Les dirigeants du groupe coopératif agricole normand Natup (7.000 agriculteurs, 1.800 salariés) se souviendront longtemps de la journée du 24 février 2022. Et pas seulement parce qu'elle marque le déclenchement de la guerre en Ukraine. L'envahissement par la Russie de l'un des premiers greniers à blé du monde percute immédiatement le marché des matières premières agricoles sur lequel Natup écoule le grain collecté chez ses adhérents.
Ce jour-là, le prix des céréales déjà élevé du fait de la demande chinoise s'envole littéralement. En l'espace de douze heures, le cours de la tonne de blé s'apprécie de 60 euros jusqu'à atteindre le niveau inédit de 340 euros. Celui de la tonne de colza bondit subitement de 170 euros à 1.070 euros. « Un truc de fou ! », résume Patrick Aps, directeur général de Natup qu'on sent encore ébahi.
Dix mois plus tard, les même banquiers peuvent respirer au vu du bilan étincelant que présente la coopérative. Dopé par la hausse du prix des céréales, son compte de résultat 2021/2022 (clôturé en juin et rendu public cette semaine) affiche des niveaux historiques.
Le chiffre d'affaires tutoie le milliard et demi d'euros, en augmentation de 25%, et l'EBE s'établit à 50,8 millions. Un record. De quoi se constituer quelques réserves en vue des prochaines tempêtes que Patrick Aps anticipe.