Crise agricole : le bio, une goutte d'eau pour sauver la filière laitière française

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Sur 24 milliards de litres de lait produits l'an dernier en France, 530 étaient biologique.
Sur 24 milliards de litres de lait produits l'an dernier en France, 530 étaient biologique. (Crédits : © Eloy Alonso / Reuters)
La FNSEA réclame 3 milliards d’euros pour soutenir l’industrialisation de l’agriculture française. Dans le secteur laitier, investir dans le bio pourrait se révéler payant.

"Produire pour seulement 15 % de la population qui a les moyens de payer de la nourriture premium est aberrant."

Cet argument, avancé par le patron de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, Xavier Beulin, dans le JDD vise à justifier que la majeure partie des 3 milliards d'euros qu'il réclame au gouvernement pour soutenir le secteur agricole français soit réservée à son industrialisation.

Le responsable de la principale fédération d'agriculteurs française a rencontré le président de la République ce 24 août afin de faire valoir ces positions. Il prévoit une manifestation rassemblant "1.000 tracteurs" dans la capitale le 3 septembre. Date à laquelle le gouvernement est censé apporter des réponses "de court terme et structurelles" à la crise agricole qui a agité le pays au cours de l'été.

En guise de réformes structurelles, la position du patron de la FNSEA n'est pas partagée par tous les agriculteurs, certains prônant au contraire une "montée en gamme" de la production. Laquelle passerait notamment par le développement d'une agriculture biologique. Les conditions sont-elles réunies en France pour rendre celle-ci plus compétitive?

Des Français de plus en plus friands de lait bio

A cet égard, le lait représente un cas particulier. Comme le porc, il a fait l'objet de mouvements de colère des agriculteurs au cours de l'été. Il se trouve également que les consommateurs français se montrent de plus en plus friands de sa version "premium" regroupée dans la catégorie "biologique".

Tous produits confondus, près de 9 français sur 10 en ont consommé au moins occasionnellement un produit issu de l'agriculture biologique l'an dernier, et plus de la moitié en on acheté au cours du mois précédent l'enquête selon le dernier baromètre de l'agence Bio. Sur la liste de courses de produits "bio" préférés, lait, fromages, yaourts et beurres figurent juste après les fruits et légumes. En valeur, ses parts de marchés restent relativement faibles (11 à 14%).

30% plus cher

Mais elles augmentent. Ainsi début 2015, le lait bio a eu le vent en poupe. Les ventes sa version liquide en brique ou bouteille ont ainsi bondi de 20% et crû de 1,6% pour les yaourts. Seuls les fromages bio se sont un peu moins bien vendus que les mois précédents.

Pourtant, à l'achat en magasin, les produits laitiers bio sont plus cher que les autres. Pour le consommateur, le prix varie beaucoup d'une région et d'un mode de distribution à l'autre, les grandes surface représentant les trois quarts des ventes. L'écart entre les produits laitiers issus de l'agriculture biologique pouvaient ainsi atteindre entre 31% (pour le lait en bouteille) à 68% pour la crème d'après les dernières données disponibles (datant de 2013). En grande surface, le litre de lait demi-écrémé se vendait alors en moyenne 0,97 euros et pouvait grimper jusqu'à 1,39 euros dans les magasins spécialisés.

La production de lait bio se démocratise

Malgré ce surcoût, la demande augmente, l'offre aussi. Cette production et ses avantages trouve en effet de plus en plus d'adeptes. La France compte près de 3000 fermes certifiées bio où paissent des vaches allaitantes et plus de 1000 en cours de conversion.

"Au départ les autres confrères nous prenaient un peu pour des fous, l'agriculture bio était même un peu décriée. Maintenant, certains d'entre eux nous posent des questions sur nos techniques et envisagent de se convertir aussi au bio", témoigne Christelle Gendrin, agricultrice de la Manche (50).

Cette agricultrice a transformé avec son frère l'exploitation familiale en 2013, après une période de conversion de deux ans. Elle affirme mieux "s'en sortir" que ses collègues exploitants qui n'ont pas fait le même choix. "Nos coûts de production sont moins élevés car nous n'avons pas d'engrais, nous faisons nos inséminations nous-mêmes, nous sommes autonomes", indique-t-elle.

531 millions de litres de lait bio

Plus généralement, les données récoltées par le service statistiques du ministère de l'Agriculture (voir ci-dessous) montrent une progression constante de la collecte depuis 1998, avec une accélération depuis 2010. Au total, les transformateurs ont collecté 531 millions de litres de lait biologique liquide. Une goutte d'eau dans les 24,5 milliards de litres collectés l'an dernier dans l'Hexagone tous types confondus.

