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GM serait prêt à faire cadeau d'Opel à PSA

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 14 janvier 2013 à 05:03

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L'hypothèse est à l'étude: PSA Peugeot Citroën reprendrait Opel, la filiale allemande de GM. Selon le schéma envisagé, le groupe américain mettrait au pot pour faciliter l'opération. Et l'État français pourrait même aussi apporter sa contribution. Un projet à haut risque qui ne fait guère l'unanimité, vu la mauvaise santé de PSA et les pertes structurelles d'Opel, dont la part de marché est en chute libre. Le PDG de GM, Dan Akerson, a officiellement démenti ce lundi lors du salon de Detroit l'existence...

«L'hypothèse est à l'étude: PSA reprendrait Opel», la filiale allemande de GM, affirme à La Tribune une source proche du dossier. Un plan politiquement très présentable, puisque c'est le groupe français qui reprendrait la marque de Rüsselsheim. «GM veut s'en débarrasser», contrairement à ses déclarations officielles, indiquent nos informateurs. «GM donnerait même de l'argent, quelques milliards d'euros, pour accompagner cette reprise, faire en sorte qu'elle soit possible et attractive pour le repreneur». Et «l'Etat français pourrait faciliter l'opération», voire éventuellement prendre une participation. Tel est le dernier schéma envisagé en «haut lieu».

Arnaud Montebourg inquiet

Pierre Moscovici, ministre de l'Economie, avait déclaré le 6 janvier dernier que PSA devrait «sans doute aller plus loin» dans les mesures engagées depuis quelques mois pour assurer sa survie. L'ex-président de la communauté d'agglomération du pays de Montbéliard -où se trouve Sochaux, la plus importante usine de PSA Peugeot Citroën- a une certaine proximité avec les Peugeot , dont le groupe familial détient 25,3% du capital du constructeur français et exerce 37,9% des droits de vote. GM détient, lui, 7% aujourd'hui de PSA. Le ministre de l'Economie pourrait se laisser convaincre par un tel schéma, soutenu par une partie de la famille Peugeot.

Arnaud Montebourg, ministre de Redressement productif, paraît, lui, conscient des risques d'une telle opération pour l'avenir de PSA, parce qu'elle ne lève aucune des hypothèques pesant sur le groupe tricolore. On sait que le ministre du Redressement productif s'inquiète des éventuelles conséquences que pourraient avoir les surcapacités d'Opel sur l'emploi en France. Et un tel rapprochement accentuerait encore davantage l'européocentrisme de PSA, Opel étant quasi-exclusivement centré sur le Vieux continent!

Si ce schéma était retenu, l'alliance GM-PSA, nouée fin fevrier 2012, se réduirait donc à un rapprochement PSA-Opel. L'alliance mondiale, destinée à faciliter le déploiement intercontinental qui manque tant à PSA, se rétrécirait à... l'Europe.

Chevrolet, marque mondiale de GM

GM avait renoncé début novembre à un projet de fusion entre Opel et la division auto de PSA, selon nos sources. Ce projet entre la filiale allemande du consortium américain et les activités auto du groupe français -révélé en octobre dernier par La Tribune- prévoyait des participations paritaires de GM et PSA dans cet ensemble (autour de 40% chacun) ainsi que -à priori- des Etats français et allemand (à hauteur de 10% chacun) ! Le schéma aujourd'hui envisagé est totalement différent, puisque GM ne serait plus vraiment partie prenante de l'ensemble, la partie française restant seule pilote, pour le meilleur et pour le pire.

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Dans ce cas, GM -qui avait déjà failli céder Opel en 2009 à un équipementier canadien, Magna, allié à des intérêts russes avant de faire volte-face in extremis au grand dam de Berlin pris au dépourvu- se replierait sur Chevrolet, sa marque à vocation mondiale, dont la plupart des produits vendus hors d'Amérique du nord sont fabriqués en Corée. Chevrolet taille d'ailleurs des croupières en Europe à Opel, avec des véhicules sur les mêmes plates-formes mais bénéficiant d'un meilleur rapport prestations-équipements-prix. La marque Chevrolet détenait (sur onze mois 2012) 1,4% du marché de l'Union européenne (contre 1,3% un an auparavant) alors même qu'Opel et sa marque-s?ur britannique Vauxhall chutaient à 6,8% de pénétration (contre 7,4% en 2011... et plus de 10% il y a dix ans). Un comble.

Déficit chronique

Piégé par des surcapacités chroniques malgré des plans de restructuration répétés, dont le dernier en date prévoit l'arrêt des fabrications sur le site allemand de Bochum, Opel est en chute libre sur le marché d'outre-Rhin, absent des pays émergents, avec une médiocre image et des retards technologiques faute d'investissements. Opel ne bénéficie pas de la flatteuse réputation «germanique» attachée aux produits Volkswagen, BMW, Mercedes. Malgré ses efforts publicitaires pour le faire croire. Opel est structurellement déficitaire puis plus de dix ans. GM prévoit rien de moins que 1,5 à 1,8 milliard de dollars (1,1 à 1,4 milliard d'euros) de perte opérationnelle sur le Vieux continent cette année! Et 2013 sera "un peu meilleur", sans plus, affirmait récemment le groupe du Michigan. Le retour à l'équilibre en Europe, maintes fois reporté, est carrément renvoyé cette fois au «milieu de la décennie», sans autre précision. Sur le troisième trimestre, GM a perdu sur le Vieux continent 0,5 milliard de dollars (380 millions d'euros).

Concurrence frontale

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Un ensemble PSA-Opel aurait sans doute des effets bénéfiques, à moyen terme, en termes d'économies d'échelle... Mais les vraies synergies se font avec de nouveaux produits, qui ne peuvent être mis sur le marché avant quatre ans dans le meilleur des cas. Un laps de temps bien long, quand PSA consomme 200 millions d'euros de cash par mois et doit recourir à l'Etat français pour garantier sa banque PSA Finance... Produire des véhicules sur les mêmes plates-formes ne nécessite d'ailleurs pas un rapprochement aussi intime. Pour le reste, les deux firmes sont en concurrence frontale avec le même type de voitures, sur les mêmes marchés. Ce n'est pas Opel qui va aider PSA hors d'Europe! En outre, le nouveau groupe passerait le plus clair de son temps à se restructurer et supprimer des emplois. Avec, à la clé, de complexes et ardues négociations avec le gouvernement allemand, peu enclin à laisser fermer des usines outre-Rhin sans broncher. Additionner PSA et Opel -qui aura consommé la bagatelle de quatre patrons en trois ans- ne constituerait donc pas de facto un groupe sain, avec une stratégie cohérente, des produits attractifs et une vision internationale. Pas de quoi faire trembler les deux groupes les plus offensifs du moment, l'allemand Volkswagen et le coréen Hyundai-Kia.

Alain-Gabriel Verdevoye

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