L'industrie automobile mexicaine rêve d'un grand marché domestique

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Le Mexique espère qu'en renouvelant son parc automobile, la pollution de l'air sera amoindrie.
Le Mexique espère qu'en renouvelant son parc automobile, la pollution de l'air sera amoindrie. (Crédits : DR)
Le Mexique tente de rééquilibrer les débouchés de sa puissante industrie automobile jusqu'ici à 80% tournée vers l'exportation. Le marché domestique en a fini avec son appétit de voitures d'occasion importées, et voit son marché du neuf décoller au rythme de 19% par an. Le pays reste néanmoins un marché extrêmement favorable pour les constructeurs automobiles, et pas seulement pour le coût de sa main-d'oeuvre.

Septième producteur automobile du monde, le Mexique veut changer le logiciel de son industrie automobile. Longtemps considéré comme une base arrière de l'industrie automobile américaine, le pays hispanophone est en train de prendre une autre dimension. Devenu premier producteur automobile d'Amérique latine devant le Brésil en 2015, le Mexique veut tourner sa production essentiellement promise à l'export, vers une consommation plus locale.

Tout commença en 2008, lors de l'éclatement de la crise des subprimes qui provoqua des fermetures d'usines par dizaines aux États-Unis. Le marché américain se reprendra rapidement pour revenir à son niveau d'avant-crise en 2014. Sauf que les constructeurs ne sont pas revenus sur leurs fermetures d'usines et ont préféré augmenter leur capacité au Mexique.

5 milliards de dollars pour General Motors

Les investissements se comptent en dizaine de milliards de dollars. Pour le seul General Motors, le montant de l'enveloppe allouée à son développement industriel au Mexique s'élève à 5 milliards de dollars en deux ans. D'après le cabinet IHS, le pays d'Amérique centrale pourrait évincer la Corée du Sud du sixième rang mondial des producteurs d'automobiles dans les trois ans avec une production de 5 millions d'automobiles.

Le Mexique a longtemps attiré les investisseurs en raison du coût de sa main-d'œuvre : l'ouvrier mexicain coûte en moyenne 8 dollars de l'heure, contre 38 chez l'ouvrier yankee. Mais plus que le coût de la main-d'œuvre, les constructeurs ont été attirés par les nombreux accords de libre-échange signés entre le Mexique et le reste du monde. Près de 44 pays sont ainsi dépourvus de droits de douane avec le Mexique, dont de nombreux pays européens et asiatiques, tandis que les États-Unis n'ont noué des accords qu'avec une vingtaine de pays, notamment des petits pays d'Amérique latine. Ainsi, sur les 3,4 millions de voitures produites en 2015 par le Mexique, 80% était destinée à l'exportation, soit 30% des exportations totales du pays.

Un déversoir de voitures d'occasion américaines

Mais voilà, le pays rêve désormais de s'équiper de voitures neuves. C'est un fait nouveau puisque le Mexique est notamment connu pour être un déversoir de voitures d'occasion américaines. Le gouvernement a lancé un certain nombre de réformes visant à encourager l'achat de voitures neuves notamment à travers les financements d'achats. Résultats : les immatriculations de voitures neuves ont augmenté de 19% en 2015 à 1,35 million de voitures et ont cru de 18% au premier semestre 2016. À l'inverse, le marché des voitures d'occasion importées est passé de 1,6 million d'unités en 2006 à moins de 180.000 l'an passé.

La marge pour le marché neuf est encore importante pour ce marché de 110 millions d'habitants (pour rappel, le marché français pèse 2 millions d'immatriculations neuves par an pour 60 millions d'habitants). Mayra Gonzalez, la nouvelle patronne de Nissan Mexicana, première marque du pays, estime toutefois, dans une interview au site spécialisé Automotive News, que le marché domestique mexicain n'excédera pas les 2 millions d'immatriculations.

Le marché américain en plein ralentissement

Pour le Mexique, il est urgent de créer un grand marché intérieur. Il doit permettre de consolider la production nationale, mais il doit surtout prendre le relais des exportations aux États-Unis qui marquent le pas depuis le début de l'année 2016. Ce marché, le deuxième du monde après la Chine, a retrouvé son niveau d'avant-crise et est arrivé à saturation. Les exportations vers le grand voisin du nord ont ainsi baissé de 5% au premier semestre.

Pour les constructeurs automobiles, il n'est pas question de laisser passer l'opportunité de s'installer dans un pays avec ce potentiel. Nissan, General Motors et Volkswagen pourraient ainsi être les principaux gagnants de ce changement de paradigme. Ils se partagent à eux seuls 60% du marché local. Les analystes jugent toutefois que compte tenu des marges de progression du marché, il y a une bonne place pour les 30 autres marques qui se posent en challenger ce qui devrait accentuer la concurrence. Mais il y a encore des efforts à faire, car la production locale ne semble pas adaptée à la demande domestique. Ainsi, seulement 50% du marché du neuf est produit au Mexique même, l'autre moitié doit encore être importée.

Mais cette compétition ne peut être que bonne pour les consommateurs, et donc bon pour stimuler le marché domestique, veulent croire les analystes. Il se pourrait que ce soit aussi bon pour l'environnement, en espérant qu'avec un parc automobile renouvelé, Mexico, ville réputée comme la plus polluée du monde, respire un peu mieux...

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Commentaires
a écrit le 11/08/2016 à 10:19 :
Oui enfin une nouvelle fois le Mexique na aucune marque à elle, tout ceci est bien irréel quand même hein, je ne vois pas comment ils peuvent s'approprier ce qui ne leur appartient pas.
a écrit le 10/08/2016 à 9:38 :
Certains chiffres sont à mon avis à revoir.

Par exemple "l'ouvrier mexicain touche en moyenne 8 dollars de l'heure, contre 38 chez l'ouvrier yankee", me parait un peu fantaisiste.

Cela voudrait dire que l'ouvrier mexicain touche en moyenne 8 USD x 8h par jour x 22 (jours ouvrés) soit 1400 USD par mois, et l'ouvrier américain 38 x 8 x 22 ... 6.700 USD par mois! Donc si je comprend un ouvrier mexicain touche à peine moins qu'un ouvrier français, et un ouvrier américain autant qu'un cadre français en fin de carrière (et encore..).

Ou y a-t-il une confusion entre ce qu'il touche et ce que cela coûte à l'entreprise (et encore même là j'ai des doutes..) ?

Dites le moi, ca me donne envie de déposer une candidature pour la green card voire émigrer vers le mexique :-)

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