Utilisation des titres-restaurant le dimanche : « C’est un hold-up en faveur de la grande distribution »

Les titres-restaurant pourraient être utilisés le dimanche.
Yves Forestier

Les titres-restaurant pourraient être utilisés le dimanche.
Yves Forestier
Utiliser ses titres-restaurant un jour de plus dans la semaine : une aubaine pour les consommateurs qui pourront désormais utiliser ce moyen de paiement même le dimanche. C'est ce qu'a annoncé la ministre du Commerce et des PME, Véronique Louwagie, mercredi, lors de la présentation de sa réforme des titres-restaurant. Attendue depuis deux ans, cette dernière avait été retardée par les changements de gouvernement. Pour l'heure, la forme qu'elle prendra - un projet ou une proposition de loi - n'a pas encore été arrêtée, ni son calendrier, mais le ministère souhaite qu'elle soit débattue avant la fin 2026.
« Cette réforme simplifie, sécurise et modernise le titre-restaurant, auquel tous les Français sont attachés », s'est félicitée Véronique Louwagie dans un entretien accordé au Parisien.
Un enthousiasme qui n'est pas partagé par tous. Du côté des restaurateurs, les annonces de la ministre sont, en effet, mal perçues. La profession avait déjà dénoncé l'extension, depuis 2022, de l'utilisation des titres-restaurant dans les supermarchés pour payer ses courses alimentaires (hors alcool, confiseries, produits infantiles et aliments animaliers). L'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih), principale organisation du secteur, pointe un manque à gagner de 900 millions d'euros par an, soit une baisse de 9,2 % de chiffre d'affaires.
La possibilité de les utiliser le dimanche (les jours fériés ne sont, eux, pas concernés) constitue un nouvel affront, « ça va être un séisme dans la profession », résume Franck Chaumes, président national de la branche restauration de l'Umih.
L'organisation pointe une mesure qui profite certes au secteur de la restauration, mais aussi à la grande distribution. « C'est un hold-up au profit de celle-ci », lance Franck Chaumes. « Or, on nous répète que les finances publiques se creusent, mais on privilégie la grande distribution qui a une TVA à 5,5 % alors que nous, notre TVA est à 10 %. » En d'autres termes, l'Umih demande que l'utilisation de ce moyen de paiement soit limitée aux restaurants.
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L'annonce est, en effet, une bonne nouvelle pour le secteur de la grande distribution. En témoignent les propos de Michel-Édouard Leclerc, ce jeudi. Le président de l'enseigne du même nom s'est dit « très heureux d'avoir une ministre du Commerce qui a trouvé une solution en écoutant tout le monde. [...] Mais n'oubliez pas que le titre-restaurant est un ticket repas destiné aux salariés [...]. C'est du pouvoir d'achat pour ceux qui ne bénéficient pas des restaurants d'entreprise », a-t-il néanmoins insisté, au micro de BFMTV. Interrogé sur la part que représente ce moyen de paiement dans les résultats de l'enseigne, le président a botté en touche, répondant qu'il ignorait la réponse.
De son côté, la ministre a justifié sa mesure qui, selon elle, « encourage la consommation et répond aux nouveaux usages », avec six Français sur dix qui apportent leur repas fait maison sur leur lieu de travail. Sans parler de la généralisation du télétravail.
Au-delà d'exiger de revenir sur cette mesure, l'Umih réclame également un double plafonnement de ces titres-restaurant. Actuellement à 25 euros, cette limite pourrait être abaissée à « environ 10 ou 12 euros », dans la grande distribution, plaide l'organisation.
Une possibilité qui n'a toutefois pas été évoquée par la ministre qui, en plus de l'utilisation des titres-restaurant le dimanche, a également précisé que la dématérialisation des titres était prévue pour 2027. « On nous l'avait promise au premier trimestre 2026, et là on parle de fin 2026, début 2027 », regrette Franck Chaumes.
Enfin, du côté des commissions - régulièrement dénoncées par les restaurateurs qui les estiment trop élevées -, Véronique Louwagie n'a pas indiqué la possibilité qu'elles soient plafonnées. Le gouvernement souhaite néanmoins voir réduire ces frais versés par les commerçants et restaurateurs aux émetteurs de titres-restaurant (Ticket Restaurant, Chèque Déjeuner...).
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Pour cela, la réforme prévoit, d'une part, d'interdire les remises de fin d'année, procédé commercial qui consiste à vendre à bas prix des titres-restaurant aux employeurs, ce qui engendre en compensation des commissions plus hautes pour les commerçants. D'autre part, l'exécutif entend mettre en place une charte de transparence qui permettra aux commerçants de mieux comprendre comment se décomposent les commissions. Enfin, la ministre souhaite aussi mettre autour de la table émetteurs et commerçants pour « essayer de faire en sorte que le coût du dispositif pèse moins sur les commerçants ».
(Avec AFP)