Arianespace contraint de partager en 2014 son leadership avec SpaceX

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(Crédits : Reuters)
Arianespace et SpaceX se sont partagés équitablement le nombre de prises de commandes en 2014. Mais la société européenne a procédé à 11 lancements l'an dernier. Soit un de plus que toute la concurrence réunie.

C'est un sacré coup de semonce pour Arianespace. Pour la première fois depuis bien longtemps, la société européenne de services de lancements a été contrainte de partager son leadership mondial avec l'outsider américain SpaceX, qui n'en finit pas de monter, monter... En remportant neuf contrats sur 18 ouverts sur le marché commercial des satellites géostationnaires (GTO), Arianespace s'est octroyé 50% du marché commercial. Tout comme SpaceX qui a raflé l'autre moitié des contrats. "On peut parler d'un duopole", a admis le PDG d'Arianespace, Stéphane Israël, tout en rappelant que "Proton avait réussi sa dernière mission". Un sous-entendu suggérant qu'il ne fallait pas encore enterrer le lanceur russe. De même, SpaceX devra confirmer ses succès commerciaux sur le plan opérationnel. Pas gagné d'avance.

Une performance "d'autant plus remarquable", assure Arianespace dans son communiqué, que la société n'a pas concouru pour plusieurs satellites, faute de disponibilité dans son manifeste. En capturant huit petits satellites GTO sur treize ouverts à la concurrence et un gros, la société européenne a pu rééquilibrer le carnet de commandes d'Ariane 5 (55% de gros satellites pour 45% de petits, contre 2/3-1/3 début 2014). Ce qui assure "la pérennité du lancement double". Au total, le carnet de commandes garantit à Arianespace plus de trois ans d'activité, correspondant à un montant total supérieur à 4,1 milliards d'euros : 22 lancements Ariane 5 avec 35 satellites à lancer en orbite de transfert géostationnaire (18 lancements) et 4 lancements dédiés, 6 avec Soyuz et 9 avec Vega. Soit 20 clients.

11 lancements seulement en 2014

Petite contrariété également sur le plan opérationnel. Stéphane Israël avait promis au moins 12 lancements en 2014, mais Arianespace en a finalement procédé à seulement onze. "Nous nous préparons à une année record avec jusqu'à quatorze opportunités de lancements", avait-il déclaré en janvier 2014. Raté... Mais Arianespace aurait pu atteindre cet objectif sans un "problème majeur sur la trajectoire du vol" du petit lanceur italien Vega annoncé trois semaines avant son lancement prévu le 18 novembre mais connu depuis plus de neuf mois, explique-t-on à La Tribune. Un dysfonctionnement qui n'implique en rien la société européenne mais plutôt l'Agence spatiale européenne (ESA) et le CNES. "L'ESA a décidé, en coordination avec le CNES, de mener des compléments d'analyses sur la trajectoire de vol prévue pour ce lancement", avait indiqué le 24 octobre Arianespace dans un communiqué.

Pour autant, 2014 reste une année record, le précédent remontant à 2012 avec 10 lancements. Arianespace a lancé un satellite de plus que toute la concurrence réunie : SpaceX (6), ILS (3) et Sea Launch (1). Avec 77,1 tonnes (23 satellites) mises en orbite en 2014, Arianespace établit "un record absolu" et passe le cap des 500 satellites lancés depuis sa création. Cette performance devrait permettre d'aboutir à un chiffre d'affaires record pour 2014 qui devrait dépasser 1,36 milliards d'euros.

Pour 2015, Arianespace a pour objectif "d'égaler le record de 11 lancements réalisés en 2014 et de le dépasser", si les satellites sont au rendez-vous, avec 6 à 7 Ariane 5, 2 Soyuz et 3 Vega. La première mission de l'année est prévue le 11 février 2015 : Vega doit placer sur une trajectoire suborbitale le démonstrateur de rentrée atmosphérique européen IXV. En outre, le déploiement de satellites du système européen de navigation Galileo dès 2015 est "une priorité" pour Arianespace. "Soyouz est disponible pour une mission Galileo à la fin du mois de mars", a confirmé Stéphane Israël. "Et il sera disponible pour une autre mission à l'automne""En parallèle, pour avoir le maximum de souplesse, nous nous organisons pour lancer les satellites Galileo à bord 'dune Ariane 5 ES dès quelle sera disponible".

