Facebook cherche à capter une plus grande part des 5 milliards de dollars dépensés chaque année par l'industrie du médicament en publicité. En lui donnant la possibilité d'entrer moins souvent dans le collimateur des régulateurs américains, notamment.
Cette première mesure proposée par Facebook est particulièrement importante. Elle a vocation à rassurer l'Agence américaine des médicaments (FDA), et par la même occasion, les labos pharmaceutiques et autres biotechs. Elle permet d'équilibrer la place accordée sur un bloc publicitaire aux bénéfices ainsi qu'aux risques et effets secondaires d'un médicament.
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Modération accrue
Deuxième possibilité offerte par Facebook: le droit de désactiver les commentaires dans les pages utilisées par les laboratoires pharmaceutiques pour promouvoir leurs produits. Cela peut permettre à ces derniers de modérer les commentaires évoquant des problèmes supposés liés à certains médicaments...
"Si quelqu'un poste des commentaires à propos d'effets secondaires et nomme un médicament spécifique. Cela peut être potentiellement signalé (aux autorités de régulations) même s'il n'y a pas de lien apparent de causalité entre l'effet indésiré et le médicament",expliquait en 2014 le docteur Sherri Matis-Mitchell pour le cabinet Elsevier.
Développer le parrainage de "pages communautaires"
Enfin, pour séduire l'industrie pharmaceutique: le réseau social veut encourager la création de "pages communautaires". Celles-ci sont destinées à regrouper des personnes atteintes d'une même pathologie par exemple, ou suivant un traitement précis. Le réseau social donne la possibilité aux industries pharmaceutiques de sponsoriser ces pages. AstraZeneca, qui vend des produits dédiés à l'asthme ou a des problèmes pulmonaires chroniques, est par exemple partenaire de la page "sauvez votre respiration" (Save your breath).
Et si des labos pharmaceutiques sont prêts à parrainer ces pages, ce n'est pas seulement pour vanter les mérites de ses produits ou de ses services.
"Les réseaux sociaux intéressent l'industrie pharmaceutique pour le "social listening". C'est-à-dire l'analyse de ce qui se dit sur leurs produits, afin de mieux comprendre ce que vivent leurs patients. Cela peut permettre de développer de nouveaux services et plateformes répondant aux besoins de ces derniers", explique à La Tribune Cédric Foray pour le cabinet EY.
Les laboratoires pharmaceutiques peuvent également se tenir au courant de potentiels effets secondaires, et pourquoi pas d'anticiper des futurs scandales sanitaires.
"Le patient est le maillon le plus sous-utilisé dans l'industrie pharmaceutique. Pourtant il s'agit du maillon grâce auquel elle peut récupérer le plus de valeur. Aujourd'hui, l'industrie pharmaceutique s'intéresse de plus en plus aux patients", ajoute Cédric Foray.
L'industrie pharmaceutique frileuse
Pour le cabinet de conseil McKinsey, il y a une vraie demande des patients. "Ils ne sont pas seulement prêts à partager leurs expériences de soins de santé ou poser des questions en ligne. Ils veulent écouter et engager la conversation avec des interlocuteurs pour obtenir les informations dont ils ont besoin. L'industrie pharmaceutique devrait s'insérer dans ces conversations, au moins à titre d'observateur",explique-t-il dans un rapport publié il y a quelques mois.
Le cabinet de conseil estime que, globalement, l'industrie pharmaceutique n'est pas encore prête à mettre des investissements conséquents dans les réseaux sociaux. 3 à 6% des sommes engagés dans la publicité seraient dédiés aux supports numériques et aux Facebook et autres twitter, selon IMS Health.
Néanmoins, "des laboratoires pharmaceutiques investissent massivement pour savoir tout ce qui se dit sur leurs produits sur Internet, 24h sur 24", nuance Cédric Foray. Le site spécialisé FiercePharma a effectué un classement des laboratoires les plus impliqués sur les réseaux sociaux. La société Novartis est citée comme le plus actif sur Twitter et Facebook en 2015.