Sylvain Paineau et Gilles Moreau, deux cofondateurs de l'entreprise Verkor, quittent la start-up la plus financée de la French Tech. Plusieurs observateurs s'interrogent sur les choix technologiques du producteur de batteries tandis que des doutes planent sur la performance des cellules.Une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule. Mercredi, l'un des cinq cofondateurs restants de la start-up de production de batteries Verkor, Sylvain Paineau, a annoncé sur LinkedIn qu'il quittait l'entreprise. Or, selon nos informations, un autre cadre dirigeant devrait le suivre : Gilles Moreau, lui aussi cofondateur et directeur de l'innovation et du développement durable, est sur le départ. Un signal troublant, alors même que le projet phare de la société, une « gigafactory » située à Dunkerque, doit démarrer sa production dès cet été, après cinq ans d'attente.
Un temps présenté comme le Northvolt tricolore des batteries, la société grenobloise promet en effet une capacité totale de 16 gigawattheures (soit un volume permettant d'équiper 200 000 à 300 000 véhicules) fabriquée chaque année sur ce site d'ici à 2027. Et a signé un partenariat avec Renault pour équiper le futur Crossover 100 % électrique d'Alpine et un modèle utilitaire de la marque au losange, avec la fourniture de 12 GWh par an de batteries.
Le projet a su convaincre : en tout, Verkor a sécurisé près de 2 milliards d'euros. Dont 850 millions de capitaux propres apportés par des investisseurs privés, parmi lesquels Renault donc, mais aussi CMA CGM (propriétaire de La Tribune) et Volvo. Soit la plus importante levée de fonds pour une start-up de la « French Tech », selon l'Élysée, qui en a fait l'un des symboles de la réindustrialisation de la France. S'ajoutent 600 millions d'euros de prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) et 650 millions d'euros de subventions publiques françaises, allouées par le plan France 2030 d'Emmanuel Macron. Interrogé, le Secrétariat général pour l'investissement refuse néanmoins de divulguer l'enveloppe déjà distribuée, « au regard de la sensibilité de ces informations dans un secteur très concurrentiel ».
« Je n'ai jamais été capé pour être un capitaine d'industrie »
« Verkor entre dans une nouvelle étape, celle de l'industrialisation. Je suis un chercheur et je n'ai jamais été capé pour être un capitaine d'industrie. Mon rôle a consisté à sécuriser des fonds, un terrain et à créer un écosystème. Il est temps de passer à une autre étape, avec notamment l'arrivée de notre directeur des opérations Laurent Debrue. Mon départ et celui de Sylvain Paineau n'ont rien de négatif », veut rassurer Gilles Moreau. Lequel entend continuer à conseiller la start-up, qui emploie désormais plus de 1000 salariés, et rester à son capital.
Marine Godelier et Juliette Raynal