Collecte de lait biologique en France

Ce mouvement s'est poursuivi début 2015. Ce qui n'empêche pas la profession d'avoir craint une pénurie dans la mesure où la croissance de la demande était plus rapide que celle de la production.

Une meilleure situation pour les agriculteurs?

"Les prix sont plus élevés dans le bio, c'est vrai. Mais on ne peut pas dire que l'on en vive beaucoup mieux non plus. Il s'agit avant tout d'une conviction, d'une volonté de faire mieux, de ne pas être dans le système", explique de son côté Olivier Godey, un autre producteur de lait bio dont l'exploitation se trouve dans le Calvados.

Sa solution: opter pour la transformation en yaourts, beurre et fromages sur place et la vente directe qui représente désormais 15% de son activité, réalisés sur place, dans une supérette bio et un restaurant de luxe à Bayeux. "Pour l'instant, c'est ma femme qui prend en charge la transformation, explique-t-il, si nous voulons augmenter notre production, il va falloir embaucher de la main d'œuvre, et cela demande de la réflexion. Et puis si nous devenons nous même une laiterie et que nous perdons un peu de notre statut ' fait à la ferme', le risque est de moins plaire et de faire fuir les clients."

Au cours des douze mois de l'année 2014, le prix moyen à la production pour mille litres de lait bio en France atteint 427 euros contre 467,47 en Allemagne, selon l'estimation de la Fédération nationale des producteurs de lait qui s'appuient sur des chiffres Bioland, ZMP et FranceAgrimer. Par rapport à l'année précédente, l'augmentation en France est de 2,65% par rapport à l'année précédente. Elle est près de trois fois plus rapide outre-Rhin. Signe que même dans le bio, la compétition avec les voisins européens ne sera pas de tout repos.

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Commentaires
a écrit le 26/08/2015 à 23:26 :
Il faut coupler le bio avec des filières courtes. La vente directe est l'une possible. Mais, de puissantes coopératives peuvent négocier avec les centrales d'achat, ou avoir leurs réseaux.
a écrit le 26/08/2015 à 21:10 :
Les exploitations sont en moyenne plus petites que dans les grands pays agricoles, la grande partie des achats sont concentrés en 4 ou 5 centrales d'achats, la bureaucratie française complexifie la réglementation européenne, les charges sociales sont plus conséquentes qu'ailleurs en Europe, les agriculteurs raisonnent souvent "conservation" plutôt que "développement",.... Tout ceci aboutit à la situation actuelle. De plus le manque de vision des agriculteurs, le manque d'anticipation ( voir le comportement des agriculteurs d'autres pays qui n'attendent pas le jour j d'une nouvelle règle, pour s'adapter...), tendre la çebille pour que le contribuable finance leurs problèmes structurels, font partie de leur culture.... Pourvu que ça dure !!!!!
a écrit le 26/08/2015 à 18:18 :
Le bio est un leurre .Le vrais probleme des agriculteurs ,toutes productions confondues c'est la petitesse des exploitations en France .Plus on est gros ,plus on peut amortir les frais de production .Un gros peut se permettre de gagner trés peu au litre ,il se rattrape sur les grosses quantités vendues ce que ne peut faire un petit .Les pays européens et au dela (le lait de Nouvelle Zelande par exp ) ne cessent de voir leur exploitations grossir .Le liberalisme étant la regle (la France a des activités ou elle gagne avec le liberalisme exp l'aéronautique )la France devra etre ouverte au lait et autres produits agricoles du monde entier .Les fermes aux milles vaches vont fleurir partout comme c'est deja le cas actuellement dans le nord de l'europe et il y a deja une plainte des producteurs de lait allemand contre la France pour entrave à la libre circulation des marchandises .L'idée du bio produit familialement dans des petites exploitations sympats est totalement dépassée .Produire du bio ,c'est respecter un cahier des charges quelle que soit la taille de l'exploitation et on voit deja dans un certains nombre de domaines agricoles comme le maraichage par exp ,des exploitations de plusieurs dizaines d'hectares en legumes parfaitement bio .Au final on retombe exactement sur le meme probleme ou le gros ,dans une politique totale et mondiale de guerre des prix finira par manger le petit .Grossir est necessaire à la survie, et l'agriculture française passera inexorablement par la concentration et l’expansion des exploitations .Quand aux consommateurs (souvent tout en gueule ) entre ce qu'il dit dans les sondages et c e qu'il fait quand il achete il y a un monde .Une vérité absolue .Actuellement les français consacrent en moyenne 18 % de leurs revenus à l'alimentation .Tout le monde sait pourquoi .Pour la decenie à venir avec des perspectives de croissances trés faibles ,le budget alimentaire comme d'habitude serra la variable d'ajustement dans le le budget des menages .Quand aux cancers et patati et patata ,beaucoup de gens qui ont vécus en ville toute leur vie ,avec des voitures qui polluaient trois fois plus que maintenant ,des conditions de travail limites ,un hygiènes de vie pas claire (du vin filtré sur des tapis d'amiante par exp ) ,une alimentation exclusivement venue de l'hyper d'en face (qui existe depuis les années 60) DU HAUT DE LEUR 80 ANS PASSES POUR LA PLUPART (surtout les femmes ) ,ils vous saluent bien .............
a écrit le 26/08/2015 à 17:40 :
La FNSEA réclame, exige, menace. Auc un gouvernement n à le courage de dire " stop ! " à ce syndicat qui depuis 50 ans à fait la politique agricole et qui est responsable des problèmes que connaissent les agriculteurs aujourd'hui. Certains président de la FNSEA ont même été ministres de l agriculture, c est dire la confusion que ce syndicat entretient avec le pouvoir politique. C est ce même syndicat qui ne va pas hésiter à opter et défendre le traité de libre échange transatlantique lequel signera la disparition de ses propres adhérents.
Agriculteurs réveillez vous !
a écrit le 26/08/2015 à 14:14 :
Personnellement, je suis contre l'argent du contribuable pour des bénéfices privés ! Les éleveurs auraient du se moderniser en temps voulu au lieu d'encaisser les bénéfices en se disant qu'ils avaient trouvé le filon. La vie est dure pour tout le monde et il n'y a aucune raison pour qu'on nationalise les pertes après avoir privatisé les bénéfices !!!
a écrit le 26/08/2015 à 14:10 :
Ce qu'il faut savoir sur les agriculteurs bio, c'est que sur 4 ans de production, 1 ans est totalement bio. Les 3 autres années, ils ont demandé des dérogation à n'en plus finir pour pouvoir acheter des aliments qui ne sont pas bio car ils n'arrivent pas à produire assez de nourriture pour les animaux. Donc le produit fini n'est pas totalement bio
a écrit le 26/08/2015 à 13:11 :
Ça y est enfin, visiblement un certain mode de pensée économique commence à émerger, bien résumé dans cet article : il faut que les agriculteurs produisent bio, local, maîtrisent leur production et la nourriture de leurs bêtes etc, sans que ce soit pour autant la solution miracle. Mais que de temps perdu ; quand on voit ce qui c'est passé dans notre industrie, on aurait pu en tirer les leçons bien avant !! Quand à Xavier Beulin, il ferait bien de comprendre qu'il vaut mieux que notre agriculture produise pour seulement 15% des français, ... au lieu de disparaitre complètement !
Réponse de le 26/08/2015 à 14:22 :
Et 15% ce n'est que le debut

