Theranos : de la révolution annoncée à la désillusion

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Elizabeth Holmes a lancé Theranos à l'âge de 19 ans en 2003.
Elizabeth Holmes a lancé Theranos à l'âge de 19 ans en 2003. (Crédits : Reuters)
Depuis lundi, la startup américaine valorisée 9 milliards de dollars et qui propose des tests sanguins à bas prix est visée par une enquête du gendarme boursier américain. Un nouveau coup dur pour Theranos qui a nourri jusque-là beaucoup d'espoirs.

Révolution concrète dans la santé ou rêve prématuré ? Theranos, une startup américaine qui propose plus de 200 tests sanguins, de l'hépatite C au taux de glucose en passant par la tuberculose, suscite le doute des autorités de santé en ce qui concerne l'efficacité de ses tests. Au point que l'entreprise est sous le coup d'une enquête de la SEC, l'autorité boursière américaine.

De la création de la startup aux derniers démêlés avec les autorités en passant par les énormes levées de fonds, chronologie d'une success story d'une dizaine d'années en train de se transformer en cauchemar pour Elizabeth Holmes, la fondatrice.

Self made woman

2003: C'est une histoire de self-made woman comme les Etats-Unis les aiment qui démarre cette année-là. A 19 ans, Elizabeth Holmes quitte l'université de Stanford et utilise l'argent que sa famille a mis de côté afin de payer ses études pour créer une startup technologie et santé: Theranos. C'est la contraction de therapy (traitement) et diagnosis (diagnostic). Elle est basée à Palo Alto dans la Silicon Valley,

2003-2013: Pendant dix ans, la startup embauche des scientifiques, développe des prototypes, et cela, dans le secret quasi-total. Selon Bloomberg, du fait de la compétition faisant rage dans les industries technologiques, Theranos aurait eu tort de dévoiler la teneur de ses activités. Dans cette période, la startup recrute plusieurs personnalités de renom dans son conseil d'administration, dont l'ancien patron de Wells Fargo & Company Richard Kovacevich  ou encore Henry A. Kissinger, ancien secrétaire d'Etat des Etats-Unis et prix Nobel de la paix en 1973.

Sortie de l'ombre

Novembre 2013: Theranos annonce un partenariat avec Walgreens, une chaîne de pharmacie présente sur l'ensemble du territoire américain, et sort ainsi de l'ombre. Elle commence à proposer dans la ville de Phoenix des tests sanguins à bas prix allant du cholestérol au cancer. Ceux-ci sont effectués avec un prélèvement sans aiguille. Elizabeth Holmes explique qu'avec une goutte sang, il est possible de réaliser plusieurs centaines de tests sanguins et promet des résultats au bout de quatre heures.

Juin 2014: Suite à une levée de fonds de 400 millions de dollars, après un nouveau tour de table, la startup qui emploie 500 personnes est valorisée à 9 milliards de dollars. Elizabeth Holmes, actionnaire majoritaire de Theranos, se retrouve alors à la tête d'une fortune de 3,6 milliards de dollars, selon Forbes. A trente ans, elle devient la sixième patronne américaine âgée de moins de 40 ans la plus riche des Etats-Unis.

2015: Theranos propose 240 types de tests sanguins et espère à terme en proposer plus de 1000, grâce à des coûts défiant toute concurrence. Par exemple, le test pour mesurer le taux cholestérol coûte 3 dollars avec Theranos contre 50 dollars dans les laboratoires classiques.

L'efficacité des tests sévèrement mise en doute

Octobre 2015: Le Wall Street Journal publie plusieurs articles à charge contre Theranos. Dans un papier publié en octobre, le quotidien écrit qu'un employé reproche à la compagnie d'avoir omis de rapporter des résultats de tests sanguins aux autorités de santé. Par ailleurs, plusieurs employés émettent des doutes quant à la fiabilité de la machine Edison, utilisée par Theranos pour analyser les tests sanguins. Pis, le quotidien avance qu'une très faible partie des tests de Theranos est effectuée avec ses propres instruments. Une majorité serait effectuée avec... des instruments classiques. Suite à ces révélations, les enquêtes des autorités de santé s'intensifient.

Janvier 2016: Une branche du département de la Santé américain (CMS) dénonce à son tour des "pratiques déficientes" qui "présentent des dangers immédiats pour la santé et la sécurité des patients" dans l'un des deux laboratoires de Theranos, à Newark en Californie. Le plus gros partenaire de cette biotech, la chaîne de pharmacies Walgreens, annonce alors la suspension des services d'analyses de Theranos dans la succursale où elle les proposait jusqu'ici en Californie. Néanmoins, une quarantaine d'autres centres Theranos hébergés par Walgreens restent ouverts dans l'Etat voisin d'Arizona.

Theranos acculée par les autorités

13 avril 2016: Les autorités de santé américaines (Federal health regulators) proposent dans une lettre d'exclure Elizabeth Holmes du business de tests sanguins au moins deux ans en raison des problèmes "majeurs" constatés en Californie. Selon le Wall Street Journal, qui s'appuie sur une copie de la missive qu'il a pu consulter, la startup aurait pourtant proposé des solutions. Mais elles auraient été jugées insuffisantes.

18 avril 2016: Elizabeth Holmes semble plus que jamais sur la sellette. Theranos est visée par plusieurs enquêtes. Dans un mémo envoyé lundi à ses partenaires, l'entreprise détaille être visée par des enquêtes menées par le gendarme boursier américain (SEC). La startup assure néanmoins que deux autres enquêtes, lancées par les départements de la Santé des Etats de Pennsylvanie et d'Arizona, ont été closes.

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Commentaires
a écrit le 17/03/2018 à 22:21 :
Bonjour.
pour avoir présenté plusieurs start-up a la French tech, il est temps que les citoyens comprennent qu'il s'agit pour 95% de ces jeunes pousses, de structures fantômes, d'amis des administrateurs des incubateurs etc etc. Je ne compte pas ici, les start-up refusées en financement french tech, et recyclées un an plus tard par des jeunes étudiants, fils d'élus ou de notables sorti de grandes ecoles de réseautages ( heu pardon écoles de commerces je veux dire)..
a écrit le 10/09/2016 à 12:45 :
Bien entendu, on peut penser de prime abord à une manœuvre des lobbies pharmaceutiques US.

Mais avant de prendre fait et cause pour l'ex-idole de la Valley, les commentateurs ci-dessous auraient pu lire un peu de l'abondante information disponible sur cette startup plus que douteuse, qui ne 'vendait' aux investisseurs que du "vaporware".
a écrit le 26/04/2016 à 19:58 :
nib
a écrit le 21/04/2016 à 8:37 :
POURQUOI S EN PRENDRE A DES JEUNES QUI ON DES BONNES IDEES? ESQUE SE SERAIS PAS DE LA JALOUSIE COMMERCIALE DES TRUSTS PHARMASOTIQUE ???
a écrit le 20/04/2016 à 8:55 :
Cette société est une menace pour le marché médical. Diviser par 10 le montant de l'analyse entraîne forcément des représailles. Les reproches fait à cette société sont fallacieux. Utiliser du matériel classique : et alors ? Moi j'utilise toujours des crayons à papier dans mon entreprise... Des pratiques déficientes : il y en a partout, même dans la construction de centrales nucléaires... Et un procédé technologique avancé exige toujours du temps avant d'être mise au point : la NASA n'a jamais réussi à mettre au point sa navette spatiale, était-ce pour autant une escroquerie ?
a écrit le 19/04/2016 à 23:26 :
Combien de start up ont-elles démarré autour de l'université de Stanford, avec ses étudiants ou ses professeurs? Sont souvent cités Hewlett Parckard (1947), mais aussi Sun Microsysten (1982), Cisco (1984), etc. Peut-on en dire autant de l'Université de Paris Saclay et Polytechnique?

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