L'innovation nordiste, en première ligne contre la Covid-19

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(Crédits : Reuters)
Que ce soit avec une molécule tueuse de virus, un test de dépistage lisible sur un smartphone ou une méthode de désinfection des locaux, des entreprises des Hauts-de-France ont réussi à innover en un temps record dans la lutte tout azimuts contre la Covid-19.

 « Un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté », constatait Winston Churchill. Dans les Hauts-de-France, l'adversité du virus a été l'occasion de mettre au point plusieurs innovations bien utiles en ces temps de crise.

Comme par exemple un masque qui tue le Coronavirus. Baptisé Cidaltex, il a été conçu par BioSerenity, avec le soutien de l'Université de Lille, l'Inserm et le CNRS. Créée en 2014, la start-up a d'abord été un spécialiste de la médecine connectée (et notamment l'électrophysiologie, avec par exemple des vêtements capables de mesurer des paramètres médicaux). Avant de devenir un fabricant de masques pour Santé publique France, suite au premier confinement.

A pied d'œuvre depuis avril dernier pour mettre au point un masque « tueur » de virus, BioSerenity vient de commercialiser en février un masque nouvelle génération, « capable, dans le flux de respiration, de gérer les contaminants et de les détruire », précise Marc Frouin, directeur général de l'entreprise innovante, labellisée Next 40. « C'est une technologie de rupture : le meltblown (le tissu filtrant d'un masque) est enrichi avec une molécule et un principe actif, permettant de bloquer les virus ou les bactéries mais également de les tuer ».

Terreau fertile

Comptant 650 salariés pour 65 millions d'euros de chiffre d'affaires, répartis entre la France et les Etats-Unis, BioSerenity insiste sur le fait que le projet a été « extraordinairement bien mené par l'université de Lille, qui a non seulement mobilisé les différents laboratoires mais aussi traité le côté juridique pour aller vite dans ce contexte pandémique ».

Il faut dire que la capitale des Flandres, avec son université fusionnée, son campus Eurasanté et son centre hospitalier régional universitaire n'en est pas à son coup d'essai en matière d'innovation santé face au Coronavirus. Dès le mois de mars 2020, le CHU s'alliait avec la filière textile pour mettre au point un masque en tissu répondant aux normes chirurgicales, quand la pénurie faisait rage.

 Test via smartphone

Autre innovation made in Lille : un test sur smartphone, aussi fiable qu'une PCR, avec un résultat en moins de dix minutes. Ce projet a mobilisé un laboratoire de chimie des surfaces de l'Université de Lille, le CNRS et le Centre Hospitalier Universitaire de Lille mais aussi un laboratoire de biologie des anticorps de Marseille. Le dispositif, baptisé Cordial-1, se connecte à un smartphone, à la manière d'une clef USB. Et c'est dans cette clé qu'une petite languette équipée d'électrodes va analyser le prélèvement nasopharyngé (et non une goutte de sang comme la solution xRapid Group dans l'Est). Si le test est encore en phase d'essai, on peut facilement imaginer le potentiel, d'autant plus qu'il peut se décliner à la détection d'autres virus...

Une autre start-up, Biothelis, installée à l'institut Pasteur de Lille, commercialise un autre diagnostic, cette fois-ci auprès des personnels soignants, permettant de prédire l'évolution de l'état respiratoire d'un patient. C'est en fait la déclinaison d'un diagnotic déjà commercialisé depuis 2019, initialement dédié à anticiper les défaillances pulmonaires, comme les pneumonies. Seulement voilà, l'innovation a peu de mal à se faire connaître. « Nous ne bénéficions que d'un écho limité probablement par le fait que nos clients finaux sont entièrement mobilisés par la nouvelle vague de Covid-19 », résume Alexandre Fontayne, président de Biothelis.

 Désinfection systématique

Dans un tout autre domaine, à l'autre bout du département, à Grande-Synthe près de Dunkerque, la société Starklab, spécialiste des échangeurs thermiques, propose une technologie permettant de désinfecter des milieux clos, afin d'éradiquer le covid-19, sans utiliser aucun produit chimique. A l'origine, cette solution, baptisée Terrao, avait été mise au point pour récupérer la chaleur fatale des industries et traiter les fumées : un brassage d'air peut en effet capturer les virus dans un liquide, qui nécessite alors un retraitement. Une pièce de 100 m2 peut ainsi être traitée en moins d'une heure. La nouvelle solution a carrément été retenue par l'Agence Innovation Défense (sous la tutelle du ministère des armées), dans une short-list de 40 sur près de 2.500 projets.

Dans le même esprit de lutte contre le coronavirus, la start-up Octopus Lab, implantée à La Madeleine dans la métropole lilloise, a adapté son logiciel de prévision de la qualité de l'air dans les futurs bâtiments à construire, qui était jusqu'à présent, un outil à destiné plus spécifiquement aux architectes et aux promoteurs. Indalo-Covid permet aujourd'hui de vérifier que les actions mises en place sont suffisantes pour ne pas propager le virus. La ville de Roubaix fait déjà appel à Octopus Lab pour ses écoles, tout comme le musée du Louvre-Lens. Une prochaine levée de fonds pourrait faire grandir la start-up à l'international. De la difficulté peuvent naître des opportunités, Winston Churchill avait raison.

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