Manuel Valls confie les clés d'Arianespace à Airbus et Safran

 |   |  770  mots
Airbus et Safran s'offrent Arianespace
Airbus et Safran s'offrent Arianespace (Crédits : © POOL New / Reuters)
A l'issue d'une réunion interministérielle, le Premier ministre a confirmé mercredi qu'Arianespace avait vocation à être contrôlée par la coentreprise Airbus Safran Launchers, via la cession des titres détenus actuellement par le CNES.

Et les industriels ont fini par gagner... face au président du CNES Jean-Yves Le Gall, qui défendait une vision de partenariat public-privé au sein d'Arianespace telle qu'elle existait jusqu'à aujourd'hui avec succès et les salariés de la société de service de lancements plus que réservés. Le Premier Ministre Manuel Valls a confié les clés d'Arianespace à Airbus Safran Launchers (ASL). "Il a confirmé qu'Arianespace avait vocation à être contrôlée par la coentreprise Airbus Safran Launchers, via la cession des titres Arianespace détenus actuellement par le CNES", a annoncé ce mercredi Matignon dans un communiqué à l'issue d'une réunion avec les ministres en charge de la Recherche, de l'Industrie et de la Défense.

L'ancien maire d'Evry a réitéré à cette occasion "son soutien à la réalisation du projet Ariane 6, conformément aux décisions prises au niveau de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) en décembre dernier. Il a également salué la réorganisation de la filière engagée depuis par l'industrie et par les agences spatiales, CNES et ESA en tête, réorganisation indispensable pour la réussite d'Ariane 6".

"Les négociations sur les conditions de réalisation de cette opération industrielle vont donc se poursuivre sur cette base, dans le respect des procédures habituelles", a expliqué Matignon. Elles devront associer "étroitement nos partenaires européens et les autres acteurs industriels de l'industrie spatiale française et européenne, avec l'objectif commun d'écrire une nouvelle page de l'histoire spatiale européenne". Puisse-t-elle être aussi glorieuse que les 40 dernières années... alors que le lanceur Ariane 6 traverse déjà une période de turbulences.

Une centaine de millions pour acheter Arianespace

Taux de change aidant, les industriels ont fait un effort financier pour mettre la main sur Arianespace. Alors qu'initialement ils considéraient que la société européenne de service de lancement valait zéro euro, ils sont prêts à mettre sur la table une centaine de millions d'euros, selon des sources concordantes. C'est le prix "politique" pour racheter la participation du CNES, estiment-ils. Ils sont également prêts à payer une partie du coût des installations du Centre spatial guyanais (entre 30 et 40 millions d'euros) alors qu'ils demandaient pourtant sa gratuité il y a peu de temps encore. Ils souhaitent toutefois avoir des garanties sur une stabilité de cette contribution.

En revanche, les industriels ne veulent pas payer la totalité des 800 millions d'euros qu'il manque pour le développement d'Ariane 6. Une somme que le PDG d'ASL Alain Charmeau avait réclamé fin janvier à l'Agence spatiale européenne (ESA) en demandant une hausse de la participation des Etats. Mais l'ESA avait confirmé aux Etats membres que le coût de développement du futur lanceur européen s'élevait à 3,215 milliards d'euros, et non à 4 milliards comme le souhaitaient les industriels dans son courrier adressé au directeur général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain. Pour autant, ils sont prêts à prendre à leur charge la moitié des 800 millions qui pourraient être compensés par des économies. Mais pas question de payer la totalité.

Les salariés d'Arianespace opposés à la vente

Les salariés d'Arianespace sont toujours réservés par rapport à cette opération. C'est ce qu'ils ont écrit à Manuel Valls. "Il est illusoire de penser que la création d'ASL lui permettra d'aboutir à un modèle économique aussi rentable", que SpaceX, expliquent-ils dans ce courrier. "En effet, si la joint-venture verticalise le modèle européen, il parait en revanche difficile d'imaginer qu'elle puisse un jour regrouper en un seul lieu, comme SpaceX, l'ensemble de ses sites de production éclatés en Europe. Le modèle proposé par ASL est comparable à celui des sociétés américaines Boeing et Lockheed Martin dont les sites de production sont répartis dans les différents états américains et dont les coûts de production restent bien plus élevés que ceux de SpaceX".

 Ils estiment qu'il est "essentiel de valider que la création d'ASL réduira effectivement les coûts de manière importante avant d'aller plus loin dans le schéma proposé. Or à ce stade, aucun élément quantifié n'ayant été présenté, on peut craindre que la rentabilité attendue résulte avant tout d'une réduction des effectifs de la filière". En outre, ils ont des craintes sur l'emploi, un tiers des salariés d'Arianespace pourrait faire leurs cartons, selon des sources concordantes. Pour autant, les industriels auraient également fait des efforts pour présenter une offre acceptable sur le plan de l'emploi, notamment dans la ville de Manuel Valls, à Evry.