Une année commerciale dynamique en 2015

Sur le plan commercial, Arianespace prévoit un marché très dynamique en 2015 et en 2016. La société fonde son optimisme sur la trentaine de satellites commandés à l'industrie manufacturière l'an passé, un nombre record dont 28 unités lui seront accessibles. Son PDG a dit anticiper de nouvelles prises de commandes prochaines pour le lancement de ces satellites. "Il y a des choses qui sont en train de mijoter à un feu assez consistant et qui vont arriver à maturité assez rapidement", a-t-il souligné.

Pour autant, Stéphane Israël se dit prudent. "Nous ne sommes pas seuls au monde. Il y a d'autres lanceurs, d'autres concurrents qui vont avoir des comportements sans doute assez agressifs sur les prix, donc il faut que nous en tenions compte", a-t-il mis en garde.  Arianespace a été elle-même agressive sur les prix des petits satellites, notamment grâce au soutien d'exploitation des Etats européens qui s'est élevé à 100 millions d'euros en 2014. Il sera de 105 millions d'euros en 2015.

Bonne nouvelle, l'euro baisse

Stéphane Israël a félicité la Banque centrale européenne (BCE) pour sa politique monétaire contribuant à faire baisser l'euro face au dollar, ce qui renforce mécaniquement la compétitivité du lanceur de la fusée européenne Ariane. "Bravo à Mario Draghi, bravo à la Banque centrale européenne, car cette politique monétaire nous permet de nous battre à armes égales", s'est-il réjoui. "L'un des gains de compétitivité que nous avons aujourd'hui avec nos amis américains, c'est simplement le cours euro-dollar", a-t-il précisé, faisant référence à SpaceX, le lanceur américain qui concurrence Ariane avec des tarifs réduits.

"A chaque fois que l'euro baisse, la compétitivité d'Ariane s'accroît et c'est très très bien que la monnaie européenne soutienne ainsi le lanceur européen", a souligné Stéphane Israël. Il n'a toutefois pas pu chiffrer l'impact de la baisse de l'euro sur les résultats d'Arianespace. "C'est un élément favorable pour le résultat opérationnel d'Arianespace, mais pour les comptes 2014 il est trop tôt pour le dire", a-t-il expliqué.

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a écrit le 14/01/2015 à 15:25 :
Non Mr Cabirol, arianespace se fait tout simplement coiffer par Space X .
a écrit le 14/01/2015 à 14:31 :
Que c'est triste, ce qui était inévitable a fini par arriver. Et bien évidemment il n'y aura plus de duopole en 2015 ou 2016, le monopole reviendra inévitablement à SpaceX, et ce malgré les subventions européennes pour équilibrer les comptes d'Arianespace (100 millions d'euros en 2014, 105 millions en 2015 et 2016).
De l'autre côté c'est SpaceX qui subventionne la NASA et l’US Air Force à tour de bras puisque s’il faut croire Mr Cabirol le véritable coût du lancement d’une Falcon 9 est de 141 millions de $ alors que SpaceX a facturé le lancement du satellite DSCOVR 97 millions de $ à l’US Air Force et les lancements des satellites TESS et Jason 3 respectivement 87 et 82 millions de $ à la NASA. Sur ces trois seuls lancements SpaceX subventionne ainsi l’USAF à hauteur de 44 millions de $ et la NASA à hauteur de 113 millions de $ !
Cela dit j’avoue que je n’ai aucune idée d’où peut venir cet argent, il faudra demander à Mr Cabirol…
a écrit le 13/01/2015 à 22:22 :
Que c'est triste, ce qui était inévitable a fini par arriver. Et bien évidemment il n'y aura plus de duopole en 2015 ou 2016, le monopole reviendra inévitablement à SpaceX, et ce malgré les subventions européennes pour équilibrer les comptes d'Arianespace (100 millions d'euros en 2014, 105 millions en 2015 et 2016).
De l'autre côté c'est SpaceX qui subventionne la NASA et l’US Air Force à tour de bras puisque s’il faut croire Mr Cabirol le véritable coût du lancement d’une Falcon 9 est de 141 millions de $ alors que SpaceX a facturé le lancement du satellite DSCOVR 97 millions de $ à l’US Air Force et les lancements des satellites TESS et Jason 3 respectivement 87 et 82 millions de $. Sur ces trois seuls lancements SpaceX subventionne ainsi l’USAF à hauteur de 44 millions de $ et la NASA à hauteur de 113 millions de $ !
Cela dit j’avoue que je n’ai aucune idée d’où peut venir cet argent, il faudra demander à Mr Cabirol…

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