Un prêt contre une œuvre d'art : la lente percée de l’art lending en France
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Les chefs d'oeuvre baroque de la Galerie Borghese de Rome.
Reuters
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Les chefs d'oeuvre baroque de la Galerie Borghese de Rome.
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Du jamais vu depuis vingt ans. Il y un an, aux Etats-Unis, les taux des prêts immobiliers ont franchi la barre des 7% sur 30 ans. Dans la foulée de ce produit phare, avec la montée des taux d'intérêt chargée d'endiguer l'inflation, c'est le coût de l'emprunt qui a fortement augmenté outre-Atlantique et sur les marchés mondiaux. Face à cet assèchement des liquidités, certains milliardaires ont trouvé la parade : contracter un prêt en échange de se séparer d'une œuvre d'art, voire même de toute une collection, sans devoir la vendre définitivement. Un crédit qui représente, en général, 50 à 60% de la valeur marchande de l'oeuvre, après estimation, et court sur une durée de un an.
L'idée d'hypothéquer un Picasso comme une alternative aux prêts bancaires et au private equity séduit. Le marché dit de l'« art lending » croît à un rythme soutenu, de 11% entre 2022 et 2023, pour atteindre 36 milliards de dollars d'encours des prêts en 2024. Il est même attendu à 40 milliards en 2025, selon le rapport annuel Art Finance de Deloitte. Car à la clé, potentiellement, le capital est libéré, soit pour acheter de nouvelles œuvres et agrandir sa galerie, sans devoir brader d'autres actifs financiers, ou bien pour faire face à un manque de trésorerie, ou encore pour diversifier ses sources de financement.
« Le climat incertain et le contexte économique volatil accélèrent la tendance à considérer l'art comme un actif financier », écrivent les auteurs du rapport qui notent que les prix des œuvres ont aussi moins souffert du ralentissement économique post-Covid. Ainsi, ces deux dernières années, le prêt garanti contre un Rothko ou des chaises longues Le Corbusier a le vent en poupe partout, aux Etats-Unis d'abord où le marché est « mâture », et désormais aussi en Asie et en Europe décrites comme de nouvelles terres d'« opportunités », selon Deloitte.
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Des nouveaux filons que les grandes banques de la gestion privée telles Goldman Sachs et Citi Private Bank, veulent capter auprès des « UHNWI Ultra High Net Worth Individuals et des HNWI » (ultra et haute fortunes individuelles), autrement dit des collectionneurs avec des revenus ou patrimoines importants mais aussi des entreprises et des galeries d'art qui gravitent autour des ventes aux enchères des Christie's et Sotheby's. Morgan Stanley note que 44% de ses clients sont intéressés par cette forme de prêt sur gage. Bank of America a constaté une augmentation de 14% des nouvelles lignes de crédit adossées à des œuvres d'art en 2024, selon Deloitte. De même, plus des deux tiers des family offices interrogés proposent désormais d'utiliser les oeuvres comme un collatéral, soit une forte progression depuis 2019.