SmartWatch : l'horlogerie suisse contrainte de mener une course contre la montre ?

 |   |  661  mots
L'industriel suisse Ernst Thomke, un des pères de la célèbre montre Swatch, a critiqué jeudi les orientations de l'industrie horlogère suisse, trop axée sur le luxe et qui a raté, selon lui, l'arrivée des smartwatches.
L'industriel suisse Ernst Thomke, un des pères de la célèbre montre Swatch, a critiqué jeudi les orientations de l'industrie horlogère suisse, trop axée sur le luxe et qui a raté, selon lui, l'arrivée des "smartwatches. (Crédits : Reuters)
Ernst Thomke, un des pères de la célèbre montre Swatch, a vertement critiqué le désintéressement de l'industrie horlogère suisse pour le marché naissant des SmartWatch. Un retard qui sera difficile à rattraper dans un secteur prometteur où les grands groupes affluent.

L'horlogerie Suisse aurait-elle pris un retard rédhibitoire sur le marché des SmartWatch ? C'est ce qu'affirme l'industriel Ernst Thomke, un des pères de la célèbre montre Swatch. Ce dernier a vertement critiqué les récentes orientations de l'industrie horlogère suisse, dans une interview publiée ce jeudi par le journal Le Temps.

"La Suisse a complètement raté ce virage"

Agé de 74 ans, Ernst Thomke affirme que les SmartWatch, ces montres connectées à internet, vont se développer "loin des frontières" de la Suisse, aux "Etats-Unis, au Japon et en Corée du Sud."

Selon lui :

Ces montres vont être produites par Samsung, Apple et d'autres, la Suisse a complètement raté ce virage.

Un marché déjà pris d'assaut par les grands groupes

En effet, une pléthore de grandes groupes sont en train de débouler sur ce marché naissant  : après sa SmartWatch, Sony va bientôt sortir sa SmartWatch 2, Apple est présent avec ses iWatch, Samsung avec son Galaxi gear, Qualcomm avec sa Toq, Adidas et Garmin vont proposer des montres connectées à destination des sportifs (pour les golfeurs et coureurs à pied) et on a appris il y a quelques jours qu'HTC serait en train de mettre son modèle au point pour une commercialisation en 2014.

Un secteur qui s'annonce prometteur

Et si cette meute d'industriels est en train de se ruer sur ce nouveau secteur, c'est que ce dernier est prometteur. Le cabinet de conseil ABI Research a ainsi estimé que le nombre de ventes de ces produits pourrait se monter à 485 millions d'ici 2018.

Pour les montres de luxes, 'l'impact sera certainement moindre"

Mais les inquiétudes de Ernst Thomke seraient cependant à nuancer. Il y a quelques jours, Louis Treussard, CEO de l'Atelier BNP Paribas, affirmé ainsi sur latribune.fr que :

La montre connectée est pour l'instant positionnée sur la gamme des montres de mode ou sportives, telles celles intégrant GPS, podomètre ou altimètre, à moins de 500 euros. Celles-ci sont bien distinctes des montres de luxe, pour qui l'impact sera certainement moindre. Pour ce dernier secteur, on peut imaginer une adaptation différente, avec un nombre réduit de fonctions ajouté à ces objets de luxe (statutaires) pour ne pas dénaturer leurs productions et designs traditionnels.

"Des prix surfaits, loin de toute réalité industrielle"

Par ailleurs, les griefs de Ernst Thomke vont au-delà de la seule question du positionnement de l'horlogerie suisse sur le marché des SmartWatch. Il a regretté que cette industrie se soit spécialisée dans le "segment du luxe, avec des prix surfaits, très loin de toute réalité industrielle. C'est malheureusement tout ce pan, fait de savoir-faire et de métiers d'art, qui risque de disparaître. (...) on préfère se concentrer sur des montres onéreuses, voire inaccessibles pour le commun des mortels, que tout le monde veut alors que personne n'en a fondamentalement besoin."

Conséquence, selon lui, de nombreuses petites et moyennes entreprises de la branche risqueraient de disparaître dans les années à venir.

"Tant que certaines personnes ont besoin d'une Mercedes, (...) et d'une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieures, alors les perspectives demeurent roses "

Mais l'industrie horlogère suisse a cependant encore de beaux jours devant elle, a-t-il poursuivi, en raison du statut attaché à la possession d'une belle montre. "Tant que certaines personnes ont besoin d'une Mercedes, d'une Porsche et d'une montre de luxe au poignet pour se sentir supérieures, alors les perspectives demeurent roses " pour le secteur.

