Comment Tavares va faire des économies chez PSA

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Carlos Tavares (à gauche) sera président du directoire de PSA à la place de Philippe Varin (à droite) le 31 mars. / DR
Carlos Tavares (à gauche) sera président du directoire de PSA à la place de Philippe Varin (à droite) le 31 mars. / DR (Crédits : Reuters)
PSA veut réduire le nombre de modèles à son catalogue pour éviter les dispersions. Carlos Tavares, son futur dirigeant, a aussi détecté de gros gisements de productivité dans les usines. Les sites slovaque, espagnol (Vigo) et portugais sont appelés un jouer un rôle majeur. Pour réduire les coûts.

« Il n'est pas impossible de gagner de l'argent en Europe », affirme Carlos Tavares, le nouveau patron opérationnel de PSA, qui deviendra le président du directoire du groupe au 31 mars.

« L'augmentation de capital permet d'assurer la continuité des investissements dans la société. Mais il faut que l'entreprise fasse des profits minima. Sinon, il faudrait vite une nouvelle augmentation de capital avec des conséquences graves pour l'entreprise ».

Mais comment donc réduire encore les coûts, pour que PSA fasse enfin des profits ?

« PSA doit réduire le gaspillage ». Tout d'abord, il « faut faire un nombre plus limité de modèles. On a trop de voitures au catalogue. Il faudra être plus sélectif pour mieux allouer nos ressources créatrices », souligne au salon de Genève l'ex-bras droit de Carlos Ghosn chez Renault.

« A l'international aussi, on n'a pas besoin de mettre autant de voitures au catalogue en Russie ou en Amérique latine ».

« Le niveau des remises est trop élevé sur les marchés. Si on se disperse moins et qu'on se concentre sur des voitures encore meilleures dont le client veut, ça permet de soutenir le niveau des prix », argue-t-il.

Encore du travail dans les usines

Carlos Tavares « a visité sept usines ces dernières semaines ». Et, sur ces sites industriels, il y a « a encore un énorme potentiel d'amélioration, dans l'organisation, les coûts de l'énergie, les rendements, le nombre de retouches à effectuer en bout de chaîne ».

Le groupe automobile français avait annoncé le mois dernier son intention de produire à l'avenir ses petites voitures « généralistes » hors d'Europe occidentale. PSA Peugeot Citroën n'a évidemment pas de projet à moyen terme de construire une nouvelle usine hors d'Europe de l'ouest.

« Pour l'instant ce n'est pas du tout sur la table. Notre capacité de financement n'est pas très élevée », rappelle Carlos Tavares, même si PSA a ramené sa consommation de cash de 3 milliards en 2012 à 426 millions l'an dernier.

D'ailleurs, « nous avons des usines en périphérie de notre pays qui sont à des niveaux de coûts compétitifs comme Trvana (Slovaquie), Vigo (Espagne) et Mangualde (Portugal). Or, elles ne sont pas saturées ».

Le site slovaque produit actuellement environ 250.000 Peugeot 208 et Citroën C3 Picasso, pour une capacité de 350.000 unités. Et Vigo, qui fabrique des utilitaires et le monospace C4 Picasso de Citron, tourne « à 60% de son potentiel » seulement.

Or, « il faut les saturer », souligne le dirigeant, qui doit dévoiler à la mi-avril un nouveau plan stratégique, qui courra jusqu'en 2016 avec « quelques perspectives au-delà ». PSA, qui a cessé de produire les petites Citroën C3 en octobre dernier dans son site d'Aulnay-sous-Bois en région parisienne, s'est engagé à ne pas fermer d'autre site en France jusqu'à 2016.

Pertes hors d'Europe

Hors d'Europe, il y a aussi du travail.

« On perd de l'argent en Russie où on a une usine limitée qui a trop parié sur des chiffres de productions trop optimistes ». Au Brésil aussi, « il y a des choses à faire. Il faut aligner les coûts d'achats, des produits, avoir une meilleure rentabilité industrielle ».

Maxime Picat, Directeur général de la marque Peugeot, renchérit :

« il faut plus d'intégration locale en Amérique latine où on est déficitaires ».

En clair, il faut produire de pièces localement pour échapper aux droits de douane et aux fluctuations de changes. PSA perd de l'argent en Europe, mais aussi sur la plupart de ses grands marchés extérieurs. Et, en Chine, les dividendes de sa co-entreprise DPCA sont dérisoires.

