Fiscalité : « Je souhaite que l'investissement dans le logement soit traité comme un dividende » (Véronique Bédague, PDG de Nexity)
Propos recueillis par Philippe Mabille et César Armand

Véronique Bédague
La Tribune
Propos recueillis par Philippe Mabille et César Armand

Véronique Bédague
La Tribune
LA TRIBUNE - Nous sommes à deux jours du second tour, on parle d'une situation politique un peu complexe dans laquelle il pourrait ne pas y avoir de majorité. Comment vous lisez la situation politique actuelle?
VERONIQUE BEDAGUE - Comme tous les Français j'attends avec impatience dimanche 21h. C'est un grand moment de démocratie, même si la campagne est très brève mais ce que je note c'est que les Français se sont beaucoup intéressés à cette campagne. Donc j'attends avec impatience le choix que vont faire nos compatriotes dimanche soir.
On parle d'un gouvernement potentiellement technique avec des coalitions de projets, c'est possible dans la pratique du pouvoir d'imaginer une situation à la Mario Draghi comme en Italie ?
Quel que soit le premier ministre, il faut une majorité de projets, des groupes, des individus qui soutiennent un Premier ministre. Ce qu'il faut espérer c'est que, dimanche soir, il y aura des députés, des groupes qui discuteront. C'est peut-être le moment de la discussion, de l'échange pour constituer un gouvernement, car la France a besoin d'un gouvernement.
La campagne a été courte, il n'y a pas eu beaucoup de discussions à propos des solutions sur la crise du logement alors que vous avez répété que nous sommes dans l'une des crises les plus graves de ces dernières décennies. Comment analysez-vous cette absence et qu'attendez-vous comme mesure pour la survie du secteur ?
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

