La stratégie contra-cyclique du logisticien céréalier Senalia
Nathalie Jourdan
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Situé sur la friche Petroplus, l'emplacement du bâtiment baptisé Hub3 a été un temps convoité par Amazon qui y a finalement renoncé face à la levée de boucliers des élus rouennais.
Leader français de l’exportation de céréales, le groupe normand se prémunit contre les aléas de la récolte de grains en se diversifiant dans la logistique généraliste. Le belge VGP vient de lui livrer un entrepôt géant à Rouen.
Se garder de mettre tous ses œufs dans le même panier. Acteur clé de l'exportation de blé et d'orge, l'agro-logisticien rouennais Senalia suit l'adage à la lettre. Sonné par la baisse historique de ses expéditions de céréales tombées à 1,6 million de tonnes (vs 5 Mt les bonnes années) lors de la dernière campagne, il intensifie sa politique contra-cyclique pour se prémunir contre les aléas des récoltes. Lesquelles risquent d'être mises à mal par le dérèglement climatique.
Le groupe, fondé après-guerre par des coopératives agricoles, s'était déjà diversifié au cours des années 90 en développant des activités « cousines » au profit des agro-industries du sucre, du colza ou du cacao. Presque un demi-siècle plus tard, il applique les mêmes recettes pour s'affranchir de sa seule dépendance aux marchés de l'alimentaire. Depuis 2021, c'est sur « la logistique conditionnée » (par opposition au vrac) multi-secteurs qu'il compte pour se ménager des relais de croissance.
La carte du fluvial
Sur ce segment-ci, le groupe vient de frapper un grand coup en prenant livraison d'un entrepôt géant de 40.000 m2 : une surface inédite dans la métropole rouennaise. Le bâtiment, qui est nanti d'une centrale photovoltaïque en toiture, a été construit par le groupe belge VGP sur la friche de feue la raffinerie Petroplus à Petit-Couronne.
Grâce à ce nouvel équipement présenté comme « exemplaire », Senalia espère convaincre, outre des clients de l'agro-alimentaire, d'autres acteurs « de la parapharmacie, de la plasturgie, de l'automobile ou du mobilier ». « Nous nous donnons les moyens de servir aussi bien Ferrero que Décathlon ou Carrefour », résume son directeur général.
Gilles Kindlberger table notamment sur la proximité de la Seine et des terminaux à conteneurs rouennais pour séduire des industriels et des distributeurs échaudés, nous dit-il, par les difficultés d'approvisionnement suscitées par la pandémie de Covid. Sa promesse : leur faire gagner du temps, donc de l'argent. « Il faut cinq jours en moyenne et plus du double en temps de grève pour sortir un conteneur du port du Havre alors qu'une barge à Rouen peut faire de même à J+1 », vante t-il, au risque de fâcher ses voisins havrais.
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