Du potentiel en R&D

Dans la recherche et le développement, PSA a également du pain sur la planche, même si beaucoup de travail a déjà été fait.

« Nous avons mis en place une politique de 83 modules, qui représentent le quart du prix d'une voiture. Cela va des armatures de sièges à la télématique, en passant par les modules de plates-formes, de groupes motopropulseurs. Nous poursuivons le déploiement de cette politique », souligne Gilles Le Borgne, patron de la R&D de PSA. But : réduire le coût de la diversité et réaliser des économies d'échelle.

« On fait aussi des socles de communauté (de composants) pour des silhouettes de véhicules différents pour Peugeot, Citroën, DS et Opel (NDLR : marque de GM avec qui PSA développe des modèles conjoints) ».

Enfin, PSA limite désormais les variantes d'assemblages de moteurs et de boîtes. Afin de réaliser davantage de synergies.

Déficit encore en 2013

PSA a encore affiché l'an dernier une perte opérationnelle pour les activités automobiles de 1,04 milliard d'euros. Soit une marge négative de 2,9%. La perte nette du groupe a atteint 2,31 milliards. Et la dette nette du constructeur dépasse les 4,1 milliards.

La firme tricolore a annoncé à la mi-février un accord stratégique permettant au groupe public chinois Dongfeng de prendre 14% de PSA à travers une augmentation de capital de 3 milliards d'euros. La famille Peugeot détiendra également 14% du capital et l'Etat français une part équivalente. PSA, qui vient d'obtenir le trophée de la « voiture de l'année » pour sa compacte Peugeot 308, apparaît prêt à redémarrer. A condition qu'il ne soit pas trop tard.

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>>> VIDEO [Salon de l'auto à Genève] Edition du 6 mars

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Commentaires
a écrit le 05/03/2014 à 21:47 :
S'il pouvait mettre leur toit panoramique en option, et proposer une boite automatique sur les modèles intermédiaires. Quant au modèle 508 essence un vrai gouffre en ville, dommage !
a écrit le 05/03/2014 à 20:46 :
@anorexie industrielle Trollwagen, PSA s'envole en ce début d'année quand votre poulain Volks est à la rue, - 10 % sur février, les problèmes de BV auto double embrayage DSG sont pour exemple, contrairement aux annonce faites, toujours non assumés... Comment voulez-vous avoir avec de tels propos, un pouillème de crédibilité...???
a écrit le 05/03/2014 à 20:35 :
Il a raison de souligner le problème lié aux remises commerciales pratiquées par tous les constructeurs . Le consommateur en a pris l'habitude .
Pour ma part je suis prêt à m'en passer si le modèle est suffisamment attractif et si sa fiabilité est avérée . Deux conditions qui ne sont que très rarement remplies .
Cela n'empêche pas un geste commercial afin de fidéliser le client.
Réponse de le 06/03/2014 à 7:23 :
Marges des concessionnaires en moyenne 22 à 25% (avec les primes objectifs de fin d'année) sur les centes véhicules mais surtout marge de 60 à 70% sur les pièces détachées et main d' oeuvre vendue à prix d'or (ou alors les mécaniciens sont très bien payés ce que je doute)
a écrit le 05/03/2014 à 19:51 :
"Les sites slovaque, espagnol (Vigo) et portugais sont appelés un jouer un rôle majeur. " Si, si, c'est écrit ainsi.
a écrit le 05/03/2014 à 19:31 :
En 2000, le marché automobile était constitué d'environ 9 segments de véhicules,

en 2014, le marché automobile est constitué d'environ 50 segments de véhicules.

L'on reconnaît l'incompétence au seul fait que Tavares ne propose que des réductions ...

pour suivre l'hyper différenciation et la multiplication des segments sur le marché mondial, ils augmentent les Allemands font l'inverse, ils multiplient les véhicules dans chaque segments...

et les constructeurs allemands font d'énormes profits.

