« Dieselgate » : coup d'envoi du procès au pénal pour l'ex-PDG de Volkswagen
latribune.fr
Ingénieur de formation, Martin Winterkorn a dirigé l'empire Volkswagen de 2007 à 2015 avant de démissionner après l'éclatement du scandale du « dieselgate » (photo d'archive).
Le procès au pénal de l’ex-patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, dans le cadre de l’affaire dite du « dieselgate » s'ouvre ce mardi. Neuf ans après la révélation de ce scandale de moteurs truqués qui a ébranlé le secteur automobile mondial, les audiences prévues jusqu’à mi-2025 doivent permettre de déterminer quand exactement l’ancien dirigeant a pris connaissance de la fraude massive et comment il a géré ces informations.
[Article publié le mardi 3 septembre 2024 à 9h45, mis à jour à 17h04] Neuf ans après la révélation du scandale des moteurs truqués du groupe Volkswagen - l'affaire dite du « dieselgate » -, le procès du patron de l'époque démarre ce mardi devant le tribunal de Brunswick, dans le nord de l'Allemagne. Martin Winterkorn, aujourd'hui âgé de 77 ans, est accusé, d'une part, de fraude en bande organisée et de faux témoignage et, d'autre part, de manipulation de marché. Il encourt, jusqu'à 10 ans de prison.
En septembre 2015, Volkswagen a admis avoir trafiqué 11 millions de moteurs de type « EA 189 » sur ses véhicules diesel d'un logiciel capable de les faire apparaître comme moins polluants lors de tests en laboratoire et sur les routes. Les dommages sont estimés à plusieurs centaines de millions d'euros.
L'ancien patron « rejette les allégations portées contre lui », a déclaré ce mardi son avocat, Felix Dörr. Il a précisé que son client devrait faire une déclaration mercredi concernant les charges qui lui valent de comparaître. Martin Winterkorn s'est en tout cas montré discret à son arrivée au tribunal, déclarant aux journalistes qu'il se portait « plutôt bien » et que son amour pour « les belles voitures » avait guidé sa carrière à la tête du géant de l'automobile. À la barre ensuite, déclinant son état civil devant les juges, vêtu d'un costume sombre, il a parlé lentement, prenant appui sur le dossier d'un siège.
Une connaissance à établir
Martin Winterkorn, ingénieur de formation, a dirigé l'empire Volkswagen de 2007 à 2015 avant de démissionner après l'éclatement du scandale. Sous sa direction, le groupe et ses marques - Volkswagen, Audi, Skoda et Bentley, entre autres - est passé de 330.000 à plus de 600.000 employés, et les ventes ont grimpé de 6,2 à 10 millions de véhicules dans le monde.
Concrètement, la justice lui reproche d'avoir permis la vente de véhicules équipés de logiciels truqueurs, malgré sa connaissance de leur existence. La fraude présumée s'étend de 2006 à 2015. L'accusation n'a toutefois retenu qu'une partie de cette période contre l'accusé.
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L'ancien dirigeant devra aussi répondre de faux témoignage devant une commission d'enquête parlementaire en 2017, quand il a déclaré n'avoir appris l'existence des dispositifs truqués qu'en septembre 2015. L'accusation affirme qu'il avait connaissance « au plus tard en mai 2014 » de la fraude. De plus, il aurait sciemment autorisé la diffusion de publicités vantant les voitures comme écologiques, dans le but de générer des bénéfices importants.
Enfin, Martin Winterkorn est accusé de manipulation de marché : une fois la fraude sur les moteurs découverte aux États-Unis à l'été 2015, Volkswagen risquait de lourdes amendes, et une chute de son cours en Bourse. Cependant, les investisseurs n'ont été avertis que le 22 septembre de la même année, après que le scandale a éclaté. Le point central du procès sera donc de déterminer quand exactement l'ex-patron a pris connaissance de la fraude massive et comment il a géré ces informations.
Un ex-dirigeant déjà condamné
Ce procès, initialement prévu pour l'automne 2021 avec quatre autres anciens dirigeants, a été reporté et dissocié en raison de l'état de santé fragile de Martin Winterkorn, après plusieurs interventions chirurgicales. Appelé à témoigner récemment dans un autre procès civil contre Volkswagen, il serait apparu très affaibli au quatrième et dernier jour de son audition, selon un avocat présent. Le doute subsiste donc sur sa capacité à supporter le rythme de ce long procès à venir, avec des audiences prévues jusqu'à mi-2025, où il va devra se rendre deux fois par semaine depuis son domicile à Munich, au sud de l'Allemagne, situé à plus de 600 kilomètres du tribunal.
Différents témoins vont en tout cas se succéder à la barre pour tenter de mettre la lumière sur les connaissances de Martin Winterkorn dans ce scandale. Parmi ceux attendus figurent Hans Dieter Pötsch, ancien directeur financier de Volkswagen, et Herbert Diess, arrivé en juillet 2015 pour diriger la marque Volkswagen. Ces deux dirigeants ont évité un procès pénal en 2020 grâce à un accord financier de 9 millions d'euros avec la justice.
À ce jour, un seul haut dirigeant de Volkswagen a été condamné dans le cadre du « dieselgate ». Il s'agit de l'ancien PDG d'Audi, Rupert Stadler. Il s'est vu infliger, en juin 2023, une peine de prison de 21 mois avec sursis et une amende de 1,1 million d'euros. Durant son procès, il avait plaidé coupable de ne pas avoir interrompu la vente de véhicules de la marque premium malgré sa connaissance du logiciel frauduleux qui y était installé.
Déjà 30 milliards déboursés par Volkswagen
De son côté, le groupe Volkswagen « n'est pas impliqué dans le procès », a indiqué un porte-parole du groupe à l'AFP. Le géant allemand a toutefois déjà eu maille à faire avec la justice dans le cadre de cette affaire tentaculaire qui a donné lieu à nombre d'actions en justice, au civil et au pénal, dans de nombreux pays et visant plusieurs constructeurs.
Ainsi, depuis 2015, le groupe a déjà dû débourser autour de 30 milliards d'euros en remboursements, dédommagements et frais judiciaires, principalement aux États-Unis où il a plaidé coupable de fraude et d'obstruction à la justice.
La facture risque encore de grimper. En mars dernier, des clients de Mercedes-Benz réclamant réparation dans cette affaire ont partiellement obtenu gain de cause ce qui leur ouvre la voie a des demandes individuelles d'indemnisation. Le groupe a fait appel de cette décision, ce qui la laisse pour le moment en stand-by. Près de 10 ans après l'éclatement du scandale, il n'est pas encore prêt d'arrêter de faire parler de lui.