Doliprane : le dirigeant de Sanofi décrit des négociations difficiles avec Bercy
latribune.fr

Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, va pouvoir passer sous contrôle du fonds d'investissement américain CD&R.
Benoit Tessier
latribune.fr

Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, va pouvoir passer sous contrôle du fonds d'investissement américain CD&R.
Benoit Tessier
Des « compromis » et des « discussions difficiles ». Voilà comment le patron de Sanofi, Paul Hudson, décrit les négociations avec le gouvernement au sujet de la cession prévue de sa filiale de médicaments sans ordonnance, dans un entretien au quotidien Le Monde. Le Doliprane, médicament le plus vendu en France, va pouvoir passer sous contrôle du fonds d'investissement américain CD&R : le groupe pharmaceutique a formalisé lundi son choix de lui céder 50 % de sa filiale Opella qui produit l'antalgique.
Dans ce cadre, l'État a discuté avec les différentes parties pour aboutir à un accord comportant des engagements assortis de pénalités pour garantir notamment la production du Doliprane en France, l'approvisionnement du marché français et la préservation des emplois sur les sites nationaux. Cet accord, présenté en détails lundi par les ministres français de l'Industrie et de l'Économie, prévoit le maintien des deux sites français de production d'Opella à Lisieux (Calvados) et Compiègne (Oise), pendant cinq ans au moins.
Et pour s'assurer du maintien de ces garanties, l'État a décidé de monter au capital d'Opella à travers la banque publique d'investissement. Ainsi, Bpifrance devrait entrer au capital de la filiale de Sanofi à hauteur « de 1 à 2% » et Sanofi devrait en rester actionnaire autour de 48%, d'après le projet en cours.
Mais, selon lui, « il était important pour le gouvernement de disposer du bon niveau de gouvernance, soit juste assez pour pouvoir s'assurer que nous tenions nos promesses, mais pas trop pour ne pas donner l'impression que la France est réticente à accueillir des investissements étrangers ». Il a répété que les fonds issus de la vente d'Opella, soit environ 8 milliards d'euros, seront « investis en partie dans la croissance de l'entreprise mais aussi dans la réalisation d'acquisitions externes. Une partie sera également accordée aux actionnaires ».
Par ailleurs, l'accord prévoit des sanctions financières « pouvant s'élever jusqu'à 40 millions d'euros » en cas d'arrêt de la production sur les deux sites français d'Opella et de « 100 000 euros par emploi supprimé par licenciement économique contraint ».
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Une pénalité pouvant atteindre 100 millions d'euros est également stipulée en cas de non-respect du « maintien de l'approvisionnement d'Opella auprès de fournisseurs et sous-traitants français » tels que le chimiste Seqens.
La finalisation de la transaction est prévue au plus tôt au deuxième trimestre 2025.
À lire également
Bpifrance va ainsi entrer au capital d'Opella à hauteur de 1 à 2 %, l'actuel propriétaire Sanofi en gardant 48 %. Le Doliprane n'est pourtant pas nécessairement un actif stratégique.
« Vu de l'extérieur », estime Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique, « ce débat est surréaliste, on ne parle pas d'un fleuron, d'un médicament révolutionnaire: c'est une molécule, le paracétamol, qui est dans le domaine public ». Il y a donc, selon lui, « très peu de rationalité économique » à ce qu'une partie d'Opella devienne publique.
D'après Xavier Timbeau, économiste et directeur de l'OFCE, il faut aussi faire attention à ne pas appliquer une doctrine autour des activités dites stratégiques. « Il ne faut pas détourner l'argument « stratégique » pour des raisons politiques ou à un moment de tensions dans l'actualité », énonce-t-il.
« Si c'est vraiment stratégique, on n'y consacre pas 1 ou 2 % », renchérit un bon connaisseur des problématiques de souveraineté industrielle, pour qui « il y a beaucoup de théâtre politique » dans cette affaire.
(Avec AFP)
latribune.fr