Pour les éleveurs d’abeilles, les néonicotinoïdes sont l’une des principales causes des difficultés croissantes de leur filière. Et la seule contre laquelle l'on pourrait agir rapidement.Comme pour tous les agriculteurs, pour les éleveurs d'abeilles le printemps est une période de travail intense. Mais comme leurs collègues de la FNSEA venus manifester à Paris, ils ont dû souvent, ces derniers temps, quitter leurs tâches pour se mobiliser. La cible est la même : la proposition de loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur discutée en séance publique à l'Assemblée nationale à partir de cet après-midi. Mais la cause est opposée : contrairement au syndicat agricole majoritaire, les apiculteurs se battent, eux, pour le rejet de ce texte, et notamment de sa disposition réintroduisant, bien que de manière dérogatoire et dans des cas limités, l'acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France depuis 2018.
« Détruire une filière pour en sauver une autre »
Pour la filière, le retour des néonicotinoïdes en France serait en effet « un désastre », affirmait début mai, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf), soutenue par des scientifiques et des élus. Elle en impliquerait carrément la destruction, estime l'organisation professionnelle : « Cette loi prétend défendre la souveraineté alimentaire, mais depuis quand est-il acceptable de détruire une filière, celle des apiculteurs, pour en sauver une autre, celle des noisetiers par exemple ? » s'interrogeait le président de l'Unaf, Christian Pons, cité par l'AFP.
Les effets néfastes sur les populations d'abeilles de ces insecticides considérés comme indispensables par d'autres filières agricoles sont en effet scientifiquement documentés. Leur utilisation, même en faibles quantités, peut « altérer le comportement des abeilles », avec « des répercussions à l'échelle de l'individu ou de la colonie », explique Freddie-Jeanne Richard, directrice de recherche en biologie et comportement de l'abeille à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), elle aussi citée par l'AFP. Ils agissent notamment sur « les capacités de communication et d'orientation des abeilles », avec des conséquences potentiellement mortelles. Ils peuvent aussi altérer les œufs, les larves, les nymphes, ainsi que la reine, dont dépend la reproduction au sein de la ruche.