Comprendre la novel food en trois questions

La novel food arrive dans nos assiettes : insectes, microalgues, végétaux ou nanomatériaux, ils représentent une alternative durable à l’élevage et l’agriculture intensifs. Mais qu'est-ce-que la novel food concrètement ? Pourquoi en manger ? Et présente-t-elle des risques ? Explications. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune - N°8 "Du champ à l'assiette - Mieux produire pour bien manger", actuellement en kiosque).

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(Crédits : Istock)

Si vous avez déjà mangé des insectes à l'apéritif ou bu du jus de noni pour booster vos défenses immunitaires, vous êtes sans le savoir adepte de la novel food. Sous ce terme se cache l'ensemble des aliments peu ou pas consommés dans la communauté européenne avant le 15 mai 1997. Avec la mondialisation, les coutumes alimentaires des habitants des pays lointains arrivent chez nous dans les bagages des voyageurs. La science, elle, permet d'extraire des principes actifs de certaines plantes ou animaux inconnus dans nos contrées. Ces nouveaux aliments peuvent être d'origine animale (insectes, extrait de krill), végétale (pulpe déshydratée de fruit de baobab, gomme de guar), issue de micro-organismes (champignons, algues) ou posséder une structure moléculaire modifiée (nanotechnologie, chimie). La viande cultivée in vitro (lire l'interview de Didier Toubia, fondateur d'Aleph Farms page 116, ndlr), qui n'est pas encore autorisée en Europe, peut être considérée comme une novel food.

Les OGM, les enzymes, les additifs et les arômes font l'objet d'une réglementation différente. Depuis 2018, c'est l'Efsa, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, qui autorise ou non la mise sur le marché dans chaque État membre de l'Union européenne de ces aliments inconnus dans nos assiettes jusqu'à présent.

« Cette évaluation sert à vérifier leur innocuité et leur intérêt nutritionnel » précise Aymeric Dopter, adjoint au chef de l'unité d'évaluation des risques liés à la nutrition à l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail).

La liste évolue sans cesse. Dernière novel food autorisée en date : de la poudre de champignon de Paris contenant de la vitamine B2. Le nouvel aliment le plus médiatisé est sans conteste les insectes. Majoritairement produits pour la nourriture animale, ils commencent à se faire une place sur nos tables basses à l'apéritif. Les marques Jimini's, Insecteo ou Micronutris proposent grillons et criquets entiers, ou sous forme de poudre dans des barres protéinées, des pâtes, des crackers, du pain, etc. La France est en pointe sur ce nouveau marché en plein boom avec ses pépites de la foodtech : Ÿnsect, leader du secteur qui a levé 360 millions d'euros depuis sa création il y a dix ans, InnovaFeed (200 millions depuis 2016) et Agronutris (100 millions en septembre 2021). Le marché principal d'Ÿnsect est celui de l'alimentation animale, mais la licorne a créé récemment une business unit dédiée à l'alimentation humaine pour exploiter le Tenebrio molitor, ou ver de farine, une espèce de scarabée riche en protéines.

« Il existe une demande, notamment dans la nutrition sportive qui cherche des protéines alternatives performantes et durables. Ce marché, estimé à 500 millions d'euros, devrait représenter 10 % de notre chiffre d'affaires dans quelques années », explique Guillaume Daoulas, directeur business développement.

La start-up installée dans les Hauts-de-France a racheté récemment la société hollandaise Protifarm, un des acteurs les plus avancés dans l'utilisation des scarabées pour l'alimentation humaine, et a inauguré en mai près d'Amiens la plus grande ferme verticale au monde avec une capacité de production à terme de 200.000 tonnes d'ingrédients par an. « Les insectes émergent comme une catégorie de plus en plus populaire de nourriture pour les humains et les animaux » estime la FAO (Organisation pour l'alimentation et l'agriculture des Nations Unies), dans son récent rapport « Évaluer les insectes comestibles dans une perspective de sécurité alimentaire ». Mais elle avertit qu'il faudra augmenter massivement la production pour que vers de farine et scarabées deviennent une source de protéines équivalente à la viande ou aux végétaux.

Pourquoi manger de la novel food ?