Et donc Tavares ne fera pas gagner de l'argent à PSA, mais va lui infliger un régime d'anorexie industrielle qui précèdera la mort tout court.
Réponse de le 06/03/2014 à 4:22 :
@ Anorexie industrielle
Vous ne suivez pas le débat. Or , nous ne désirons pas le ralentir.
Il a déjà été expliqué , argumenté , preuves et chiffres à l'appui , y compris Retournement de courbe et de cycle à l'appui que c'est la pléthore de modèles et de gadgets non assumés au niveau de la fiabilité qui érodent les marges de VW.
Tout ceci va à l'encontre des cibles commerciales définies et tend à leur donner plus de force pour pénétrer les marchés. VW ne grimpe plus , il est en train de s'effondrer sur lui-même. Carlos Tavares a trouvé le défaut de la cuirasse allemande ...il commence à taper dedans.
Réponse de le 09/03/2014 à 18:24 :
A quoi sert la Golf plus ?
Leur boîte DSG au début a attirer le client mais n'étant pas fiabilisée en a fait repartir énormément .
Les clients doivent être fidélisés pour cela il faut être sùr de la technologie utilisée.
a écrit le 05/03/2014 à 18:54 :
Réduire le nombre de modèle, se développer sutout hors d'europe, saturer les usines non-françaises... c'est peut-être nécessaire pour que PSA survivre, mais cela est plutôt inquietant à court terme pour les usines françaises. PSA suit ainsi la direction de Renault.
Réponse de le 06/03/2014 à 10:11 :
réduction des modèles, restructuration des gammes Citron et Peugeot, oui..... mais je crois qu'il faudrait saturer d'abord les usines françaises........ et réorganiser l'offre moteur boites de vitesses qui est une calamité chez PSA.... y compris sur les nouveaux modèles, et sortir une boite BMP qui tienne la route..... les modèles urbains seront de plus en plus "automatiques".....
Réponse de le 06/03/2014 à 15:44 :
Je partage votre constat mais Tavares semble avoir une autre opinion.
Réponse de le 06/03/2014 à 19:09 :
Tavares ne fera pas mieux que ses prédécesseurs.
Il devrait aller voir pourquoi la Toyota yaris est rentable en France...
a écrit le 05/03/2014 à 18:42 :
quand un patron 'industriel' remplace un patron "banquier" ça doit aller mieux
Réponse de le 06/03/2014 à 4:27 :
Les patrons industriels sont tellement rares qu'il faut les garder à tout prix.
Les banquiers , y'en a partout. Les ENA , les Sciences-Po , les " généralistes " , il faut les envoyer chez la concurrence , pour qu'ils y sèment la merde.
Très utiles , vous sous cet angle , les énarques.
a écrit le 05/03/2014 à 18:11 :
Très beau discours on s occupent évidence suite au constat d arrive . Le vrai défi c est la qualité et le design et la c est pas simple !! Bonne chance a PSA
a écrit le 05/03/2014 à 18:10 :
Ca va de mieux en mieux, le diagnostic posé et connaissant l'homme, les corrections se feront rapidement, déjà les résultats s'envolent pour les deux marques du groupe. 308 bat des records de vente, bien devant golf -à la peine après le scandale de l'adac allemand- et le redéploiement se fait sur quasi tous les produits des deux marques, bravo dans ce groupe à la réussite méritée, si française...en somme !!!
Réponse de le 06/03/2014 à 4:31 :
Bravo au travail si précieux de Godrev , qui a su remobiliser un esprit indispensable à la bonne marche de nos entreprises. Ce n'est pas tout de concevoir les meilleures voitures du Monde , n'ayons pas peur des mots , mais encore faut-il que les gens le sachent... :-)
a écrit le 05/03/2014 à 17:27 :
Mr Tavares a sans doute raison mais je trouve que pour des modèles spécifiques comme la 308 sw , elle devrait se vendre aussi dans le réseau Citroën pour des adeptes de cette marque qui souhaitent un break de taille moyenne absent au catalogue Citron. Idem pour la C3 Picasso qu'on verrait bien en vente dans le réseau Peugeot. Dans certaines région, il n'y a pas d'agents Citroen et Peugeot dans la même ville, cela pourrait aussi combler ce manque pour 0 euros de frais. Ce serait une façon de récupérer des ventes perdues.
a écrit le 05/03/2014 à 17:14 :
Ca m'a tout l'air d'être l'heure du réveil: leur voitures sont attractives, en témoigne la 308 voiture de l'année et l'augmentation des immat depuis le début de l'année. Je crois beaucoup plus en PSA en 2014 qu'en Renault, qui semble être le boulet du trio Renault-Nissan-Dacia.
a écrit le 05/03/2014 à 17:02 :
Je le savais brillant , très intelligent et efficace...En plus de tout cela , il est rapide...il a tout de suite compris !!!
PSA a enfin trouvé le Commander !!!
a écrit le 05/03/2014 à 16:54 :
Alors du coup que devient GM? il vend, garde une part plus faible, qqun sais
Réponse de le 05/03/2014 à 17:45 :
GM s'est désengagé et c'est tant mieux.

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