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La France au Moyen-Orient (2/5) : Paris chasse en Arabie Saoudite le mégacontrat Sawari 3

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol à Dubaï

Publié le 25 novembre 2013 à 06:00 - Mis à jour le 28 novembre 2013 à 10:43

Le Quotidien Numérique

27 juin 2026

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Deuxième volet de la France au Moyen-Orient, l'Arabie Saoudite. Après avoir fait chou blanc depuis 1995, Paris tente de reconquérir Ryad. Deux contrats majeurs sont en jeu pour les groupes français : Sawari 3 (frégates et sous-marins) pour au moins 10 milliards d'euros et Mark 3 (Air Défense) pour 4 milliards.

Les Français sont de retour en Arabie Saoudite. Car entre Ryad et Paris, les relations sont aujourd'hui au beau fixe. "Il y a actuellement d'excellentes relations politiques entre l'Arabie Saoudite et la France", confirme un industriel français de l'armement. Le ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, n'y est pas étranger. Il a déjà effectué trois visites depuis mai 2012 dans le royaume, dont la dernière date de début octobre. Surtout les prises de positions de la diplomatie française dans la région (Syrie, Iran notamment) ont permis de réchauffer les relations très fraîches entre ces deux pays lors de la présidence de Nicolas Sarkozy.

Et selon des sources concordantes, les deux pays ont récemment entamé des négociations sur le projet de vente de six frégates multimissions FREMM et de cinq à six sous-marins dans le cadre du programme Sawari 3. Un mégacontrat estimé à 10 milliards d'euros minimum - certains évoquent même des montants faramineux entre 15 et 20 milliards d'euros. Il fait tourner les têtes des principaux groupes concernés par ce projet DCNS, Thales, le missilier MBDA et l'hélicoptériste Eurocopter (EADS). C'est ODAS, en tant que maître d'œuvre, qui négocie pour le compte de l'Etat et des industriels avec Ryad. Bref, du lourd, du très lourd pour la France.

Une visite de François Hollande début 2014

Après avoir été repoussée à plusieurs reprises, la visite de François Hollande en Arabie Saoudite, est maintenant prévue fin 2013, voire au début 2014 en janvier ou février - la décision est encore en attente, l'agenda est compliqué. Elle pourrait provoquer un peu après ce voyage, voire pendant - mais ce n'est pas la coutume à Ryad - la signature d'un protocole d'accord (MoU) liant les deux pays sur Sawari 3, explique-t-on à "La Tribune". Le Chef de l'Etat a déjà fait en novembre 2012 une brève escale en Arabie Saoudite à Jeddah où il s'est entretenu avec le roi Abdallah.

C'est principalement le programme Sawari 3 qui sera poussé lors de la visite présidentielle, selon nos informations. Les groupes concernés tablent sur une conclusion rapide une fois le MoU signé. "Dans les six mois", espère une source proche du dossier. Et cette fois, "les industriels concernés sont unis" pour ce projet, explique-t-elle. "Il n'y a pas de snipers pour le faire dérailler". Pas comme pour le programme Mark 3 (Air defence de très courte portée) où Thales et MBDA/EADS se sont déchirés.

Ryad veut des sous-marins

Pour la France, c'est le contrat qui compte le plus actuellement en Arabie Saoudite, et au-delà... même si une commande de Rafale au Qatar et aux Emirats Arabes Unis fait également partie des objectifs prioritaires de Paris. On évoque pour l'Arabie Saoudite six frégates multimissions FREMM - dont trois exemplaires  pourraient être prélevées sur la commande nationale de onze FREMM destinée à la marine - et cinq à six sous-marins. Les frégates serviront en grande partie à patrouiller dans les eaux de la Mer rouge.

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L'armée saoudienne, qui n'a jamais été équipée en sous-marins en dépit de plusieurs projets avortés, souhaite aujourd'hui créer une force sous-marine installée sur plusieurs bases. D'où les montants faramineux évoqués en raison des très nombreux travaux d'infrastructures. Sans oublier la formation des sous-mariniers. Très proche actuellement de l'Egypte, Ryad pourrait également faire appel à l'armée égyptienne bien entraînée pour utiliser ses équipements (Air, Mer, Terre) en cas de conflit contre l'Iran.

L'Allemagne, qui est également en embuscade pour ce mégacontrat, pourrait devoir renoncer en raison de son refus de livrer des armes à un Etat susceptible de remettre en cause la sécurité d'Israël. Une vente de chars Leopard 2A7 a été annulée sous la pression politique en Allemagne.

Un signal fort de Ryad pour la France

Un tel contrat s'il était signé entre la France et l'Arabie Saoudite serait un signal fort vis-à-vis de Paris, dont la ligne diplomatique (Syrie, Iran) est très appréciée à Ryad, et structurant pour la plupart des groupes d'armement français. Le prince héritier saoudien Salmane ben Abdel Aziz, qui est également ministre de la Défense, avait évoqué début octobre à Jeddah avec Jean-Yves Le Drian "les moyens de renforcer les relations bilatérales" ainsi que "les développements sur les scènes régionale et internationale".

Le contrat Sawari 3 pourrait compenser la faiblesse du budget de la défense français. Surtout les industriels tricolores reprendraient enfin pied en Arabie Saoudite où il ont été évincés peu à peu des forces armées, notamment dans l'armée de l'air. Ryad, autrefois vache à lait de l'industrie de défense française, était ces dernières années devenue une terre de mirages pour les groupes tricolores, qui allaient de frustrations en déceptions.

LEX, premier grand contrat depuis 1995

"La France n'a signé aucun grand contrat depuis 1995 depuis LEX (Life extension Sawari I, ndlr)", déplore un industriel. Et encore, il considère ce contrat modeste par rapport aux commandes engrangées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. "Ils ont raflé tous les contrats", poursuit-il. L'Arabie est le premier pays demandeur de matériels allemands  (plus d'un milliard d'euros de demandes d'autorisations export pour 2012, selon le rapport fédéral sur les exportations d'armement). C'est notamment le contrat de sécurité des frontières qui explique en très large partie ce montant. Enfin, la Grande-Bretagne a vendu 72 Eurofighter Typhoon après avoir éjecté Dassault Aviation du royaume avec le Tornado.

La roue semble avoir tourné depuis la signature à la fin de l'été du contrat LEX, qui porte sur la modernisation de quatre frégates de classe Al Medinah et de deux pétroliers ravitailleurs de classe Boraida, mis en service en 1985-1986. Et l'Arabie Saoudite est plus considérée aujourd'hui comme une terre de reconquête. Ce que confirme un autre industriel tricolore. "Il faut reconquérir les parts de marché en Arabie Saoudite", explique-t-il.

Mark 3 toujours en attente

Un autre contrat est actuellement en attente de signature. Il s'agit du programme de défense aérienne (Mark 3), qui a été négocié avec Thales en vue de renouveler le système de défense aérienne Crotale (Air defence) du royaume. Au total, le contrat s'élèverait à 4 milliards d'euros, dont 2,5 milliards pour la première tranche. Le processus de signature par le ministre de la Défense saoudien (Moda), Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, qui était imminent au début de l'automne, semble aujourd'hui au mieux un peu ralenti.

Pourquoi ? Selon des sources concordantes, le prince Bandar ben Sultan ben Abdelaziz Al Saoud, chef des services de renseignements, est en train d'effectuer un audit sur toutes les négociations en cours et les contrats à la signature. "Ils sont en train de revoir leur politique d'acquisition pour optimiser leurs achats", assure un industriel. Notamment en raison de leurs relations actuelles très fraîches avec les États-Unis, précise-t-il.

Le baroud d'honneur de MBDA/EADS ?

D'autres raisons complémentaires sont aussi évoquées pour expliquer cette absence de signature. Ce contrat ferait toujours l'objet d'une guerre franco-française en coulisse entre MBDA/EADS et Thales, d'un côté, et saoudo-saoudiennes d'un autre côté, assurent plusieurs connaisseurs de ce pays. Le missilier européen a toutefois déjà obtenu un contrat de 150 millions d'euros portant sur la livraison de missiles surface-air VL-Mica, un système de défense aérienne terrestre de courte portée, pour équiper la Garde nationale.

Mais la rencontre entre Jean-Yves Le Drian et le vice-ministre de la Défense saoudien, le prince Salman Bin Sultan Bin Abdelaziz Al Saoud, dimanche dernier lors du salon aéronautique, semble avoir été rassurante sur ce projet, selon nos informations. Le président François Hollande aimerait remercier le roi Abdallah lors de sa prochaine visite en Arabie Saoudite de la signature de Mark 3. D'où l'optimisme de l'Elysée pour ce programme.

Des satellites d'observation ?

DCNS a déjà obtenu un autre contrat de 150 millions d'euros pour la modernisation des frégates Sawari 2 dans le cadre d'un accord-cadre global. Un trépied qui lui a permis d'entamer les négociations sur Sawari 3.

Enfin, Paris négocie également avec Ryad des hélicoptères et de deux satellites d'observation, proposés conjointement comme aux Emirats Arabes Unis par Astrium et Thales Alenia Space. La filiale spatiale de Thales pourrait être cette fois le maître d'oeuvre de ce programme, selon nos informations. Les deux industriels proposeraient un satellite de type Pléiades, à l'image de leur récent succès à Abu Dhabi.

Et les Etats-Unis ?

Le royaume wahhabite, principal allié arabe des Etats-Unis, accuse Washington d'inaction dans la crise syrienne et s'inquiète de la main tendue par Barack Obama à l'Iran. Ryad reproche aussi à Washington d'avoir, par faiblesse, laissé Israël poursuivre sa politique de colonies de peuplement en Cisjordanie occupée, au détriment des Palestiniens. D'où les relations fraiches entre les partenaires.

Pour autant, tout ceci est relativisé avec le pragmatisme de Ryad. L'Arabie Saoudite a récemment saisi le Congrès américain d'une demande d'exportation pour plusieurs milliers de missiles et munitions de précision de toutes sortes, destinées à équiper ses F-15SA. Montant total estimé : environ 6,8 milliards de dollars. En mars 2012, Ryad avait commandé 84 F-15SA supplémentaires et avait demandé à moderniser en décembre 2011 70 F-15S en F-15SA. Soit près de 30 milliards de dollars. Sans oublier tout le reste Patriot, 36 hélicoptères AH-6i et 70 autres AH-64D...

Lire ou relire l'ensemble de la série La France au Moyen-Orient :

La France au Moyen-Orient (1/5) : quand la diplomatie va, tout va... mieux

La France au Moyen-Orient (3/5) : le Qatar premier client du Rafale ?

La France au Moyen-Orient (4/5) : Jean-Yves Le Drian, l'homme clé du retour de la France aux Emirats Arabes Unis

À lire également

  • Défense : l'Arabie saoudite confirme un contrat de plus de 1 milliard pour la France
  • Pourquoi Thales est tout près de signer un mégacontrat de 2,5 milliards d'euros en Arabie Saoudite
  • Thales remporte un nouveau contrat de support de missiles Crotale en Arabie saoudite
  • Missiles : Thales sort vainqueur de la guerre franco-française dans les sables saoudiens

La France au Moyen-Orient (5/5) : Et si le Rafale allait défier l'Eurofighter à Bahreïn ?

Michel Cabirol à Dubaï

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