Petit coup de blues pour Renault en Indonésie

Alain-Gabriel Verdevoye, à Tokyo
Renault annonçait triomphalement à la mi-septembre son accord pour s'implanter en Indonésie. Deux mois plus tard, l'enthousiasme initial est quelque peu retombé. Renault déchante. "La production démarre actuellement", explique Gilles Normand, directeur Asie-Pacifique de Renault, rencontré en marge du salon de Tokyo. Mais, "le marché chute et la roupie indonésienne a été dévaluée de 25%", ajoute-t-il. Pas prévu. Pis: "les règles douanières changent". Et oui, s'installer dans les pays émergents n'est pas si simple!
Alors que le pays est en pleine crise diplomatique avec l'Australie, la banque centrale indonésienne a relevé, inopinément, son taux directeur afin de freiner la hausse du déficit de son compte courant, à l'origine des récents troubles dans le pays. Les difficultés de l'Indonésie se sont aggravées récemment à cause de cet énorme déficit et d'un regain d'inflation causé par une augmentation des prix de l'énergie.
Les investissements étrangers sont en chute, victimes de la dépréciation de la roupie. Quatrième pays le plus peuplé de la planète - et premier pays musulman - avec près de 250 millions d'habitants, l'Indonésie a annoncé début novembre une croissance de son PIB au plus bas depuis quatre ans. Les experts tablent désormais sur une croissance du Produit intérieur brut indonésien inférieure à 6% cette année, pour la première fois depuis 2009. Bof.
Pourtant, c'était bien parti. Le groupe automobile français avait annonce le 18 septembre son implantation en Indonésie, pour assembler (avec des pièces quasiment toutes importées au démarrage) son modèle fétiche, le 4x4 Duster à bas coûts. Renault a signé un accord avec le groupe local Indomobil. Le Duster devrait être suivi d'autres véhicules à partir de 2015. On évoque la future introduction du monospace à bas prix Lodgy, le marché indonésien étant particulièrement friand de ce genre de véhicules.
Un marché en plein boom... jusqu'ici
La société indonésienne Indomobil doit développer un réseau de points de ventes, avec l'objectif d'avoir 45 concessions d'ici à 2016. Elle travaille déjà avec Nissan, l'allié japonais de Renault. Le marché est dominé par Toyota (50% de part de marché avec sa filiale Daihatsu). Nissan, qui a dévoilé en juillet un véhicule autour de 5.000 euros baptisé Go et qui devrait être lancé sur place sous sa nouvelle marque d'entrée de gamme Datsun, en détient un peu plus de 6%. Les japonais en occupent ensemble 90% environ.
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Le marché indonésien a bondi d'un quart en 2012, pour atteindre le nombre record d'1,1 million d'unités. Il a également connu un premier semestre 2013 historique à 582.000 unités. Le taux de motorisation est d'à peine 80 véhicules pour 1.000 habitants, contre 330 en Malaisie. Le consultant Frost & Sullivan affirme que le marché devrait arriver à 2,3 millions de véhicules par an à la fin de la décennie. Seulement voilà, il s'agit d'un pays assez instable aux coups de barre brutaux et aux politiques fluctuantes... Ce qui a visiblement surpris et déçu Renault.
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