Cosmétiques : ces substances pires que les "parabens" qui envahissent les rayons

 |   |  1223  mots
D'après une enquête de 60 millions de consommateurs parue en octobre, un produit cosmétique sur deux contient au moins une molécule indésirable.
D'après une enquête de 60 millions de consommateurs parue en octobre, un produit cosmétique sur deux contient "au moins une molécule indésirable". (Crédits : REUTERS/Emmanuel Foudrot)
Que Choisir publié ce lundi une liste de 185 produits contenant des substances potentiellement dangereuses pour la santé. Dans une autre enquête, WECF (Women in Europe for a common future), dénombre près de 300 produits pour bébés contenant des matières "à risque". Ces substances se glissent même dans des produits estampillés "hypoallergéniques". Mais ils ne sont pas interdits.

Vous vous pensiez sauvés en optant pour des formules "sans paraben". Peine perdue. Non seulement tous les paraoxybenzoates (leur nom scientifique) ne seraient pas forcément nocifs, mais leur absence dans les produits cosmétiques ne prédispose en rien de l'innocuité de ces derniers. Car bien d'autres molécules potentiellement nocives seraient présentes dans les produits d'hygiène ou de beauté. Plusieurs études menées par des associations de défense des consommateur tendent à le prouver. Dernière en date : celle publiée par l'UFC publiée ce lundi 22 février.

Hypoallergéniques mais dangereux?

Dentifrices, déodorants, gels douche, produits capillaires ou encore crèmes teintes pour le visage... Pour une enquête publiée par sa revue Que Choisir, la composition de quelque 185 produits de marques nationales ou bien vendus en grande surface sous "marque de distributeurs" ont été passés au crible (tous sont listés ici, avec le nom des marques).

"Dans la liste, nous trouvons des produits destinés aux tous petits ou bien vendus avec la mention 'hypoallergénique'. Même les produits plus chers, ceux qui sont censés être plus 'glamour', sont concernés", note Fabienne Maleysson, du mensuel Que Choisir.

Un constat en ligne avec l'enquête de 60 millions de consommateurs, qui dans son numéro d'octobre 2015, estime qu'un produit cosmétique sur deux contient "au moins une molécule indésirable". De cette enquête, il ressortait notamment que le prix d'un produit comme le dentifrice n'était pas forcément un indicateur de "non toxicité".

299 produits pour bébé "à risque"

Seraient aussi concernés les produits destinés aux très jeunes enfants. C'est ce qui ressort cette fois d'une autre enquête, publiée le 15 février par une fédération d'ONG internationales, WECF (Women in Europe for  a Common Future).

Là, trois niveaux de risques associés à des substances potentiellement toxiques entrant dans la composition de produits cosmétiques ont été déterminés. Sur 341 produits tels que les laits de toilette, les lotions, shampooings ou lingettes, liniments, 299 contiennent des produits présentant des "risques élevés" selon cette étude. Seul le liniment en serait dépourvu, ainsi que d'autres catégories présentes dans des réseaux de distribution spécialisés.

"Les cosmétiques vendus en magasin biologique hormis des parfums majoritairement d'origine naturelle ou huiles essentielles sont exempts de substances classées par nous dans les trois catégories à problème", précise Elisabeth Ruffinengo, une responsable de WECF en France.

Cette dernière ajoute que le nom des marques concernées par le classement n'est pas dévoilé "parce que 341 produits donnent seulement un aperçu du marché et ne permettent pas de réaliser une étude exhaustive de l'ensemble des marques". De même, les parts de marché que représentent ces produits n'ont pas été évaluées.

Du côté des industriels?

Qu'en pensent les intéressés ? Parmi les entreprises citées par Que Choisir, L'Oréal rétorque que son "système d'évaluation de la sécurité est très robuste, et tous [ses] produits et ingrédients ont été rigoureusement évalués avant leur mise sur le marché, toujours en pleine conformité avec la réglementation applicable."

Le groupe renvoie également à un communiqué publié ce 22 février par la Fédération des industriels de la beauté (FEBEA). L'organisation y assure que les produits sur le marché respectent scrupuleusement la réglementation européenne. Il fait écho à un autre message, diffusé une semaine plus tôt et concernant les cosmétiques pour les jeunes enfants.

"D'après les industriels, les parabens ayant été très critiqués, ils ont souvent été remplacés par d'autres produits", commente par ailleurs un expert du marché.

Des substances dans le collimateur

Ces alternatives font elles aussi couler de plus en plus d'encre. C'est le cas en particulier du phénoxyéthanol, un agent conservateur que l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé recommande d'éviter pour les moins de trois ans.

Autre fauteurs de troubles potentiel : la méthylisothiazolinone ou MIT, qui remplace parfois les parabens. La ministre française de l'Environnement Ségolène Royal a récemment exprimé son souhait de le voir interdire par la Commission européenne dans les lingettes pour bébé, un règlement sur leur usage dans les produits sans rinçage étant à l'étude depuis plusieurs années.

