"Toyota investit 125 millions d'euros pour produire une petite voiture en France"

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Le constructeur japonais pourrait embaucher jusqu'à 1.000 intérimaires. La moitié des postes pourrait être transformée en contrats fixes.

Renault et PSA affirment qu'il est difficile de produire une petite voiture en France à cause des coûts élevés. Or, en plein débat sur les délocalisations, Toyota s'apprête à fabriquer un nouveau petit véhicule dans l'Hexagone. Pourquoi ?

Toyota aura dépensé 125 millions d'euros pour fabriquer sa nouvelle (petite) Yaris III à Valenciennes (Nord) ; 100 millions pour la version thermique et 25 millions supplémentaires pour la déclinaison hybride, une première mondiale. On peut produire une petite voiture en France à condition de remettre en cause le mode d'organisation, de conception, de production de la voiture, la façon de travailler avec les fournisseurs. Les coûts salariaux sont importants. Mais, si vous produisez dans un pays à bas coûts, ce que vous économisez en main d'oeuvre peut être entièrement contrebalancé par les coûts logistiques. Or, dans un rayon de 350 kilomètres autour de Valenciennes, on a un marché potentiel de 130 millions de personnes ! Le fait de fabriquer en France n'est pas en soi un handicap. Nous avons d'ailleurs 43 fournisseurs pour la Yaris III dans l'Hexagone et 80 % de nos achats sont effectués en Europe occidentale.

Vous allez même embaucher...

Oui, nous avons déjà créé 500 postes d'intérimaires. Si la nouvelle Yaris, dont la production démarre à la mi-juillet pour une commercialisation à la mi-septembre, se vend bien, ce dont nous ne doutons pas, on pourrait passer de deux à trois équipes au premier trimestre de 2012. Or, avec une équipe supplémentaire, cela ferait 1.000 emplois d'intérimaires. Nous lancerons en outre la fabrication de la Yaris hybride à la mi-2012. Si nous restons longtemps à pleine cadence, nous pourrons alors transformer 100, 200, 500 postes d'intérimaires en contrats à durée indéterminée. Nous en sommes à 3.000 salariés permanents aujourd'hui. Notre engagement initial auprès du gouvernement français, il y a dix ans, était d'atteindre les 2.000. On est déjà largement au-delà.

Valenciennes est encore loin de son ?record de production de 2007...

Nous avons fabriqué 168.000 véhicules l'an dernier et sans doute n'en produirons nous que 150 à 160.000 cette année à cause du changement de modèle. Mais, nous tablons sur plus de 200.000 en 2012 et pourrions rattraper en 2013 le record de 2007 (267.000).

Une usine peut-elle gagner de l'argent en fabriquant un petit modèle en France ?

Valenciennes a gagné de l'argent entre 2003-2004 et 2009, sauf en 2006. Nous en aurons à nouveau perdu en 2010 et 2011 à cause des investissements pour le nouveau modèle. C'est logique. Nous en regagnerons en 2012.

Combien de voitures la catastrophe au Japon, en mars dernier, vous a-t-elle fait perdre en Europe ?

Au premier trimestre, nous étions sur une tendance pour vendre 900.000 voitures en Europe cette année (808.000 en 2010). Mais, entre le séisme du 11 mars et aujourd'hui, on a perdu 100.000 véhicules, dont 60.000 en provenance du Japon et 35 à 40.000 en production européenne faute de pièces. Ceci dit, sur les 100.000 perdues, on va en récupérer 60 à 70 % sur la deuxième partie de l'année. En 2011, nous vendrons donc plus de 850.000 unités (Toyota et Lexus). Nous devrions franchir la barre du million dans les deux ans. Et en gagnant de l'argent. Tout le monde peut réaliser une percée commerciale en faisant le plein de ventes aux flottes, aux loueurs, en proposant de fortes remises. Certains le font. Mais ce n'est pas notre cas.

Vos usines fonctionnent-elles désormais normalement ?

Nous avons repris un fonctionnement normal à Valenciennes à la mi-mai et ailleurs en Europe début juin. Un fonctionnement normal signifie un retour à la situation d'avant le séisme. Cela ne veut pas dire pour autant que les usines tournent à plein régime. En Grande-Bretagne et en Turquie, nos usines fonctionnent à 70 % des capacités. Mais c'est lié aux marchés, pas aux conséquences de la catastrophe. Sur notre site en Russie et sur celui avec PSA en République tchèque, nous sommes à 100 %. Les sites japonais reviendront pour leur part aux rythmes d'avant le séisme dans les prochaines semaines. Si un client commande une voiture aujourd'hui, on peut lui fixer précisément une date de livraison.

Quand serez-vous profitables en Europe ?

L'an dernier, nous avons enregistré un flux de trésorerie positif avec un an d'avance, mais encore affiché une perte opérationnelle, malgré un bénéfice au dernier trimestre. Sur le premier trimestre 2011, nous avons également affiché un profit, mais la catastrophe au Japon nous a fait perdre quelques centaines de millions d'euros. On va donc perdre de l'argent au premier semestre. Mais pour l'ensemble de 2011, l'objectif est un retour au profit opérationnel en Europe. Même si je ne peux pas le garantir aujourd'hui.

Vos voitures sont reconnues fiables, mais le style est souvent critiqué en Europe pour son manque d'attrait...

Nous avions jusque là un style, disons, universel. Mais, désormais, chaque région du monde aura la possibilité de le personnaliser. Un des rôles assignés à l'Europe sera de piloter les concepts des véhicules d'entrée de gamme, petits et compacts. On va avoir un nouveau style. Dans les vingt-quatre prochains mois, nous sortirons vingt-quatre modèles nouveaux ou restylés.

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Commentaires
a écrit le 09/07/2011 à 18:23 :
La "réussite industrielle" Allemande est basée sur la baisse des salaires, pas sûr que ce soit une réussite...
Si la production de véhicules citadins hybrides sont des produits bas de gamme, alors je ne comprends plus rien....
a écrit le 09/07/2011 à 7:59 :
Alors que le debat tourne autour de la réussite industrielle Allemande et du postionnement de ses produits sur le haut de gamme (autos, electro-ménager, machines-outils...) la France se bat sur la production de produits bas de gamme à faible valeur ajoutée... Comme un pays low-cost mais avec des coûts salariaux de luxe... Cherchez l'erreur!

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