« La néo-ruralité crée de nouveaux clivages » (Jean-Laurent Cassely)
David Medioni
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Photo d'illustration
© Herve_Grazzini
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Dans le livre vous parlez de la campagne comme d'une « utopie de rechange » ? Pourquoi ce terme ?
Jean-Laurent Cassely Ces dernières années, on a assisté à un mouvement d'installation de citadins vers les campagnes, qui s'est accéléré avec la Covid-19, même si l'ampleur de ce mouvement reste débattue. Mais surtout, on a vu se diffuser un nouveau discours qui réhabilite la vie à la campagne. Un livre intitulé Exode urbain, manifeste pour une ruralité positive, paru fin 2020, est emblématique de cette nouvelle ruralité qui est en train de se doter de leaders d'opinion. L'autrice Claire Desmares-Poirrier, agricultrice néo-rurale, installée avec son mari dans un village de Bretagne où elle a lancé L'Amante Verte, une ferme bio de plantes aromatiques et médicinales doublée d'un café-librairie, affirme que « l'exode urbain a le pouvoir de changer votre vie, de changer les campagnes et finalement de changer la société dans son ensemble ». Ce sont des termes qui sont ceux de l'utopie. Un peu comme si la campagne apparaissait comme la dernière friche symbolique à explorer après des années durant lesquelles l'innovation sociale et culturelle se produisait dans les villes (avec les friches industrielles en reconversion, les tiers lieux, la gentrification des quartiers populaires, etc.). Comme si chacun et chacune de nous étions profondément lassés de l'hystérie urbaine, en somme. Au fil des années, la hiérarchie symbolique des modes d'habitation et des territoires s'est modifiée, voire inversée. Au sommet de la pyramide, il y avait Paris, les métropoles régionales, puis leurs périphéries. Pendant longtemps le « pavillon de banlieue » a même été raillé par les professions intellectuelles. Ceci dit, la « parisiannisation » de ces capitales régionales bien raccordées au TGV, avec tous les indices de ce processus (coworking, restauration branchée, etc.) a fait également monter considérablement les prix de l'immobilier en attirant des cadres parisiens. La vie sociale s'y est quelque part homogénéisée, tandis que leurs périphéries, et donc les campagnes, sont devenues désirables. Comme une forme de dernière frontière de l'utopie pour urbains fatigués.
David Medioni