____

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/06/2015 à 10:18 :
Cette opération sur le CNES est un remake de 1990 quand les socialistes ont donné le CNET (centre national d'études des télécommunications) à l'industriel France Télécom, enterrant ainsi en France l'adsl tout juste mis au point par le CNET au profit du minitel tellement juteux pour France-Telecom.
Décidément l'état socialiste n'aime pas la recherche d'avant garde et stratégique. Peut-on imaginer le gouvernement américain privatiser la NASA? Non, la NASA offre les résultats de ses recherches à tous les industriels intéressés comme Google pour les photos satellite, ou Space-X pour la technologie des lanceurs.
Réponse de le 11/06/2015 à 12:54 :
Arianespace n'est pas l'équivalent de la NASA. A la rigueur cette comparaison s'appliquerait au CNES.... Quant à l'ADSL: 'Joseph Lechleider, ingénieur au laboratoire de recherche Bell, constata que lorsque les débits ascendants et descendants étaient identiques (SDSL), les parasites étaient trop nombreux et faisaient chuter les débits. Conservant en tête que le but premier était de fournir du contenu, il imagina donc un moyen de favoriser la vitesse de téléchargement aux dépends de la vitesse d’émission et rendit ainsi la connexion asymétrique. Le brevet fut déposé en 19883.
Il ne semble pas que le CNET ait quoi que ce soit à y voir.....Merci de ne pas dire n'importe quoi n'imorte quand....
a écrit le 11/06/2015 à 9:58 :
Le début de la fin, je ne comprend vraiment pas cette vente, laisser un tel outil à des industriels qui n'ont qu'une vision commerciale .... et avec la concurrence qui va s'accroitre tel SpaceX, était-ce vraiment propice ?

Car l'après Arianne 6, la porte sera ouverte pour certains pays pour aller voir autre part, plus rien ne les liants réellement, vu que ce ne sera plus un programme "Européen", les Allemands ou Italiens seront ravi d'aller du côté des Américains.
a écrit le 10/06/2015 à 22:12 :
Ils veulent créer un géant comme Boeing ou Lockeed, Airbus va ainsi encore grossir, et devenir une sorte de AéroSpacebus. Un gros machin qui va vendre des trucs très cher, si chers que cela va ralentir la conquête spatiale qui est déjà bien moribonde. Ariane deviendra juste un actif comme un autre qui , un jour, sera vendu ou arrêté car pas assez rentable. En attendant l'état se sentira moins dans l'obligation de mettre la main à la patte, sans doute la vraie raison, encore une conséquence de notre déficit incontrôlable, le pays coule et petit à petit on arrête toutes les activités.
Réponse de le 12/06/2015 à 21:48 :
"cela va ralentir la conquête spatiale qui est déjà bien moribonde"

T'inquiètes pas, SpaceX est en train de prendre la relève. De toute façon il faut bien avouer qu'Arianespace ne fait pas grand chose pour la conquête spatiale...
a écrit le 10/06/2015 à 21:59 :
C'est l'aboutissement d'une logique implacable. Arianespace n'est en charge que de la commercialisation et des opérations de lancement . Mais il reste à règler le sort des équipes CNES/ DLA. En réalité c'est la fin de l'aventure " Ariane " initiée puis développée au CNES. Une page se tourne .
Le père d'Arianespace , Frédéric D'Allest doit avoir un pincement au coeur ce soir...Quand au CNES ce sera un traumatisme, car Ariane çà tirait tout le reste...
Ce n'est pas une affaire terminée. Le Bourget va être chaud dans l'Espace français.
Réponse de le 11/06/2015 à 20:02 :
ARIANESPACE est aussi responsable de toute la Production en Europe , et de tous les contrats avec les fournisseurs ARIANE , SOYOUZ , VEGA et la BASE spatiale !
a écrit le 10/06/2015 à 18:58 :
Valls qui aime les voyages gratis devrait monter à bord d'une fusée et on serait enfin tranquille.
a écrit le 10/06/2015 à 17:35 :
Le choix d'un ancrage Européen pour Ariane espace ne peut être que plébiscité. Toute fois, seule l'avenir nous fixera sur la volonté réelle de cette finalité. Comment ne pas comprendre les employés qui s'inquiètent notamment de la pluralité de sites de production. Seul le pragmatisme économique devra guidé nos industriels. Il ne faudrait pas, à l'évidence, qu' après quelques temps de fonctionnement l'on ne s'aperçoive d'une mauvaise rentabilité de la branche spatiale du consortium et d'ouvrir le capital à la N.A.S.A. Nos industriels viennent d'acheter une entreprise florissante. Il n'y a aucune raison qu'elle ne le reste. Nous ne comprendrions pas.
Réponse de le 11/06/2015 à 12:50 :
'd'ouvrir le capital à la N.A.S.A.' Il est vrai que celle-ci est coutumière du fait....MDR
a écrit le 10/06/2015 à 17:25 :
La bonne croissance avec les courbes inversées du chômage.
Hollande et Valls les gâtent encore une fois.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :