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"Il n'y a pas eu de révolution dans l'innovation santé sous Hollande" M. Hiance, France Biotech

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 29 mars 2017 à 05:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Maryvonne Hiance, présidente de France Biotech, le lobby des biotechs françaises, pose un regard plutôt bienveillant mais également critique sur le quinquennat de François Hollande, qu'elle juge insuffisamment tourné vers le secteur. Pour elle, les difficultés des entreprises du secteur à se financer perdurent. Et elle ne croit pas à un changement radical après l'élection présidentielle sur ces questions-là.

LA TRIBUNE - Quel bilan tirez-vous du quinquennat de Hollande sur sa politique dédiée au secteur des biotechs ?

MARYVONNE HIANCE - Concernant les points positifs, la BPI a fait figure d'outil important de financement pour les biotechs, de la création au développement de ces dernières, même s'il est parfois difficile d'obtenir les dossiers pour en bénéficier. Lorsqu'on est une entreprise innovante, on peut bénéficier d'aides d'un montant important, jusqu'à 10 millions d'euros voire plus. Nous sommes également satisfaits de la création d'un fonds d'investissement important dédié aux biotechs [le Fabs, pour "Fonds accélération biotech santé", Ndlr]. Ces fonds ont aidé des sociétés à réussir leur introduction en Bourse.

Pour le crédit d'impôt recherche [qui permet de déduire des impôts une partie des activités de R&D, Ndlr] et le dispositif jeune entreprise innovante [avec ce statut, des sociétés créées récemment bénéficient de réductions fiscales et de cotisations sociales, Ndlr], il y a eu peu de modifications. Un prolongement du statut du JEI a été acté, ce qui n'est pas négligeable. Mais le gouvernement n'a pas suivi les modalités d'origine. Un système de plafond a été mis en place sur le nombre d'employés. Nous souhaitons qu'il soit levé. Les biotechs embauchent souvent peu de salariés et sont donc moins favorisées par ce dispositif.

Je suis également mitigée sur la stabilité fiscale dans l'Hexagone. On a assisté à des modifications permanentes. Par exemple, Emmanuel macron a ouvert une porte pour favoriser les actions gratuites, puis est revenu sur cette mesure plusieurs fois. C'est un signal négatif pour les entreprises, qui les empêche d'avoir une visibilité à long terme d'un point de vue fiscal.

J'estime qu'il n'y a pas eu de révolution dans l'innovation santé durant le mandat de François Hollande. Le gouvernement a choisi d'accélérer dans le numérique. Mais il n'a pas mis l'accent sur l'innovation santé, qui est selon moi est un enjeu économique et sociétal majeur.

Vous évoquez donc une certaine inertie du président de la République sur ce secteur. On a d'ailleurs l'impression que vos revendications n'ont pas évolué en cinq ans...

Au niveau financier, ce sont les mêmes revendications. Il faut lever les freins fiscaux, financiers, et légaux. Mais aujourd'hui, France Biotech compte accélérer sur d'autres points. Nous comptons mieux communiquer sur le fait que les technologies développées les biotechs sont majeures. Les productions thérapeutiques de ces sociétés biopharmaceutiques représenteront dans quelques années 50% du marché du médicament. La France doit être présente. Et pour cela, il faut communiquer et montrer qu'il ne s'agit pas toujours un domaine risqué, et souligner son importance pour la filière de santé et pour soigner les patients.

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Excepté quelques sociétés comme DBV, peu de biotechs semblent capables de développer un médicament innovant jusqu'au marché, encore moins de le commercialiser...

Pour passer en phase II ou III (les derniers stades de développement clinique, Ndlr), plusieurs dizaines de millions d'euros sont nécessaires. Or, la plupart de ces sociétés ne parviennent pas à lever au-delà de 20 millions. Elles peuvent tenter de lever des fonds aux Etats-Unis, comme l'ont fait DBV ou Cellectis, mais elles restent alors fragiles et peuvent basculer complètement sur le territoire américain. Autre possibilité: vendre leurs produits thérapeutiques ou une partie à une autre société pour financer ses autres molécules. Cette stratégie peut leur permettre potentiellement d'aller jusqu'au marché avec certains produits.

Pour garder les sociétés dans le giron français, il serait bon de mieux européaniser Euronext, en intégrant d'autres villes européennes. Il faudrait qu'une biotech puisse lever 100 millions d'euros sur Euronext.

L'élection présidentielle représente-t-elle un enjeu important pour vous ?

Celle-ci ne changera pas grand-chose à mon avis. Excepté si Marine Le Pen est élue et décide d'abandonner l'euro, quittant ainsi la dimension européenne. Notre secteur est dans une dynamique internationale et un marché boursier européen est nécessaire. Si l'on se coupait de l'Europe, le financement de nos sociétés serait difficile...

Des candidats trouvent-ils grâce à vos yeux ?

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  • Le lobby des biotechs françaises compte peser sur le débat présidentiel

Plusieurs candidats, dont Emmanuel Macron et François Fillon, ont évoqué le fléchage de l'économie vers le capital investissement, une mesure que nous prônons depuis plusieurs années qui permettrait d'encourager et d'augmenter les investissements dans les biotechs.

Jean-Yves Paillé

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