Les cancers et la pollution finiront de convaincre que le lait il faut le payer 30 centimes de plus pour en avoir du bon
a écrit le 26/08/2015 à 13:11 :
Le bio est l'avenir
Comme toujours les agriculteurs riment avec ringard
Il ne voulaient pas des quotas maintenant ils ont la liberté et se rendent compte que les prix ne sont plus garantis et qu'ils sont non compétitifs
On produit 30% des cochons bio

Le bio c'est quand même mieux pour la santé et pour la planète mais Ca c'est le cadet de leurs soucis

Arrêtons de financer ce bazar
a écrit le 26/08/2015 à 11:24 :
Si l'on résume les agriculteurs ont par le passé demandé et obtenu des subventions pour accroitre leur production en l'industrialisant et maintenant il demandent des subventions pour revenir en quelque sorte à la situation initiale en refaisant de la production maison! Tout le monde se gargarise avec le bio mais que se passera-t-il si tout le monde fait du bio?! Autre question qui est souvent mise de coté Est-ce le consommateur va suivre? Autre question mais qui elle n'est pas politiquement correcte en dehors du matraquage médiatique est-ce-que les produits bios sont réellement meilleurs! certaines études semblent ne pas le confirmer. Est-ce que le consommateur ne se fait pas quelquefois arnaquer avec le bio? Pour le lait si il y a une différence entre le lait acheté directement à la ferme et le 1/2 écrémé en brick pas sûr qu'il y ait autant de différence entre le lait bio en brick et le 1/2 écrémé en brick!
a écrit le 26/08/2015 à 9:08 :
Le bio n'est pas une solution miracle, mais qui en a une? Par contre, la qualite don't le bio est une composante importante, est definitivement l'orientation. La surprodiction de pdt bas de gamme conduit a la crise, particuierement en France ou nous avons des petites et moyennes exploitations privelegiant la qualite sur le rendement. Par ailleurs, le bio n'empeche pas la recherche y compris de productivite, sans que cela soit l'alpha et l'omega.

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