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Automobile : des étudiants français construisent un bolide 100 % électrique

Timothée de Rauglaudre

Publié le 06 janvier 2016 à 14:52 - Mis à jour le 07 janvier 2016 à 13:38

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Vingt étudiants de Laval veulent faire participer un "streamliner" électrique qu’ils ont entièrement conçu à une course américaine mythique sur un désert de sel. Pour le propulser à 400 km/h, la petite équipe manque encore de fonds. Elle lance cette semaine une campagne de financement participatif.

Qui a dit que l'automobile ne suscitait plus de vocations en France ? À Laval (Mayenne), une équipe de vingt étudiants s'est lancée dans le projet fou de concevoir une voiture de course pour concourir au très difficile rallye de Bonneville aux États-Unis. Pour ajouter au challenge, ils ont choisi de se doter d'une motorisation uniquement électrique avec l'objectif d'atteindre la vitesse délirante de 400 km/h.

Le projet regroupe onze étudiants de la filière aéronautique et neuf de la filière automobile de l'ESTACA - qui forme les futurs ingénieurs des transports - tous « choisis en fonction de leurs affinités » pour certaines spécialisations, précise Alexandre Penot, responsable général du projet. Pour faire honneur aux deux filières, le design de l'automobile s'inspire des avions. Le nom de ce type de véhicule, « streamliner », renvoie, lui, aux trains : « Ce terme désignait historiquement la forme de certains trains aérodynamiquement soignés », explique la page de présentation sur le site du projet.

La voiture, qui sera électrique, mesure 6,5 mètres de long et pèse moins de 500 kg. La fabrication de la carrosserie, voulue pour que son coefficient de frottement soit le plus faible possible - pour maximiser la vitesse du bolide - a commencé fin novembre 2015, à peine trois mois après le début de l'étude du projet. La puissance du véhicule sera telle qu'un parachute a été prévu pour améliorer le ralentissement. « C'est un travail de passion, affirme Alexandre Penot. On ne compte pas nos heures ». L'objectif est de faire rouler le véhicule à 400 km/h, pour qu'il participe à une course sans pareille dans l'Utah, aux États-Unis, cet été.

Une course mythique sur une plaine de sel

La Speed Week de Bonneville, une des deux courses organisées chaque année par la SCTA (organisation à but non lucratif), se tiendra au mois d'août. La compétition aura lieu sur le Bonneville Salt Flats, une plaine de 260 km² couverte de sel dans le nord-ouest de l'Utah, non loin de Salt Lake City. L'existence de cette immense plaine blanche s'explique par l'évaporation de l'ancien lac Bonneville, survenue après la dernière glaciation. Rouler sur ce désert de sel augmente l'incertitude de la course, et donc le challenge. En effet, si le sol est très humide à cause des intempéries, les voitures risquent de s'enfoncer. Si, au contraire, le sel est sec et dur, la performance des bolides tend généralement à augmenter.

Un streamliner lancé à plus de 535 km/H, lors de la Speed Week de Bonneville en 2012


C'est Alexandre Penot lui-même qui prendra le volant lors de la Speed Week de Bonneville, la première course de vitesse de sa vie. Heureusement, la SCTA organise une initiation avant la course : le responsable général du projet « ESTACA On the Salt » devra passer plusieurs paliers de vitesse avec son streamliner avant de se lancer. Près de 1.500 véhicules participent à la compétition. « C'est l'équivalent du Mans aux États-Unis », commente le futur pilote. Cette course a la particularité de faire concourir tout le monde, les professionnels comme les amateurs. Les vingt étudiants seront « les premiers Français à concourir avec un streamliner électrique », précise Alexandre Penot. Le projet, à un stade déjà bien avancé, n'aurait pu voir le jour sans l'implication de ses financeurs.

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Soutien de l'école et des entreprises

L'ESTACA, dont la directrice Pascale Ribon se dit « très fière des étudiants qui ont monté ce projet », sera la première école française à être représentée sur cette course. « C'est l'occasion de rendre l'école plus visible », ajoute Pascale Ribon, estimant que le projet « crée de la fierté pour tout le monde ». L'école verse à l'association ITD, à l'origine du projet, 1.500 euros sur deux ans, mais une partie des fonds est allouée à d'autres activités organisées en parallèle par l'association. L'ESTACA met aussi à disposition des étudiants les infrastructures, à la fois pour l'informatique et pour les ateliers de construction, ainsi qu'un certain soutien des enseignants-chercheurs qui, précise Alexandre Penot, « ne sont pas décisionnaires mais jouent davantage un rôle de consultants ». Pascale Ribon confirme :

«Il y a vraiment une forte autonomie de la part des étudiants.Les professeurs sont là en tant que coaches.On met le savoir-faire des professeurs et des équipes techniques à leur disposition, mais ce sont vraiment eux qui sont à la manœuvre»

Mais la plupart du soutien financier au projet vient des entreprises mécènes, dont le total des contributions financières s'élève à 33.000 euros. L'entreprise qui prend la plus grande part au projet est Plastima Composites, entreprise locale de la Mayenne « spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces complexes en composites à matrice thermodurcissable » d'après son site. La société a participé tout au long de la conception et de la fabrication de la carrosserie, en apportant à la fois de la matière et du savoir-faire. Les entreprises, surtout celles issues de la région, voient aussi dans ce mécénat une occasion de faire parler d'elles, en s'exportant, par le biais du sponsoring, aux États-Unis.

Le financement participatif au secours de la motorisation

Les financements manquants à la réalisation du projet sont ceux qui serviront à installer les deux moteurs électriques qui donneront enfin vie à la créature que les étudiants s'appliquent à construire. La motorisation électrique a été choisie « pour l'aspect pédagogique, recherche et innovation », affirme Alexandre Penot, avec notamment un « aspect développement durable », dans le but de « montrer qu'avec des électriques aussi, on peut faire de la performance ». L'intérêt des apprentis ingénieurs pour l'écoconception provient en partie des enseignements de leur école, qui incitent les étudiants à « prendre conscience des enjeux de la mobilité durable », affirme Pascale Ribon. « On a des jeunes qui sont très sensibles aux questions de développement durable, qui ont ce souci d'un monde plus durable », se réjouit encore la directrice de l'école.

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L'achat des deux moteurs électriques ainsi que des systèmes d'exploitation pour les faire fonctionner coûtera 30.000 euros. Pour atteindre cette somme, les étudiants ont décidé de lancer une campagne de crowdfunding (financement participatif) sur le site KissKissBankBank, avec un objectif de 10.000 euros et 35.000 euros, de manière à couvrir les frais de commission demandés par la plateforme. La campagne, qui a été lancée ce jeudi 7 janvier, propose plusieurs contreparties pour les investisseurs en fonction du montant de leur contribution, comme du chocolat et du cidre produits par les entreprises locales partenaires, une visite des ateliers de fabrication, ou encore une invitation au cocktail de départ de l'équipe pour les États-Unis ainsi qu'aux premiers essais du véhicule qui auront lieu à l'aérodrome de Laval. Dans le cas où le montant espéré ne serait pas atteint, l'équipe d' « ESTACA On the Salt » devra redoubler d'efforts, et attendre patiemment 2017 pour fouler le sel de Bonneville.

Timothée de Rauglaudre

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