Qu'est-ce qu'un perturbateur endocrinien ?

Plus généralement, allergènes, matières potentiellement toxique pour le foie, provocateurs pour le foie et surtout les fameux "perturbateurs endocriniens", des substances ou mélanges qui modifient le fonctionnement des hormones sont régulièrement mis en cause. Non contents de chambouler le sommeil ou la circulation du sang, leur absorption serait dangereuse pour le système reproducteur.

Certes, la dénonciation des substances toxiques dans les produits cosmétiques est loin d'être neuve. Le blanc de céruse, par exemple, utilisée pendant des siècles dans des fards a résisté de longues années avant que la nocivité du plomb qu'il contient ne la fasse disparaître des cabinets de toilette.

Mais même sans remonter jusque là, nos baumes et onguents conçus en laboratoire sont régulièrement scrutés à la loupe par la communauté scientifique. Un groupe de 18 chercheurs européens et américains a par exemple tenté d'évaluer le "coût" économique en Europe des nuisances induites par les perturbateurs endocriniens (toutes sources confondues, le bisphénol A dans les biberons en plastique, les pesticides ou encore les substances présentes dans l'eau sont pris en compte). Ils ont publié les résultats dans leurs recherches en mars 2015 dans la revue The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism (JCEM). Résultat : il en coûterait 157 milliards d'euros par an, soit 1,23 % du PIB de l'Union européenne.

Controverses scientifiques

Problème : d'épineuses questions de critères entrant en compte dans les définitions contribuent à ralentir la prise de décisions avant des interdictions éventuelles. Toujours dans le cas des perturbateurs endocriniens, une mission parlementaire européenne de 2013 notait ainsi :

"La législation de l'UE renferme des dispositions juridiques concernant les perturbateurs endocriniens, mais qu'elle ne définit pas de critères permettant de déterminer si une substance doit être considérée comme ayant des propriétés de perturbateur endocrinien, ce qui entrave l'application correcte des dispositions juridiques"

D'autres éléments de complexité entrent en jeu, tels que "l'effet cocktail", c'est-à-dire le mélange entre plusieurs substances. Sans compter que, comme le veut le principe même de la recherche scientifique, il peut arriver que des conclusions soient infirmées. Les risques de cancers du sein posés par certains parabens ont ainsi été remis en cause.

2,9 milliards d'euros

Toutefois, malgré des alertes ayant parfois abouti à des interdictions, l'usage de nombreuses substances dénoncées à la fois par la communautés scientifiques et des ONG perdure donc.

Quant au marché des cosmétiques, il se porte plutôt bien. L'an dernier, il s'est vendu pour 2,9 milliards d'euros de parfums et maquillage dans les parfumeries sélectives (80% du marché), d'après les chiffres de NPD Group rendus publics ce lundi par la Fédération des parfumeries sélectives.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 02/03/2016 à 11:02 :
Le risque professionnel des esthéticiennes lié aux cosmétiques est bien connu : au niveau de la peau dû à l'utilisation de produits chimiques agressifs ou allergisants. Les dermatoses (maladies de peau) professionnelles des esthéticiennes sont assez fréquentes (toutefois beaucoup moins que chez les coiffeuses) et elles sont reconnues en maladies professionnelles : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=396
a écrit le 28/02/2016 à 19:04 :
nous faisons très intention au produit que l’on acheté ...
a écrit le 26/02/2016 à 12:17 :
"...des substances potentiellement dangereuses pour la santé..." ce sont les avocats qui vont être contents.
a écrit le 25/02/2016 à 17:58 :
Des résidus « potentiellement toxiques » sont présents dans les tampons et protections féminines Si l’INC reconnaît que les niveaux relevés sont faibles : Le problème est surtout celui des fabricants qui rechignent à donner la composition de leurs produits, La moindre des choses est de pouvoir les repérer pour les éviter Coton, viscose ou plastique, les femmes doivent pouvoir choisir leurs protections féminines en connaissance de cause. Surtout quand on sait que le contact répété des parties intimes avec certaines matières, notamment plastiques, peut être à l’origine d’effets indésirables. Sous couvert de « secret industriel », les fabricants ont beaucoup rechigné à livrer leurs ingrédients a l’UFC. Ce mutisme n’est plus acceptable. La liste de tous les composés d’un tampon ou d’une serviette doit figurer sur l’ensemble des emballages. Il est temps que Tampax et consorts lèvent le voile sur les procédés de fabrication de leurs produits…Le labo a relevé des traces de dioxines dans deux tampons périodiques de grandes marques, sur trois testés, des résidus de glyphosate (ingrédient chimique utilisé dans les désherbants, dont le Roundup de Monsanto) ont été trouvés dans des protège-slips d’une marque qui se revendique pourtant bio Même avec de faibles taux relevés, en l'absence d’étude sur le passage systémique de chaque substance à partir du vagin, on ne peut rien conclure et donc dire que le risque est nul... Par prévention, une réglementation spécifique doit obliger les fabricants à réaliser des contrôles pour garantir l’absence de résidus potentiellement toxiques.
a écrit le 25/02/2016 à 13:09 :
Avec le " principe de précaution " tout est possible. N'importe qui , sans autre compétence que sa volonté de nuire ou de briller, peut accuser et remettre en cause n'importe quoi et n'importe qui.