J'ai entendu parler de logement et le fait que les poids lourds du gouvernement sortant aient reconnu certaines choses comme Edouard Philippe qui a dit que la fiscalité sur le logement est absurde, c'est juste.
Ensuite, bien que les programmes aient été faits en trois jours, il y a toujours quelques mesures sur le logement. Maintenant, la politique du logement n'est pas quelque chose de magique. Il va falloir une vraie politique du logement qui traite à la fois le sujet du logement social, du sujet de la location dans le logement privé, du sujet de la primo-accession, et ça n'est pas pour sauver les promoteurs mais c'est parce que les Français en ont besoin.
Je l'ai constaté, l'absence de réponse sur le logement est en train de coller au sol des parties entières de la population. Les jeunes qui se sont exprimés pendant les élections, et tous ceux qui sont en mouvement. Donc maintenant, il faut y aller et nous sommes là pour échanger et pour porter des solutions, mais des solutions cohérentes.
Nous avons entendu que vous êtes sur le point de céder votre filiale de property management au Crédit agricole, est-ce vrai?
Tout ce que je peux vous dire c'est qu'en octobre, j'avais annoncé que je rechercherai des partenariats et très clairement, le property management en faisait partie.
Sur la fiscalité, qu'est-ce que vous attendriez comme mesures chocs en matière fiscale pour relancer la construction et le logement ?
De nombreuses mesures sont envisageables. Il y en a une qui va devoir intervenir très, très vite. Je souhaite que l'investissement au logement soit traité fiscalement comme l'investissement dans une obligation d'Etat ou un dividende. Actuellement, l'Etat prélève beaucoup plus sur un loyer que perçoit un propriétaire que sur un coupon d'obligation ou sur un dividende. Ça n'est pas normal et ça doit être traité très vite.
Il y a également des sujets autour de la TVA ou de l'extension du logement intermédiaire, ce que le précédent gouvernement avait commencé. Il y avait aussi des projets de dézonage ou de rezonage, avec des maires qui l'attendent. Et pour cela, les décrets sont prêts. Il faut donc les sortir.
Inciter financièrement les maires, c'est quelque chose qui pourrait être déclencheur?
Ça c'est le sujet de l'offre. Une fois qu'on aura réglé le sujet de la demande, celui de l'offre va réapparaître tout de suite - il est clair qu'aujourd'hui, les maires ne sont pas incités à construire. J'ai échangé avec un maire qui me disait que dès qu'il a un habitant supplémentaire, il a 11.000 euros de dépenses supplémentaires sur son budget chaque année. Or vous savez bien que la taxe d'habitation a été supprimée donc les collectivités locales n'ont pas les moyens d'accompagner la croissance de leur population. C'est un sujet qui va devoir être posé.
Dans le contexte des élections municipales en 2026, on dit souvent maire bâtisseur, maire battu, je ne sais pas si cette règle vaut toujours... Est-ce que vous craignez que cette perspective dans deux ans continue à geler l'attitude des maires et que ça ne permette pas, quelles que soient les mesures prises, de vraiment régler le problème du logement ?
A contrario, je pense que les maires sans projets sont aussi des maires battus, les permis - on le sait, il y a un vrai cycle politique dans nos activités - sont plus difficiles à obtenir dans les 12 ou 18 mois qui précèdent une élection mais je vois beaucoup de maires qui se demandent comment on rénove la ville, les maires regardent leur ville différemment et nous, premier promoteur, on est vraiment sur ces sujets de réhabilitation urbaine. Et je vous assure que quand on réhabilite un quartier, on change vraiment la vie des habitants d'une ville.
Vous poussez les feux sur la construction hors site, pour aller plus vite et parfois moins cher. Si vous, le numéro un du secteur, vous vous y mettez, pensez-vous que ça peut entraîner toute la chaîne de construction?
Oui, les grandes entreprises du BTP sont très investies, car la construction hors site est très intéressante. Cela peut être moins cher, avec une qualité industrielle et surtout un temps de construction très bref. De deux ans et demi vous passez à trois mois. Nous allons le plus possible tenter de passer sur ce mode constructif.
Face au vote, notamment des jeunes qui ont peut-être l'impression qu'on ne s'occupe pas d'eux, avons-nous les ressources pour faire un plan choc pour le logement?
J'ai maintes fois répété. Les jeunes viennent vers moi pour dire « vous ne pouvez rien faire pour moi », c'est déchirant ! Vous vous souvenez ma révolte chaque septembre. Les résidences étudiantes sont pleines. On n'arrive pas à loger plus d'étudiants. Pourquoi ce cri n'a pas été entendu. Je ne veux pas d'annonce délirante. Je veux qu'on se mette autour de la table. Au moment du Conseil national de la refondation (CNR), nous avons eu une occasion manquée, car tout le monde était autour de la table et on pouvait faire des choses. La Caisse des dépôts a un rôle à jouer et Action logement a une très grande puissance de feu. On peut mobiliser l'épargne et aider les maires à accueillir des gens. Des annonces, on en a eu beaucoup, maintenant on veut des faits.
Un président d'université nous a dit qu'il avait une chute vertigineuse des inscriptions sur Parcoursup du fait du manque de logements. Est-ce qu'il faut que les présidents d'université communiquent sur le problème?
Nous n'avons plus besoin de tribunes. Ce sujet est connu. Tous les ans au mois de septembre, nous mesurons le nombre d'étudiants qui renoncent à leurs études. Il faut se battre pour les résidences étudiantes, nous nous sommes mobilisés sur le sujet, nous discutons avec les maires et dès que nous avons l'opportunité d'en proposer une, nous le proposons. Mais il faut aussi que ceux qui acceptent d'acheter des résidences étudiantes aient une rentabilité.
Le DPE a été un facteur de blocage qui a retiré potentiellement beaucoup de logements du marché. Est-ce réaliste de continuer avec les règles actuelles?
En tant que patronne de ma boite, je ne lâcherai rien sur le développement durable, sur le fait qu'on doit construire bas carbone et faire de la rénovation urbaine. C'est le coeur de la stratégie de Nexity, on a un temps d'avance et on va le poursuivre parce que je pense que c'est le sens de l'histoire. En revanche, quand je travaille cela dans mon entreprise avec toutes mes équipes, avant d'annoncer ce qu'on fait on mesure ce qu'on doit faire, et on s'organise pour faire. Le problème de ces grandes lois dont on comprend le sens, c'est qu'on ne savait pas à quoi on faisait face. Sur la loi sur les DPE, Valérie Pécresse avait annoncé, selon son institut d'urbanisme, que la moitié des logements dans le parc privé d'Île-de-France sont concernés par cette loi... Mais nous ne le savions pas! Faire voter une loi sans être parfaitement au clair du nombre de logements auquel on fait face et des moyens dont on dispose pour faire ce travail-là. C'est le genre de démarche qui contribue à faire s'opposer le développement durable et la cohésion sociale, l'égalité dans la société et l'écologie.
Nous pouvons en dire autant sur la politique de non artificialisation des sols...
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Oui. Elle est, sans doute, un peu dogmatique et beaucoup de maires demandent des allègements, des simplifications. Mais, je pense que la non artificialisation des sols nous a obligés à regarder la ville comme elle est. C'est par exemple le cas sur le projet que nous développons avec Carrefour sur 76 sites dont la moitié en entrée de ville et la moitié en cœur de ville. Les maires ont créé des transports pour ces entrées de ville et nous on va venir travailler et transformer ces entrées de villes en vrais quartiers de ville avec activités diversifiées et c'est une très bonne incitation.
Si on vous le proposait, pourriez-vous être tentée par un poste de ministre du logement ?
J'ai fait mes choix il y a longtemps, je suis cohérente avec mes choix. J'adore l'entreprise qui est la mienne et je ne m'imagine pas et je n'ai pas envie d'un autre destin que celui-là.
>>> Regardez en vidéo l'entretien complet de Véronique Bédague sur le plateau TV de La Tribune
Propos recueillis par Philippe Mabille et César Armand