Indra Automobile Recycling, spécialiste français du recyclage automobile, est au coeur d'une transformation du secteur autour de l'économie circulaire. Initialement portées par la réglementation, les vertus de l'économie circulaire ont pris une autre acuité avec la survenue de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine. Pour Loic Bey-Rozet, directeur général de l'entreprise, la filière dispose d'un immense potentiel qu'elle doit encore professionnaliser.LA TRIBUNE - Quelques jours avant le Mondial de l'Automobile, plusieurs constructeurs dont Renault et Stellantis, ont présenté des plans ambitieux en matière d'économie circulaire. C'est un virage pour l'industrie automobile, qu'est ce qui a changé selon vous ?
LOIC BEY-ROZET - Il y a éminemment des éléments conjoncturels très forts liés au Covid et à la guerre en Ukraine. Ces deux événements ont eu un impact très fort sur les prix des matières premières, et la question de la maîtrise des filières d'approvisionnement est devenue cruciale pour les constructeurs automobiles. L'économie circulaire est évidemment un important levier. Mais, il y a des éléments structurels sous-jacents qui permettaient toutefois d'anticiper ce phénomène. D'abord, la fin de la protection des dessins et modèles. Il s'agit d'une protection intellectuelle des pièces de carrosserie et qui donnait l'exclusivité de leur production aux constructeurs. L'Europe a décidé de mettre un terme à ce procédé et cela ouvre la voie à la production de pièces équivalentes concurrentes. Les optiques sont, par exemple, déjà proposées par des fabricants asiatiques. C'est une véritable rupture psychologique dans le sens où la pièce de réemploi prend désormais toute sa place dans le cycle de réparation des automobiles, là où auparavant, les garages privilégiaient les pièces neuves dites d'origines, c'est-à-dire exclusivement fabriquées ou licenciées par les constructeurs.
LA TRIBUNE - À quel point, la réglementation contraint les constructeurs à basculer dans l'économie circulaire ?
LOIC BEY-ROZET - À partir du 1er janvier prochain, la loi AGEC (anti-gaspillage pour l'économie circulaire, ndlr) entrera en vigueur. On attend encore les décrets d'application. Mais pour résumer, les objectifs de cette loi seront de favoriser l'économie circulaire dans l'automobile et de lutter contre les filières sauvages de voitures hors d'usage (VHU) qui représentent entre 300.000 et 400.000 voitures par an. Ces voitures échappent à tout processus de recyclage et de valorisation. Une autre réglementation, européenne cette fois, doit survenir en 2024. Elle aura valeur de loi puisque ce n'est pas une directive. Elle va contraindre les constructeurs à augmenter le taux de réutilisation (pièces de réemploi, ndlr), mais également le taux de valorisation (réincorporation de matières dans l'outil industriel, ndlr). On parle d'un gisement de 11 millions de voitures par an... C'est à la fois colossal, et à la fois complexe pour passer à l'opérationnel.
Propos recueillis par Nabil Bourassi