C'est le miel des ONG..

De surcroît un étudiant avide publication scientifique dispose avec internet et la multiplication des sites d'organisations non gouvernementales d'un espace de publication illimité et non contrôlé.

Pour un chapitre de CV en plus n'importe quoi est possible.

Cet article en est la démonstration et cette association de "consommateur" est bien connue pour ses délires . C'est le prix pour subsister.
a écrit le 25/02/2016 à 11:37 :
Ceux qui trouvent normal de se tartiner et de tartiner son enfant de produits chimiques divers et variés, de respirer des pesticides à tout va et de les manger.... sont des inconscients dangereux ou des spéculateurs qui se fichent éperdument de la santé des autres!! Ces sociétés-polleurs paient des études pour contrer celles qui démontrent le lien avec les cancers, car selon eux il n'y a pas de cancers liés aux pesticides et aux produits chimiques tout comme il n'y a pas eu de nuage de Tchernobyl au dessus de l'Europe et pas d'essai nucléaires desvastateurs en Polynesie française!!! Tant qu'on peut s'en mettre plein les poches......
a écrit le 24/02/2016 à 13:47 :
Réponse à kvasir. Vous êtes bien un des rares à penser que le TAFTA s'elabore dans la transparence. Quant à mes sources d'nformation sachez que je n'en discrimine aucune ce qui pour les partisans d'un monde unipolaire n est pas convenable.
a écrit le 23/02/2016 à 16:44 :
Nous vivons les débuts d une catastrophe. Bientôt l'exercice du droit d'informer des associations de consommateurs sera tellement restreint par les classes dirigeantes que ce type d'information ne pourra nous être fourni. Et cela au nom de la liberté de l' entreprise. Le TAFTA que les politiciens nous préparent dans le plus grand secret va asséner le coup de grâce aux droits dont disposent encore les consommateurs. A part ça tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes de la mondialisation néo libérale.
Réponse de le 24/02/2016 à 0:03 :
"Le TAFTA que les politiciens nous préparent dans le plus grand secret",
pas si secret que ça puisque vous avez l'air d'être au courant de tout.
Dites-nous donc ce que vous savez .
a écrit le 23/02/2016 à 14:33 :
"...L'organisation FEBEA y assure que les produits sur le marché respectent scrupuleusement la réglementation européenne" : le vrai problème est là. Les industriels ne s'intéressent vraiment à la toxicité d'un produit qu'à partir du moment où son utilisation est règlementée.
Le consommateur sans être expert en toxicologie peut repérer les composants sur l'emballage et se rendre sur le site de l'ECHA (http://echa.europa.eu/fr/) pour connaitre leurs mentions de danger.
a écrit le 23/02/2016 à 11:22 :
Merci pour cet article. De la vraie "info" utile...
a écrit le 22/02/2016 à 19:39 :
Dans la même lignée : http://www.invs.sante.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Environnement-et-sante/2011/Exposition-de-la-population-francaise-aux-substances-chimiques-de-l-environnement-Tome-1-Presentation-generale-de-l-etude-Metaux-et-metalloides Et où vous remarquerez que l'aluminium est le "grand" absent... Le tome 2 traite des pesticides.
Réponse de le 22/02/2016 à 23:19 :
Les gens qui prônent le "naturel" bon pour la peau, l'organisme, la planète sont ébahis quand on leur dit que l'alun est un sulfate double (sodium, ou potassium, ou ammonium) dont l'aluminium. La pierre d'alun, c'est donc un bloc d'aluminium minéral naturel cristallin.
Comme quoi.....
Dire que quand j'étais jeune, on cuisinait tout dans l'aluminium, les couverts en alu, ... La rhubarbe, il ne fallait pas la laisser trop longtemps (acide). Léger, pratique. Il y a longtemps l'alu était un métal précieux difficile à obtenir (très cher), ils en faisaient des bijoux, puis le progrès arriva (sel de fusion, réduction électrochimique, très énergivore mais industrialisé).
a écrit le 22/02/2016 à 19:29 :
Toujours les mêmes sempiternels études spectacles. On se croirait dans le Monde magique d'Elise Lucet..Mais ce que l'on aimerait savoir, c'est combien de produits présentent des substances avec des taux au delà des nomes autorisées.. car bientôt, Que Choisir va tester les pères de famille, et leur trouver des produits dangereux pour les enfants: j'avoue boire un verre de vin le soir au dîner, et cela ne m'étonnerait qu'à moitié qu'une analyse puisse le détecter...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :