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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Quai d'Orsay/Défense : le match qui inquiète les industriels

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 30 juin 2015 à 04:56 - Mis à jour le 30 juin 2015 à 09:10

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

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Les relations entre les ministères de la Défense et des Affaires étrangères se sont nettement refroidies, voire altérées au fil des négociations sur certains dossiers concernant l'armement à l'exportation, notamment en Arabie Saoudite. Une discordance au niveau de l'Etat qui inquiète les industriels de l'armement.

Jusqu'ici, la France avait réalisé un sans-faute à l'exportation dans la défense. Tous les rouages de l'Etat - du haut jusqu'en bas - jouaient plutôt bien leur partition tout en restant chacun dans leurs prérogatives respectives depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée. Mais, ces derniers mois, plus précisément ces dernières semaines, les relations entre les ministères de la Défense et des Affaires étrangères se sont nettement refroidies, voire altérées au fil des négociations sur certains dossiers armement à l'exportation, notamment en Arabie Saoudite. "C'est devenu un foutoir", déplore un industriel furax.

L'Arabie Saoudite reste un pays où la France a de très grandes ambitions commerciales dans les domaines civil et militaire. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius l'a d'ailleurs rappelé à de très nombreuses reprises. Il avait notamment précisé début mai lors d'une visite à Ryad que les discussions entre les deux pays portaient sur "20 projets représentant plusieurs dizaines de milliards d'euros s'ils sont menés intégralement à bien". Des projets qui tombent dans son escarcelle puisque Laurent Fabius a récupéré dans son portefeuille le développement international depuis l'arrivée de Manuel Valls à Matignon en avril 2014. Ce qui lui permet de marquer à la culotte Jean-Yves Le Drian, dont l'image positive aux yeux des Français est très étroitement associée à ses nombreux succès à l'exportation. "Il n'y a pas de sujet", indique-t-on toutefois au sein du ministère de la Défense.

Inquiétudes des industriels de l'armement

Toutefois, le cabinet de l'Hôtel de Brienne supporte de plus en plus mal les incursions du Quai d'Orsay dans le domaine de l'armement, essentiellement en Arabie Saoudite, voire au Liban. Au ministère de la Défense, on est très critique vis-à-vis de ces annonces trop hâtives. Bref, les deux ministères se livrent en coulisse un match, qui jusqu'ici est resté à fleurets mouchetés, pour gagner de grands contrats de défense afin de bénéficier des retombées médiatiques qui vont avec au moment de la signature. Dans ce contexte de compétition entre les deux cabinets, Laurent Fabius a fait des pieds et des mains pour conserver Anne-Claire Legendre, sa précieuse conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient au ministère, pourtant pressentie pour partir à l'Elysée. Elle est considérée par beaucoup comme une excellente diplomate.

Les couteaux ne sont pas encore véritablement sortis, mais cette compétition inquiète déjà beaucoup les industriels du secteur de l'armement, selon plusieurs sources concordantes interrogées. Ces derniers précisent que "de nombreux contrats d'armement ont été initiés en Arabie Saoudite par Jean-Yves Le Drian". Notamment Donas, le contrat d'aide à l'armée libanaise de 3 milliards de dollars qui a été signé entre l'Arabie Saoudite, qui finance ce projet, et la France, ainsi que le contrat LEX (ou Life Extension Sawari 1), premier grand contrat signé en août 2013 par Jean-Yves Le Drian (1,1 milliard d'euros). Des succès qui ont notamment reposé sur la relation bilatérale entre Jean-Yves Le Drian et ses interlocuteurs saoudiens. Les industriels ont beau jeu de rappeler dans ces conditions que le ministère de la Défense "connait mieux les dossier" défense que le Quai d'Orsay.

Le Drian sur la touche en Arabie Saoudite?

Surtout la désunion au sein de l'Etat français pourrait faire le jeu des Etats-Unis, qui mettent actuellement une "grosse pression" sur l'Arabie Saoudite, estime-t-on parmi les industriels de l'armement tricolores. D'autant qu'une visite de Jean-Yves Le Drian à Ryad vient d'être annulée par l'un des hommes forts du royaume, le ministre de la Défense saoudien, le prince Mohamed Bin Salman Bin Abdul Aziz Al Saoud, également vice-prince héritier, selon plusieurs sources concordantes. "Si Jean-Yves Le Drian avait été son interlocuteur privilégié, le ministre de la Défense saoudien n'aurait peut-être pas annulé cette rencontre", estime un industriel.

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Jean-Yves Le Drian devait notamment évoquer en Arabie Saoudite la modernisation des frégates Sawari 1 (contrat LEX), un programme qui ne se déroule pas aussi bien que souhaité par Ryad, avec son homologue saoudien, en charge de ce dossier. Ce programme important pourrait influer sur les négociations sur Sawari 3, qui porte sur l'achat de frégates multimissions (FREMM) et/ou des frégates de taille intermédiaire (FTI). Cette annulation a beaucoup irrité l'Hôtel de Brienne et n'est pas de nature non plus à rassurer les groupes de défense très à l'affût de tous les petits et grands signes de leurs clients. A fortiori quand le pays en question est l'Arabie saoudite, premier client des industriels de l'armement français. Entre 2010 et 2014, le royaume wahhabite a commandé pour près de 8 milliards d'euros de matériels militaires, dont 3,6 milliards en 2014...

Fabius a repris la main

Le vice-prince héritier, qui était à Paris la semaine dernière où il a co-présidé le 24 juin la première réunion de la commission conjointe de suivi franco-saoudienne au Quai d'Orsay avec Laurent Fabius, en a toutefois profité pour rencontrer également Jean-Yves Le Drian. Mais, comme le note un industriel, le ministère de la Défense a été, à cette occasion, "spectateur" de cette initiative franco-saoudienne. Ainsi, le prince Mohamed Bin Salman Bin Abdul Aziz Al Saoud et Laurent Fabius, ont annoncé un contrat de 500 millions d'euros pour l'achat à Airbus Helicopters de 23 appareils H145 pour le ministère de l'Intérieur saoudien.

Laurent Fabius avait également rappelé la vente, annoncée le 15 juin lors du salon du Bourget, de 30 Airbus A 320 et de 20 Airbus A330 à la compagnie aérienne Saudi Airlines, pour un montant total de 8 milliards de dollars (7,1 milliards d'euros). En outre, il a précisé qu'un accord avait été signé "pour lancer l'étude de faisabilité sur deux réacteurs EPR, qui s'inscrit dans le cadre de l'ambitieux programme énergétique de l'Arabie saoudite". Une reprise en main qui n'en est pas une, juge enfin un industriel qui travaille aussi bien dans la défense que dans le civil. Le ministère des Affaires étrangères a toujours eu la main sur les dossiers, estimant que ce n'est "pas illogique" compte tenu de la nature des dossiers civils (transport, énergie).

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Le rapprochement franco-saoudien, initié avec l'arrivée au pouvoir en 2012 de François Hollande, qui a effectué une visite à Ryad début mai, a été favorisé par les tensions entre Ryad et son grand allié américain au sujet du régime syrien de Bachar al-Assad, que Washington a renoncé à frapper en 2013, et surtout à propos de l'Iran, avec qui les Etats-Unis veulent conclure un accord sur le nucléaire.

Michel Cabirol

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