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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

Doliprane : le dirigeant de Sanofi décrit des négociations difficiles avec Bercy

latribune.fr

Publié le 22 octobre 2024 à 10:01 - Mis à jour le 22 octobre 2024 à 10:06

Des boites de comprimes de doliprane

Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, va pouvoir passer sous contrôle du fonds d'investissement américain CD&R.

Benoit Tessier

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Le patron de Sanofi, Paul Hudson, a admis avoir fait « des compromis » lors de « discussions difficiles » avec le gouvernement au sujet de la cession prévue de sa filiale de médicaments sans ordonnance qui commercialise le Doliprane, dans un entretien au quotidien Le Monde.

Des « compromis » et des « discussions difficiles ». Voilà comment le patron de Sanofi, Paul Hudson, décrit les négociations avec le gouvernement au sujet de la cession prévue de sa filiale de médicaments sans ordonnance, dans un entretien au quotidien Le Monde. Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, va pouvoir passer sous contrôle du fonds d'investissement américain CD&R : le groupe pharmaceutique a formalisé lundi son choix de lui céder 50 % de sa filiale Opella qui produit l'antalgique.

«Nous avons eu des discussions très constructives mais difficiles avec le ministre de l'Économie, Antoine Armand, et le ministre délégué chargé de l'industrie, Marc Ferracci, qui se sont montrés très fermes sur ce qu'ils attendaient», a indiqué le directeur général, aux commandes de Sanofi depuis 2019, dans cet entretien publié en ligne ce mardi.

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Doliprane : les zones d'ombre du contrat entre Sanofi, l'État et le fonds CD&R

Dans ce cadre, l'État a discuté avec les différentes parties pour aboutir à un accord comportant des engagements assortis de pénalités pour garantir notamment la production du Doliprane en France, l'approvisionnement du marché français et la préservation des emplois sur les sites nationaux. Cet accord, présenté en détails lundi par les ministres français de l'Industrie et de l'Économie, prévoit le maintien des deux sites français de production d'Opella à Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise), pendant cinq ans au moins.

Bpifrance actionnaire d'Opella

Et pour s'assurer du maintien de ces garanties, l'État a décidé de monter au capital d'Opella à travers la banque publique d'investissement. Ainsi, Bpifrance devrait entrer au capital de la filiale de Sanofi à hauteur « de 1 à 2% » et Sanofi devrait en rester actionnaire autour de 48%, d'après le projet en cours.

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Vente du Doliprane : l'État sera actionnaire via Bpifrance entre 1% et 2% du capital

«L'État savait comment atteindre ses objectifs et il a beaucoup insisté. Nous avons tous fait des compromis, mais je pense que le gouvernement a obtenu exactement ce qu'il espérait. Cela inclut le rôle de la banque publique Bpifrance au sein du conseil d'administration d'Opella», a déclaré le dirigeant britannique. «Serait-il plus simple de ne pas l'avoir comme actionnaire ? Peut-être», a-t-il concédé.

Mais, selon lui, « il était important pour le gouvernement de disposer du bon niveau de gouvernance, soit juste assez pour pouvoir s'assurer que nous tenions nos promesses, mais pas trop pour ne pas donner l'impression que la France est réticente à accueillir des investissements étrangers ». Il a répété que les fonds issus de la vente d'Opella, soit environ 8 milliards d'euros, seront « investis en partie dans la croissance de l'entreprise mais aussi dans la réalisation d'acquisitions externes. Une partie sera également accordée aux actionnaires ».

Sanctions financières en cas de non-respect de l'accord

Par ailleurs, l'accord prévoit des sanctions financières « pouvant s'élever jusqu'à 40 millions d'euros » en cas d'arrêt de la production sur les deux sites français d'Opella et de « 100 000 euros par emploi supprimé par licenciement économique contraint ».

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Une pénalité pouvant atteindre 100 millions d'euros est également stipulée en cas de non-respect du « maintien de l'approvisionnement d'Opella auprès de fournisseurs et sous-traitants français » tels que le chimiste Seqens.

La finalisation de la transaction est prévue au plus tôt au deuxième trimestre 2025.

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Le Doliprane est-il réellement stratégique ?

Bpifrance va ainsi entrer au capital d'Opella à hauteur de 1 à 2 %, l'actuel propriétaire Sanofi en gardant 48 %. Le Doliprane n'est pourtant pas nécessairement un actif stratégique.

« Vu de l'extérieur », estime Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, « ce débat est surréaliste, on ne parle pas d'un fleuron, d'un médicament révolutionnaire: c'est une molécule, le paracétamol, qui est dans le domaine public ». Il y a donc, selon lui, « très peu de rationalité économique » à ce qu'une partie d'Opella devienne publique.

D'après Xavier Timbeau, économiste et directeur de l'OFCE, il faut aussi faire attention à ne pas appliquer une doctrine autour des activités dites stratégiques. « Il ne faut pas détourner l'argument « stratégique » pour des raisons politiques ou à un moment de tensions dans l'actualité », énonce-t-il.

« Si c'est vraiment stratégique, on n'y consacre pas 1 ou 2 % », renchérit un bon connaisseur des problématiques de souveraineté industrielle, pour qui « il y a beaucoup de théâtre politique » dans cette affaire.

(Avec AFP)

latribune.fr

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