation des équipements des Armées, la variable d'ajustement du ministère pour trouver des marges de manœuvre. Des programmes seront au mieux retardés (ce qui coûtera au final plus cher), au pire annulés. Décidément Édouard Philippe colle vraiment à la chanson de Dalida : "des mots faciles, des mots fragiles".
L'ancien ministre de l'Économie Michel Sapin s'étonne de la réduction de 850 millions d'euros du budget de la défense. "Je pense que c'est une erreur, à ce niveau-là, c'est une erreur", a-t-il estimé. "Nous avions prévu 350 millions d'euros (...) 850 millions d'euros, c'est considérable, a asséné Michel Sapin. Et comme en plus on a compris que le surcoût des opérations extérieures devait être financé par le budget de la défense, c'est plus d'un milliard de diminution de crédits de la défense (...) Dans le contexte d'aujourd'hui, c'est une erreur". Venant de la part de Michel Sapin, lui qui a continuellement ferraillé avec Jean-Yves Le Drian pour raboter chaque année le budget de la défense, cela pourrait presque passer pour un compliment adressé à Edouard Philippe...
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Au Sénat, cette coupe claire dans le budget de la défense inquiète. "Alors que les arbitrages budgétaires sont en cours, Gérard Larcher et Jean-Pierre Raffarin s'alarment des coupes qui pourraient compromettre les missions des armées et remettre en cause la trajectoire financière vers les 2 % du PIB consacrés à la défense", a estimé un communiqué de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.
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