Que peuvent nous apporter ces nouveaux aliments en matière de nutrition et de santé ? Principalement, une richesse en protéines et en acides gras dont les oméga-3. « Les apports en oméga-3, comme l'EPA et la DHA, qui sont impliqués dans de nombreuses fonctions cérébrales, sont rarement couverts. On les trouve principalement dans les poissons gras mais nous n'en mangeons pas assez » explique Aymeric Dopter. L'huile de schizochytrium, une microalgue, est par exemple hautement dosée en EPA et DHA et convient aux végans. La start-up toulousaine Kyanos Biotechnologies, spécialisée dans la production de la microalgue Aphanizomenon flos aquae (AFA), riche en nutriments et protéines, vient d'inaugurer son premier pilote de production industrielle. « Nous sommes en train de réunir tous les ingrédients pour réussir le passage à l'échelle industrielle de notre technologie de rupture et de la production de microalgues de masse » indique Vinh Ly, CEO de Kyanos Biotechnologies. Les insectes représentent une source de protéines depuis des siècles dans diverses régions du monde. Deux chercheurs sud-américains ont montré en 2003 que le Leucopela albescens (un scarabée) était composé à 34,41 % de protéines, soit sensiblement plus que le poulet (19,62 %) ou la vache (17,01 %). « La protéine de ver de farine est très riche en acides aminés et elle est très digestible. Nous avons mené plusieurs essais sur notre produit déshuilé, dont l'un sur des rats obèses avec l'université de Giessen en Allemagne. En substituant de la caséine (protéine de lait) par de la protéine d'insecte, on peut réduire de 60 % le taux de cholestérol dans le sang et le foie de ces rongeurs en surpoids. Nous avons récemment effectué des essais cliniques sur des humains avec l'université de Maastricht aux Pays-Bas. La conclusion est assez étonnante : il n'y a aucune différence en ce qui concerne la digestibilité et la synthèse des muscles entre la protéine de lait, qui est la référence dans la nutrition humaine, et celle d'insecte » décrit Guillaume Daoulas. Pour Esther Katz, anthropologue spécialiste de l'alimentation, en ne considérant pas les insectes comme comestibles, les Européens font figure d'exception car en Asie, Afrique, Amérique et Océanie, de nombreux peuples sont entomophages. « En Amérique latine, à l'origine, ce sont les Amérindiens qui en mangeaient, puis les Métis. Aujourd'hui, une partie significative de la population s'y est mise » explique la chercheuse. Pour elle, les insectes ne peuvent pas remplacer les autres nourritures, à moins que l'on en absorbe d'énormes doses. Mais ils peuvent combler certaines carences : « Au Mexique, pendant longtemps, les paysans mangeaient très peu de viande. Pour eux, c'était un complément protéique intéressant ». Outre cet apport, la production industrielle d'insectes est plus verte que l'agriculture ou l'élevage intensifs. Pour 1 kg de protéines d'insectes, il faut 100 fois moins de surface agricole que pour 1 kg de protéines animales et nettement moins d'eau (23 litres par gramme contre 112 litres pour la viande de bœuf). Les insectes ne rejettent pas de méthane, et leur potentiel de réchauffement global par kilo produit est 100 fois inférieur à celui des porcs. Demain, manger des grillons pourrait aider à sauver la planète. « Si nous voulons nourrir la planète à l'horizon 2050, nous devons produire 70 % d'aliments de plus et cela avec seulement 5 % de terres disponibles. Il est temps de valoriser des alternatives permettant de produire plus et mieux » estime Antoine Hubert, CEO d'Ÿnsect.

La novel food présente-t-elle des risques ?

Selon la FAO les risques biologiques de la consommation d'insectes sont très réduits si leur élevage et leur production respectent les règles d'hygiène. Le risque bactérien existe, mais la cuisson élimine les pathogènes. Le danger principal est allergénique : il est avéré que les gens allergiques aux crustacés le sont aussi pour certaines variétés d'insectes. C'est pourquoi l'Efsa réalise des tests poussés avant toute autorisation de mise sur le marché. Une procédure qui sert aussi à combattre la réticence du public face à des denrées inconnues. La réglementation européenne très stricte est une garantie pour le consommateur dubitatif. En effet, même si certains aliments sont consommés depuis longtemps dans d'autres parties du monde - deux milliards d'habitants de 140 pays mangent plus de 2000 variétés d'insectes - cela ne veut pas dire qu'ils sont inoffensifs, surtout s'ils ont été transformés. Des compléments alimentaires contenant des extraits hydroalcooliques d'igname, légume-racine riche en amidon, ont ainsi été retirés de la vente car hépatotoxiques. « En Afrique, on consomme ce tubercule bien cuit. Le procédé d'extraction à froid utilisé pour un aliment pourtant bien connu l'a rendu dangereux » décrypte Aymeric Dopter. Esther Katz estime qu'il faut faire œuvre de pédagogie pour encourager la consommation d'insectes, considérés en Europe comme de la vermine. Une exigence prise en compte par Ÿnsect : « Nous travaillons sur trois paramètres. Le dégoût : nous proposons de la farine et pas d'insectes entiers ; l'aversion, liée à l'inconnu : nous associons des ingrédients répandus (noix, thym) ; le danger : nous expliquons les processus de fabrication. Nous collaborons aussi avec la FFPIDI (l'interprofession des producteurs d'insectes) pour communiquer auprès des politiques et s'assurer que tout le monde informe le public de manière rigoureuse » explique Guillaume Daoulas. La Fontaine était loin de se douter que sa fourmi et sa cigale finiraient un jour dans nos estomacs.

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Article issu de T La Revue n°8 - "Du champ à l'assiette - Mieux produire pour bien manger ?" Actuellement en kiosque

Un numéro consacré à l'agriculture et l'alimentation, disponible chez les marchands de presse et sur kiosque.latribune.fr/t-la-revue

T La Revue n°8

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Commentaires 2
à écrit le 19/03/2022 à 9:20
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Entre être obligé de manger de la nourriture agro-industrielle qui nous donne le cancer et des insectes ya quand même un juste milieu non ?

à écrit le 19/03/2022 à 7:59
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on croit rever!! dans 'laile ou la cuisse', on voit de funes dans une usine ou on fabrique du poulet en pate et des oeufs carres........he ben le cauchemar devient realite! des oeufs carres en poudre reconstitues...........le gros pb c'est la surpopu...

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