Les Français font du salon ITS une vitrine de la voiture autonome tricolore

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La Link & Go d'Akka Technologies est un des rares prototypes du salon ITS à rouler en totale autonomie en milieu urbain.
La Link & Go d'Akka Technologies est un des rares prototypes du salon ITS à rouler en totale autonomie en milieu urbain. (Crédits : DR)
Les spécialistes français de l'automobile ont décidé de transformer le salon des mobilités intelligentes organisé cette année à Bordeaux en vitrine mondiale de leurs solutions en matière de voiture autonome. De multiples démonstrations de prototypes montrent que les Français font partie de la course mondiale.

Cette année, le 22e salon ITS qui se tient à Bordeaux à partir de mardi 6 octobre prend une dimension particulière. Il consacre l'avènement de la voiture autonome avec de nombreuses démonstrations en situation réelle. Ce salon de portée mondiale est l'occasion de montrer au grand public, mais également aux pouvoirs publics l'usage de ces "ovnis" de la route qui posent autant de questions qu'ils promettent de retombées économiques. De ce point de vue, les Français semblent être dans le bon tempo.

Paris-Bordeaux "sans les mains"

En septembre, Carlos Tavares avait annoncé que son groupe, PSA, commercialiserait une voiture autonome en 2020. A la veille du salon ITS, le constructeur français médiatisait un Paris-Bordeaux à bord d'une Citroën C4 Picasso entièrement autonome. Pour le constructeur, cette expérience est un succès puisque jamais le conducteur n'a pris la main sur la conduite sur autoroute. Le groupe continue d'expérimenter son dispositif afin de définir les différents scénarios de conduite possibles.

Car pour le moment, tout est encore au stade expérimental. D'ailleurs, les constructeurs doivent obtenir une autorisation spéciale pour rouler en autonomie en situation réelle. L'Etat délivre depuis récemment des plaques W. Une dizaine ont été attribuées en France.

Une autonomie sur autoroute

Valeo est également bien avancé dans le domaine de la voiture autonome. Titulaire d'une plaque W, l'équipementier automobile fait rouler une Volkswagen Passat équipée de son système autonome. Il s'agit d'une véritable vitrine pour les solutions de l'entreprise française : laser, caméras, capteurs... La Valeo Cruise4U circulait avec aisance sur la rocade bordelaise. Un coup de clignotant, et la voiture change de voie d'elle-même.

Pour l'heure, les prototypes se concentrent surtout sur les voies sur autoroutes où les obstacles sont moindres, la vitesse plus constante. D'ailleurs, si les premières solutions autonomes sont attendues à un horizon 2020/2025 sur autoroute, on n'attend rien en milieu urbain avant 2030. "C'est très compliqué : il y a les piétons, les cyclistes, qui sont autant d'obstacles imprévisibles sur la chaussée. On a la capacité et la connaissance de configurer nos dispositifs mais en termes de sécurité, il y a encore beaucoup de paramètre à roder", nous explique une ingénieur.

Akka lance l'autonomie urbaine

Pourtant, l'entreprise Akka Technologies a fait le pari de l'autonomie en milieu urbain. Avec son concept Link & Go, le spécialiste de l'ingénierie automobile a décroché une plaque W. Ainsi, les Bordelais peuvent admirer cette drôle de voiture rouler aux alentours du parc des expositions. Comme les autres voitures autonomes, Link & Go lit la signalisation et adapte sa conduite, prend les virages tout seul, ralentit si la voiture devant ralentit. Elle intègre beaucoup plus d'informations qu'en autoroute et doit ainsi être beaucoup plus réactive. Les ingénieurs d'Akka rechignent toutefois à dépasser les 15km/h malgré l'autorisation de monter jusqu'à 30 km/h.

L'entreprise lyonnaise est fière de son prototype qu'elle a mis sur pied en 14 mois seulement et promet de nouveaux développements autour de ce projet d'autonomie de phase 5 (autonomie absolue avec possibilité de tourner le siège dos à la route, non encore autorisé sur la route, mais constaté en circuit fermé). A titre de comparaison, les prototypes Valeo ou PSA sont de phase 4. Chez Valeo, on juge que commercialement, seules les technologies de phase 3 et 4 répondront à une réelle demande dans la prochaine décennie. Mais Akka espère dégoter un partenariat avec un ou plusieurs constructeurs pour vendre les avancées de ce prototype. Une façon maligne de dégager des revenus bien avant le déploiement en milieu urbain.

Renault, groom de service ?

L'autre grand constructeur automobile français, de son côté, a déçu par son projet d'autonomie. Renault s'est contenté de présenter un service de "voiturier autonome" : déposer sa voiture dans un campus ou centre commercial, celle-ci va se garer toute seule et revient lorsque, par exemple, les courses sont terminées. Certes, la voiture acquiert une autonomie sans personne derrière le volant. Mais cette idée est vieille d'au moins deux ans et avait même été présenté chez certains équipementiers au salon de Francfort précédent. Rémi Bastien, directeur du projet autonomie de la marque au losange, promet pourtant une voiture autonome de niveau 4 (trajet porte à porte en totale autonomie) pour 2020. L'effet alliance avec Nissan permettra peut-être de combler le retard.

Des bus autonomes bientôt en service

Mais le salon ITS c'est également le projet de la société Navya et son Arma : une navette autonome. L'entreprise implantée à Lyon et Paris commercialise déjà cette petite navette à destination de circuits fermés : aéroports, usines, campus... Ligier propose également une solution de ce type baptisé EZ10. Un ingénieur de voiture autonome se réjouit : "le fait que des navettes soient d'ores et déjà commercialisables est une excellente façon d'habituer les pouvoirs publics, mais également les grands donneurs d'ordre et dans une moindre mesure le grand public à l'autonomie de la mobilité". En ces temps de doutes à l'endroit de l'industrie automobile, tout l'enjeu des constructeurs sera de construire la preuve sans compromission de la fiabilité de cette nouvelle frontière de l'automobile.

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