"Le numérique va transformer tout le champ des relations entre les patients et leur maladie"

 |   |  1383  mots
Les startups partent directement de l'expérience utilisateur. C'est très important pour nous car elles peuvent, de manière rapide, expérimenter des usages sur des segments et des besoins particuliers qu'on n'a pas forcément détecté, explique Clélia Pienne, conseillère auprès du directeur général de l'institution.
"Les startups partent directement de l'expérience utilisateur. C'est très important pour nous car elles peuvent, de manière rapide, expérimenter des usages sur des segments et des besoins particuliers qu'on n'a pas forcément détecté", explique Clélia Pienne, conseillère auprès du directeur général de l'institution. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
La Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) explore de nouveaux moyens pour améliorer son efficience. Elle organise des hackathons depuis 2015 pour accompagner l'ouverture de ses données de santé. L'organisme planche sur de nouvelles manières de travailler en collaboration avec les jeunes pousses de la santé numérique, indique Clélia Pienne, conseillère auprès du directeur général de l'institution.

LA TRIBUNE - Vous avez organisé récemment un troisième hackathon, consacré au suivi des patients diabétiques. Est-ce le début d'importantes collaborations avec les startups de santé numérique ?

CLELIA PIENNE - La Caisse nationale d'assurance maladie a organisé son premier hackathon (événement durant lequel une équipe présente une solution informatique qu'elle a développé, NDLR)- en 2015 en partenariat avec Etalab (service de la Direction interministérielle du numérique et du système d'information et de communication de l'Etat chargé de coordonner la politique d'ouverture et de partage des données publiques) pour accompagner l'ouverture de ses données de santé. Cet évènement a confirmé deux choses : d'abord que la collaboration avec des acteurs extérieurs peut être fructueuse. Ensuite que l'accès aux données ne suffit pas pour les utiliser et qu'il faut accompagner les participants. En 2016, nous avons ainsi prévu des ateliers avec les équipes retenues dans le cadre du hackathon organisé cette fois sur le bon usage des médicaments.

La collaboration avec des startups se pose dans ce contexte d'accompagnement à l'exploitation de nos données, mais elle se pose également de manière plus générale sur la conception et l'expérimentation de nouveaux services. C'est le cas du troisième hackathon que nous organisons actuellement et qui est dédié à la prévention et à la prise en charge du diabète.

Tout cela nous conduit à réfléchir à la manière dont nous pouvons soutenir ces initiatives et collaborer avec les startups. Les cadres juridiques actuels ne nous permettent pas simplement de financer telle ou telle startup. Pour le moment, nous n'avons pas encore de doctrine. Nous sommes en cours de réflexion sur le positionnement à adopter vis-à-vis des startups et des projets émergeant dans la e-santé plus largement.

Or, les possibilités offertes par le numérique transforment largement tout le champ des relations entre les patients et leur maladie, entre les patients et leurs équipes soignantes, entre les professionnels de santé...Chaque jour de nouvelles startups émergent avec des outils pour créer de la donnée, la collecter, la gérer, l'analyser et la restituer tout en offrant un nouveau service sous forme d'une appli mobile, d'un site web... Nous ne pouvons évidemment pas rester en dehors du jeu. Nous devons intégrer et accompagner ces changements de pratiques, qu'il s'agisse des objets connectés, des algorithmes, des outils de mise en relation à distance ...

De quelle manière pourriez-vous travailler avec ces startups ?

Plusieurs modalités sont possibles. Réaliser des évènements comme les hackathons en est une puisqu'ils permettent aux startups de se faire connaitre et d'interagir avec nous. Les prix que nous attribuons sont une forme de reconnaissance pour les startups. Et pour nous c'est une manière de nous ouvrir aux innovations. On pourrait aller plus loin dans la co-innovation en encourageant les startups à investir des sujets sur lesquels on pense qu'elles seront plus créatives que nous. On pourrait éventuellement réfléchir à instaurer des labellisations, là où nous serions légitimes pour le faire et là où il y a besoin d'aider les usagers à se repérer.

Quand on fait un benchmark (analyse des pratiques, NDLR) on voit qu'il y a trois autres manières principales de collaborer : cofinancer, coréaliser, co-expérimenter. Sur le financement,comme je l'ai dit précédemment, nous sommes aujourd'hui contraints pas un cadre juridique strict qui limite les possibilités. Sur la coréalisation ou la co-expérimentation, beaucoup d'entreprises mettent en place des labs, des accélérateurs pour incuber des projets. C'est une piste, mais encore une fois à l'état de réflexion. On l'a vu pour les données, les startups ont besoin de notre expertise et de nos compétences, elles ont besoin qu'on les guide et qu'on les aide à développer leurs idées.

À partir de quel moment une startup est-elle susceptible de vous intéresser ?

L'intérêt d'une startup c'est qu'elle part souvent de la réalité d'un problème rencontré. Elle y apporte une solution concrète et tout l'enjeu pour elle est de trouver son public c'est-à-dire de vérifier que le problème est partagé et que la solution apportée répond bien au problème. Cela veut dire que les startups partent directement de l'expérience utilisateur. C'est très important pour nous car elles peuvent, de manière rapide, expérimenter des usages sur des segments et des besoins particuliers qu'on n'a pas forcément détecté. Nous essayons de mieux associer les patients et les professionnels de santé à la conception de nos programmes et nos services, mais c'est aussi bien si la solution vient directement des usagers.

Par exemple, l'Assurance Maladie dispose d'un programme d'accompagnement du retour à domicile après une hospitalisation (notamment pour les femmes ayant accouché), avec la possibilité de bénéficier du suivi par une équipe de soin à domicile. Cela nécessite une coordination entre les différents acteurs. Or, il existe des applis permettant aux médecins de mieux suivre leurs patients hospitalisés, aux femmes enceintes de préparer leur accouchement, etc. Dans la mesure où ces applis peuvent faciliter les dispositifs que l'on met en œuvre, cela peut nous intéresser.

De la même façon, nous sommes également attentifs à ce qui favorise la coordination des soins, facilite la vie en cabinet et améliore les conditions d'exercice des professionnels de santé, par une aide à la pratique ou en allégeant les démarches administratives.

Ces collaborations éventuelles pourraient-elles permettre à l'Assurance maladie de réaliser des économies ?

L'Assurance Maladie porte un modèle de régulation des dépenses basé sur la maîtrise médicalisée. Cela veut dire que nous pensons qu'il est possible de réduire la croissance des dépenses de santé en agissant sur la qualité des soins, la pertinence des soins, une meilleure coordination, des parcours de soins.

Dans ces domaines, de nombreuses startups se développent. Certaines solutions proposées par les startups pourraient tout à fait favoriser la mise en place des programmes que nous portons ou nous aider à concevoir des choses nouvelles qui vont dans le sens de la personnalisation des soins avec des patients de plus en plus acteurs de leur santé.

Les domaines de la prévention ou l'observance par exemple sont des champs complètement réinvestis grâce aux nouvelles technologies.

Tout ce qui peut éviter des soins inutiles par une meilleure connaissance du profil du patient, ou éviter des examens redondants par exemple, génère forcément des économies.

Pourquoi ne pas développer vous-même toutes vos solutions de e-santé ?

Cela fait partie des réflexions évoquées. Nous avons nous-même lancé des applis santé sur l'asthme, entre autres, mais je ne suis pas sûre que nous soyons meilleurs que les startups pour les réaliser. Simplement nous sommes garants de l'intérêt général tandis qu'une start-up a sa propre logique de développement et ses intérêts privés. Il faut qu'on trouve un cadre de collaboration qui laisse de la souplesse tout en nous assurant qu'un minimum de règles sera respecté.

Par ailleurs, les startups peuvent lancer des projets et expérimenter des usages plus facilement que nous, avec plus de réactivité et plus d'agilité. Lorsqu'une startup développe une application, elle opère sur un périmètre limité avec des usagers qui adhèrent à ses conditions d'utilisation. Lorsqu'un assuré utilise un service de l'Assurance Maladie, ce n'est pas pareil. Nous avons une vocation universaliste, nous devons nous adresser à tous et avons donc naturellement des modalités de développement plus contraignantes.

Dans ces conditions, il peut être intéressant de s'appuyer sur des startups pour tester des solutions. Elles peuvent nous faire des retours, afin que nous sachions si celles-ci représentent un intérêt pour les professionnels de santé ou les assurés. De leur côté, elles viennent également à notre rencontre pour savoir si elles se conforment aux règles, notamment celles de la protection des données personnelle à la demande de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). Nous pouvons nous aider mutuellement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 14/06/2017 à 23:57 :
La sécu va se faire du blé en vendant nos données médicales personnelles.

Ce qui n'a aucun intérêt pour le privé si en retour la sécu ne lui abandonne pas des marchés très rentables sous couvert d'"optimisation". On connaît ça par cœur, tout ce qui a été abandonné au privé finit par revenir plus cher et devient inaccessible au clients (ici des malades) les plus pauvres.

Je rappellerai seulement que le coût de fonctionnement de la sécu est de moins de 5% et je mets au défi n'importe qu'elle assurance privée au monde de faire mieux.
a écrit le 14/06/2017 à 16:28 :
La démarche est certes aussi intéressante que prometteuse en termes de progrès et d’efficience santé, les idées des patients méritant elles aussi d’être prises en considération.
C’est la raison pour laquelle , il est sans doute utile de rappeler ici un fait bien réel.
Entre les années 1980 et octobre 2014, la CPAM du Val-de-Marne a fait appel aux services d’une SARL de presse indépendante pour assurer la promotion des services de l’assurance maladie et valoriser les questions santé auprès des assurés sociaux et professionnels de santé notamment.
C’est dans ce contexte que dés les années 2000, un concept novateur concernant l’auto-surveillance de la glycémie des diabétiques de type 1 intéressant également le diabète de type 2 avait été présenté.
L’objectif visait à améliorer un équipement essentiel dans le traitement de cette pathologie chronique s’agissant d’un nouveau concept de mesure de la glycémie des malades . Outre la notable amélioration de l’auto-surveillance de la glycémie, cette innovation visait également à permettre à l’Assurance maladie de réaliser de très notables économies en évitant les coûts liés aux complications et hospitalisations récurrentes. De plus, l’équipement en question appelé « AWI GLUCOWATCH « présentait entre autres pour particularité de réduire les dépenses liées à la fourniture d’accessoires indispensables au fonctionnement des lecteurs de glycémies qu’il s’agisse d’aiguilles, de bandelettes particulièrement onéreux. Or en dépit de l’intérêt santé et économique de cette innovation l’Assurance maladie tout comme les professionnels de santé et les laboratoires pharmaceutiques n’ont jamais souhaité s’engager dans cette voie. Nous avons ainsi perdu plus de 10 ans .
Démonstration qu’il n’y a nul besoin d’attendre l’intervention de start-ups et le rapprochement de ces dernières avec la CNAM pour progresser sur le plan santé et économiser sur le plan budgetaire.
Toutes les informations relatives à l’AWI-GLUCOWATCH peuvent être retrouvées sur Internet en tapant ce mot clé dans tout moteur de recherche.
Réponse de le 18/06/2017 à 21:15 :
Les patients préfèreraient plus ne plus devoir cotiser à la sécu et devoir en même temps payer 1€ par docteur et 0.5€ par boite de médicament alors que ceux qui ne cotisent pas ne payent rien et partent en plus avec leur traitement gratuitement...
Maintenant pour améliorer l'efficacité, pourquoi suis je obligé de me rendre tous les 4 mois à 1 an pour avoir un renouvellement concernant une maladie qui nécessitera ce traitement durant le reste de ma vie? Pourquoi cette fichu carte ne m'autorise elle pas à obtenir ces médicaments? Au même titre pourquoi ne nous rappelle elle pas les rappels de vaccins quand on passe à la pharmacie (vous arrivez prochainement au renouvellement voulez vous le prendre? c'est gratuit!)?
a écrit le 14/06/2017 à 14:37 :
C'est une évolution logique, ... ceci dit, c’était déjà logique il y a 20 ans.
Car cela fait plus de 20 ans que l'on parle de numérique dans le médical. De grands groupes y ont investi des centaines de millions, sans beaucoup d'avancées jusque là. Les médecins trainent du stéthoscope, peut être par peur d’être tracés, benchmarkés ou controversés dans leur diagnostic ? L'erreur est humaine, qu'elle soit médicale ou qu'elle concerne le choix d'une marque des chaussures pour un footballeur (le footballeur est mieux payé). Mais on ne sait pour quelle raison, un médecin ne serait jamais censé se tromper, ou même hésiter.
Les patients aussi se méfient de la traçabilité, pourtant utile pour le diagnostic. Pas seulement ceux qui abusent du système, mais aussi ceux qui ont peur que leur dossier soit utilisé à de mauvaises fins, exemple de négligences en tous genres.

La crainte principale venant des assurances privées bien sur, presque un procès d'intention. La solution aurait consisté à renforcer l'assurance maladie, malheureusement ce n'est pas la tendance du moment. L'assurance universelle qui avait tout intérêt à tracer le patient et les soins pour essayer d'optimiser le parcours. Ou simplement à des fins d'études statistiques, épidémiologiques et autres. Qui sait, peut être que cela aurait même permis de prévenir des risque sanitaires et d’éviter des scandales médicaux ?

Maintenant que les complémentaires sont obligatoires cela change tout, car elle auront tout intérêt à ce que chaque patient soit le plus "rentable" possible. Et elles auront aussi intérêt à imposer des objectifs aux médecins.

L’intérêt c'est la prévention - le pré diagnostic et éventuellement le post diagnostic.
Le patient de son côté, a tout intérêt à voir son "profil modélisé" et "algorithmé" pour bénéficier d'une aide au diagnostic, ou de moyens de prévention. Si jamais il a accès à son propre dossier, ce qui n'est pas sur.
Reste à garantir la confidentialité, la sécurité et pourquoi pas l’intégrité de l'usage des données. Un serment d'Hippocrate.
a écrit le 14/06/2017 à 14:24 :
Et bien entendu, les hackers sont une vue de l'esprit !
Mais j'oubliais que les virus et la médecine vont très bien ensemble.
Réponse de le 14/06/2017 à 18:21 :
Exact , c'est pas vieux en plus.

Au total 45 antennes des services de santé en Angleterre et en Ecosse ont été touchées par ce virus qui crypte les données contenues sur un ordinateur, afin d'exiger de son propriétaire une rançon en échange d'une clé de décodage. L'alerte a été donnée vendredi par les services de santé britanniques, le NHS.
Réponse de le 18/06/2017 à 21:18 :
Ce problème est un faux problème, si le virus s'installe c'est qu'il en a la possibilité (soit vous l'y autorisé en cliquant sur un fichier ou un lien, soit l'ordinateur n'est pas installé correctement vous êtes administrateur au lieu de simple utilisateur avec droit restreint au juste de besoin).
a écrit le 14/06/2017 à 12:44 :
la carte verte de sante devrais enrEgistres tout le parcours de soin et patologie que suit le patient afin que chaque medecin puisent mieux soignier le patient avec son suivie medical???
Réponse de le 18/06/2017 à 21:23 :
Ca dépends:
- un médecin qui fait de la médecine du travail n'a pas a en connaitre sur notre santé autrement c'est la porte ouverte à une énorme discrimination;
- a l'inverse quand vous arrivez aux urgence avec la carte verte (ou le num de sécu) les médecins devraient connaitre exactement tout votre historique (êtes on épileptique et quel traitement a t'on pour le poursuivre, avons nous eut un accident de la route expliquant une perte de mémoire... En gros cette carte à mettre à jour une fois par ans ne contient quedale sur nous... Et c'est honteux. Que cette carte ne contienne rien est normal mais un fichier centrale accessible à ceux qui on droit et besoin d'en connaitre serait totalement normale.
a écrit le 14/06/2017 à 10:32 :
Ce sont les compagnies d'assurance qui vont se régaler quand elles connaîtront tout sur leurs clients :-)

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :