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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Manuel Valls confie les clés d'Arianespace à Airbus et Safran

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 10 juin 2015 à 14:57 - Mis à jour le 10 juin 2015 à 17:18

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A l'issue d'une réunion interministérielle, le Premier ministre a confirmé mercredi qu'Arianespace avait vocation à être contrôlée par la coentreprise Airbus Safran Launchers, via la cession des titres détenus actuellement par le CNES.

Et les industriels ont fini par gagner... face au président du CNES Jean-Yves Le Gall, qui défendait une vision de partenariat public-privé au sein d'Arianespace telle qu'elle existait jusqu'à aujourd'hui avec succès et les salariés de la société de service de lancements plus que réservés. Le Premier Ministre Manuel Valls a confié les clés d'Arianespace à Airbus Safran Launchers (ASL). "Il a confirmé qu'Arianespace avait vocation à être contrôlée par la coentreprise Airbus Safran Launchers, via la cession des titres Arianespace détenus actuellement par le CNES", a annoncé ce mercredi Matignon dans un communiqué à l'issue d'une réunion avec les ministres en charge de la Recherche, de l'Industrie et de la Défense.

L'ancien maire d'Evry a réitéré à cette occasion "son soutien à la réalisation du projet Ariane 6, conformément aux décisions prises au niveau de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) en décembre dernier. Il a également salué la réorganisation de la filière engagée depuis par l'industrie et par les agences spatiales, CNES et ESA en tête, réorganisation indispensable pour la réussite d'Ariane 6".

"Les négociations sur les conditions de réalisation de cette opération industrielle vont donc se poursuivre sur cette base, dans le respect des procédures habituelles", a expliqué Matignon. Elles devront associer "étroitement nos partenaires européens et les autres acteurs industriels de l'industrie spatiale française et européenne, avec l'objectif commun d'écrire une nouvelle page de l'histoire spatiale européenne". Puisse-t-elle être aussi glorieuse que les 40 dernières années... alors que le lanceur Ariane 6 traverse déjà une période de turbulences.

Une centaine de millions pour acheter Arianespace

Taux de change aidant, les industriels ont fait un effort financier pour mettre la main sur Arianespace. Alors qu'initialement ils considéraient que la société européenne de service de lancement valait zéro euro, ils sont prêts à mettre sur la table une centaine de millions d'euros, selon des sources concordantes. C'est le prix "politique" pour racheter la participation du CNES, estiment-ils. Ils sont également prêts à payer une partie du coût des installations du Centre spatial guyanais (entre 30 et 40 millions d'euros) alors qu'ils demandaient pourtant sa gratuité il y a peu de temps encore. Ils souhaitent toutefois avoir des garanties sur une stabilité de cette contribution.

En revanche, les industriels ne veulent pas payer la totalité des 800 millions d'euros qu'il manque pour le développement d'Ariane 6. Une somme que le PDG d'ASL Alain Charmeau avait réclamé fin janvier à l'Agence spatiale européenne (ESA) en demandant une hausse de la participation des Etats. Mais l'ESA avait confirmé aux Etats membres que le coût de développement du futur lanceur européen s'élevait à 3,215 milliards d'euros, et non à 4 milliards comme le souhaitaient les industriels dans son courrier adressé au directeur général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain. Pour autant, ils sont prêts à prendre à leur charge la moitié des 800 millions qui pourraient être compensés par des économies. Mais pas question de payer la totalité.

Les salariés d'Arianespace opposés à la vente

Les salariés d'Arianespace sont toujours réservés par rapport à cette opération. C'est ce qu'ils ont écrit à Manuel Valls. "Il est illusoire de penser que la création d'ASL lui permettra d'aboutir à un modèle économique aussi rentable", que SpaceX, expliquent-ils dans ce courrier. "En effet, si la joint-venture verticalise le modèle européen, il parait en revanche difficile d'imaginer qu'elle puisse un jour regrouper en un seul lieu, comme SpaceX, l'ensemble de ses sites de production éclatés en Europe. Le modèle proposé par ASL est comparable à celui des sociétés américaines Boeing et Lockheed Martin dont les sites de production sont répartis dans les différents états américains et dont les coûts de production restent bien plus élevés que ceux de SpaceX".

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Ils estiment qu'il est "essentiel de valider que la création d'ASL réduira effectivement les coûts de manière importante avant d'aller plus loin dans le schéma proposé. Or à ce stade, aucun élément quantifié n'ayant été présenté, on peut craindre que la rentabilité attendue résulte avant tout d'une réduction des effectifs de la filière". En outre, ils ont des craintes sur l'emploi, un tiers des salariés d'Arianespace pourrait faire leurs cartons, selon des sources concordantes. Pour autant, les industriels auraient également fait des efforts pour présenter une offre acceptable sur le plan de l'emploi, notamment dans la ville de Manuel Valls, à Evry.

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Michel Cabirol

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