La Fédération horlogère suisse a publié ce mardi le chiffre des exportations du mois de septembre, en forte hausse de 8,5% à 1,9 milliard de francs suisses, soit 1,58 milliard d'euros. De quoi semble-il inciter les acteurs du secteur à se désintéresser des SmartWatch.

A lire aussi :

>> Swatch complète son segment haut de gamme

>> Smartwatch : la révolution numérique pour tous à portée de poignet

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 25/10/2013 à 14:41 :
Il est encore trop tôt pour pré-juger de l'adoption massive des montres connectés. Pour l'heure, cela ressemble encore au phénomène de mode des montres à écran digital des années 80. On sait ce qu'il en est ensuite resté. Mais dans un groupe d'horlogerie, c'est une erreur de ne pas tester ce marché, et une marque comme swatch était particulièrement indiquée pour le faire.
a écrit le 25/10/2013 à 14:34 :
Et devinez qui a raté le virage des montres numérique ACL désormais rétroéclairées? Je suis toujours sidéré de voir tant de montres mécaniques au cadran illisible en boutique. Aujourd'hui nombreux sont ceux comptant sur leur smartphone pour leur donner l'heure cependant c'est relativement bien plus encombrant et énergivore qu'une simple montre au poignet.
a écrit le 25/10/2013 à 1:52 :
Au lieu de critiquer, le vieux Thomke (qui a eu beaucoup d'échec dans ses activités post-swatch) ferait mieux de montrer l'exemple et de "faire" plutôt que de "parler"... C'est donc vrai? Chez certains, avec l'age, on se met à radoter...
Réponse de le 25/10/2013 à 12:10 :
tu as fait quoi toi ?
a écrit le 24/10/2013 à 22:08 :
Je connais Thomke (j'ai travaillé 39 ans en Suisse/1969-2008). En 1997, j'ai proposé à
Swatch une montre connectée vocalement (reconnaissance vocale et retour par synthèse
vocale sélectée!).Ce projet SwoX a été rejeté, mais il revient avec des anciens de Nokia et
des Coréens !!!
a écrit le 24/10/2013 à 17:46 :
Ernst Thomke, un des pères de la célèbre montre Swatch, a vertement critiqué le désintéressement de l'industrie horlogère suisse pour le marché naissant

Le désintérêt plutôt... le désintéressement, ça veut dire autre chose.
Réponse de le 24/10/2013 à 18:32 :
Non, "désintéressement" a aussi le sens de "désintérêt", avec une nuance dépréciative tout à fait opportune ici.

"À son réveil, elle [la Faustin] s'était tout à coup découvert une espèce de désintéressement affadi et éc?uré de tout ce qui l'intéressait le plus, les autres jours." - E. de Goncourt, La Faustin,1882, p. 172. (via ATILF)
a écrit le 24/10/2013 à 15:49 :
Les montres mécaniques de luxe, c'est une technologie du XIX° siècle. Une Rollex, par exemple, est moins précise qu'une montre à quartz chinoise vendue 10 EUR en grande surface. Il peut être très rentable de compter sur la stupidité humaine, comme le font beaucoup des vendeurs de produits de luxe, mais attention -- même la stupidité humaine a ses limites.

C'est comme pour les voitures sportives de luxe style Porsche : une voiture de grande série style Golf est plus spacieuse, plus confortable, plus discrète qu'une Porsche, et en même temps elle est beaucoup moins chère. Seul défaut, elle est moins rapide sur circuit, là où la plupart d'entre nous ne mettons /jamais/ les roues.
Réponse de le 24/10/2013 à 16:33 :
+10, mon épouse a une rolex avec montre automatique et j'ai une tag heuer à quartz et je peux vous garantir que je dois mettre à l'heure sa montre tous les mois car il y a toujours 2 ou 3 minutes d'écart alors qu'un montre à quartz, aucun pb...
C'est quand même trés fort je trouve de réussir à vendre ces montres (investissements colossaux dans la pub), c'est un peu comme si Peugeot réussisait à vendre des voitures de luxe fonctionnant avec une minevelle au démarrage...
Réponse de le 24/10/2013 à 17:58 :
Vous ne devriez pas sous-estimer la bêtise humaine... Sachez que depuis la nuit des temps, l'être humain veut toujours en avoir une plus grosse pour épater les copains: Pour les Cro-Magnon, c'était avoir la plus grosse peau de bête, aujourd'hui, c'est d'avoir la plus grosse voiture... Tant qu'il y aura des riches présomptueux, l'industrie du luxe n'a rien à craindre
Réponse de le 24/10/2013 à 22:40 :
La jalousie n'a jamais élevé les âmes non plus.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :