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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

"Le numérique va transformer tout le champ des relations entre les patients et leur maladie"

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 14 juin 2017 à 05:58 - Mis à jour le 14 juin 2017 à 11:28

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La Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) explore de nouveaux moyens pour améliorer son efficience. Elle organise des hackathons depuis 2015 pour accompagner l'ouverture de ses données de santé. L'organisme planche sur de nouvelles manières de travailler en collaboration avec les jeunes pousses de la santé numérique, indique Clélia Pienne, conseillère auprès du directeur général de l'institution.

LA TRIBUNE - Vous avez organisé récemment un troisième hackathon, consacré au suivi des patients diabétiques. Est-ce le début d'importantes collaborations avec les startups de santé numérique ?

CLELIA PIENNE - La Caisse nationale d'assurance maladie a organisé son premier hackathon (événement durant lequel une équipe présente une solution informatique qu'elle a développé, NDLR)- en 2015 en partenariat avec Etalab (service de la Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat chargé de coordonner la politique d'ouverture et de partage des données publiques) pour accompagner l'ouverture de ses données de santé. Cet évènement a confirmé deux choses : d'abord que la collaboration avec des acteurs extérieurs peut être fructueuse. Ensuite que l'accès aux données ne suffit pas pour les utiliser et qu'il faut accompagner les participants. En 2016, nous avons ainsi prévu des ateliers avec les équipes retenues dans le cadre du hackathon organisé cette fois sur le bon usage des médicaments.

La collaboration avec des startups se pose dans ce contexte d'accompagnement à l'exploitation de nos données, mais elle se pose également de manière plus générale sur la conception et l'expérimentation de nouveaux services. C'est le cas du troisième hackathon que nous organisons actuellement et qui est dédié à la prévention et à la prise en charge du diabète.

Tout cela nous conduit à réfléchir à la manière dont nous pouvons soutenir ces initiatives et collaborer avec les startups. Les cadres juridiques actuels ne nous permettent pas simplement de financer telle ou telle startup. Pour le moment, nous n'avons pas encore de doctrine. Nous sommes en cours de réflexion sur le positionnement à adopter vis-à-vis des startups et des projets émergeant dans la e-santé plus largement.

Or, les possibilités offertes par le numérique transforment largement tout le champ des relations entre les patients et leur maladie, entre les patients et leurs équipes soignantes, entre les professionnels de santé...Chaque jour de nouvelles startups émergent avec des outils pour créer de la donnée, la collecter, la gérer, l'analyser et la restituer tout en offrant un nouveau service sous forme d'une appli mobile, d'un site web... Nous ne pouvons évidemment pas rester en dehors du jeu. Nous devons intégrer et accompagner ces changements de pratiques, qu'il s'agisse des objets connectés, des algorithmes, des outils de mise en relation à distance ...

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De quelle manière pourriez-vous travailler avec ces startups ?

Plusieurs modalités sont possibles. Réaliser des évènements comme les hackathons en est une puisqu'ils permettent aux startups de se faire connaitre et d'interagir avec nous. Les prix que nous attribuons sont une forme de reconnaissance pour les startups. Et pour nous c'est une manière de nous ouvrir aux innovations. On pourrait aller plus loin dans la co-innovation en encourageant les startups à investir des sujets sur lesquels on pense qu'elles seront plus créatives que nous. On pourrait éventuellement réfléchir à instaurer des labellisations, là où nous serions légitimes pour le faire et là où il y a besoin d'aider les usagers à se repérer.

Quand on fait un benchmark (analyse des pratiques, NDLR) on voit qu'il y a trois autres manières principales de collaborer : cofinancer, coréaliser, co-expérimenter. Sur le financement,comme je l'ai dit précédemment, nous sommes aujourd'hui contraints pas un cadre juridique strict qui limite les possibilités. Sur la coréalisation ou la co-expérimentation, beaucoup d'entreprises mettent en place des labs, des accélérateurs pour incuber des projets. C'est une piste, mais encore une fois à l'état de réflexion. On l'a vu pour les données, les startups ont besoin de notre expertise et de nos compétences, elles ont besoin qu'on les guide et qu'on les aide à développer leurs idées.

À partir de quel moment une startup est-elle susceptible de vous intéresser ?

L'intérêt d'une startup c'est qu'elle part souvent de la réalité d'un problème rencontré. Elle y apporte une solution concrète et tout l'enjeu pour elle est de trouver son public c'est-à-dire de vérifier que le problème est partagé et que la solution apportée répond bien au problème. Cela veut dire que les startups partent directement de l'expérience utilisateur. C'est très important pour nous car elles peuvent, de manière rapide, expérimenter des usages sur des segments et des besoins particuliers qu'on n'a pas forcément détecté. Nous essayons de mieux associer les patients et les professionnels de santé à la conception de nos programmes et nos services, mais c'est aussi bien si la solution vient directement des usagers.

Par exemple, l'Assurance Maladie dispose d'un programme d'accompagnement du retour à domicile après une hospitalisation (notamment pour les femmes ayant accouché), avec la possibilité de bénéficier du suivi par une équipe de soin à domicile. Cela nécessite une coordination entre les différents acteurs. Or, il existe des applis permettant aux médecins de mieux suivre leurs patients hospitalisés, aux femmes enceintes de préparer leur accouchement, etc. Dans la mesure où ces applis peuvent faciliter les dispositifs que l'on met en œuvre, cela peut nous intéresser.

De la même façon, nous sommes également attentifs à ce qui favorise la coordination des soins, facilite la vie en cabinet et améliore les conditions d'exercice des professionnels de santé, par une aide à la pratique ou en allégeant les démarches administratives.

Ces collaborations éventuelles pourraient-elles permettre à l'Assurance maladie de réaliser des économies ?

L'Assurance Maladie porte un modèle de régulation des dépenses basé sur la maîtrise médicalisée. Cela veut dire que nous pensons qu'il est possible de réduire la croissance des dépenses de santé en agissant sur la qualité des soins, la pertinence des soins, une meilleure coordination, des parcours de soins.

Dans ces domaines, de nombreuses startups se développent. Certaines solutions proposées par les startups pourraient tout à fait favoriser la mise en place des programmes que nous portons ou nous aider à concevoir des choses nouvelles qui vont dans le sens de la personnalisation des soins avec des patients de plus en plus acteurs de leur santé.

Les domaines de la prévention ou l'observance par exemple sont des champs complètement réinvestis grâce aux nouvelles technologies.

Tout ce qui peut éviter des soins inutiles par une meilleure connaissance du profil du patient, ou éviter des examens redondants par exemple, génère forcément des économies.

Pourquoi ne pas développer vous-même toutes vos solutions de e-santé ?

Cela fait partie des réflexions évoquées. Nous avons nous-même lancé des applis santé sur l'asthme, entre autres, mais je ne suis pas sûre que nous soyons meilleurs que les startups pour les réaliser. Simplement nous sommes garants de l'intérêt général tandis qu'une start-up a sa propre logique de développement et ses intérêts privés. Il faut qu'on trouve un cadre de collaboration qui laisse de la souplesse tout en nous assurant qu'un minimum de règles sera respecté.

Par ailleurs, les startups peuvent lancer des projets et expérimenter des usages plus facilement que nous, avec plus de réactivité et plus d'agilité. Lorsqu'une startup développe une application, elle opère sur un périmètre limité avec des usagers qui adhèrent à ses conditions d'utilisation. Lorsqu'un assuré utilise un service de l'Assurance Maladie, ce n'est pas pareil. Nous avons une vocation universaliste, nous devons nous adresser à tous et avons donc naturellement des modalités de développement plus contraignantes.

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Dans ces conditions, il peut être intéressant de s'appuyer sur des startups pour tester des solutions. Elles peuvent nous faire des retours, afin que nous sachions si celles-ci représentent un intérêt pour les professionnels de santé ou les assurés. De leur côté, elles viennent également à notre rencontre pour savoir si elles se conforment aux règles, notamment celles de la protection des données personnelle à la demande de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Nous pouvons nous aider mutuellement.

Jean-Yves Paillé

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