Traitements contre le cancer : la biotech Domain Therapeutics vise une entrée au Nasdaq d'ici deux ans

La société biopharmaceutique Domain Therapeutics a envisagé une introduction en Bourse (Euronext) en 2018, avant de faire marche arrière. Mais le groupe poursuit ses ambitions : « dès maintenant, nous devons nous structurer afin d'être prêts pour l'IPO ». La startup vise désormais la place boursière américaine pour accélérer outre-Atlantique.
Domain Therapeutics compte 85 salariés à Illkirch-Graffenstaden, en Alsace, et 15 salariés au Canada.
Domain Therapeutics compte 85 salariés à Illkirch-Graffenstaden, en Alsace, et 15 salariés au Canada. (Crédits : Domain Therapeutics)

La société de recherche biopharmaceutique Domain Therapeutics, spécialisée dans les thérapies innovantes contre le cancer, les maladies rares et Parkinson, va concentrer ses activités dans l'immuno-oncologie. Cette entreprise établie à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) a bouclé en mai une levée de fonds Série A de 39 millions d'euros menée à l'international auprès de Panacea Venture (Shanghai), CTI Life Sciences (Montreal) et 3B Future Health Fund (Luxembourg). Trois investisseurs français, Omnes, Turenne Capital et Seventure Partners, participent également à la levée de fonds.

Après avoir établi son modèle économique sur la cession de ses filiales ("spin-offs") et les contrats de recherche (70 millions d'euros cumulés), Domain Therapeutics anticipe une accélération de ses activités jusqu'en 2024. « Nos besoins de financements se sont accrus avec l'entrée en phase clinique de notre premier candidat médicament en fin d'année », expose Pascal Neuville, directeur général de Domain Therapeutics. « Nos produits ciblant les maladies du système nerveux central et les maladies rares vont sortir de notre portefeuille sous forme de licences. Nous nous sommes recentrés dans le domaine de l'immuno-oncologie en poursuivant nos recherches sur les récepteurs couplés aux protéines G (RCPG) », annonce Pascal Neuville.

Renforcer le système immunitaire contre le cancer

Localisés à la surface des cellules, les RPCG sont définis par l'Inserm comme « des intermédiaires clés dans la transmission de signaux de l'extérieur vers l'intérieur de la cellule ». « Les stratégies anti-cancéreuses sont basées sur l'attaque de la cellule en direct. L'immunothérapie consiste à renforcer le système immunitaire en agissant sur ces récepteurs qui peuvent être vus comme les détecteurs de la cellule. On dénombre près de 1.000 RCPG différents dans le corps humain. On peut établir des traitements sur 400 d'entre eux, répartis dans tous les organes », explique Pascal Neuville. « L'immunothérapie est efficace sur seulement 15% à 30% des patients, en fonction du type de cancer. Nous voulons lever les freins afin que ces médicaments puissent fonctionner sur un plus grand nombre ».

Les essais cliniques qui vont démarrer cet automne seront réalisés en France et en Belgique dans quatre centres de traitement du cancer. La levée de fonds permettra de financer ces essais et de poursuivre les recherches jusqu'en 2024. Domain Therapeutics, qui compte 85 salariés à Illkirch-Graffenstaden et 15 salariés au Canada, entend recruter des spécialistes en immuno-oncologie et renforcer ses effectifs dans le suivi des essais pré-cliniques et cliniques. Pendant ces deux années, les équipes de Domain Therapeutics prévoient « d'analyser les mutations génétiques et l'expression des protéines pour sélectionner les patients qui seront les plus susceptibles de bénéficier et de répondre aux traitements d'immunothérapies ».

Dans l'écosystème strasbourgeois de l'innovation, Domain Therapeutics est perçue comme l'une des startups les plus prometteuses. Pascal Neuville, son fondateur, préside également le réseau régional d'incubateurs du Grand-Est, Quest for Change. Son entreprise fondée en 2011 a notamment établi des partenariats internationaux avec Takeda Pharma (Japon), Merck Serono (Suisse) et Ono Pharma (Japon). Une stratégie de développement consistant à créer des filiales de recherche a conduit Domain Therapeutics à créer Kaldi Pharma (Parkinson) en 2014, Peptimimesis (maladies rares) en 2015, Mavalon Therapeutics (Parkinson) en 2016, SeaGull Therapeutics (immuno-oncologie) en 2017 et Ermium (maladies rares auto-immunes) en 2019.

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Viser le Nasdaq dès 2024

« Trois perspectives s'ouvrent dans le futur. Nous pourrions réaliser un nouveau tour de table pour une série B, être rachetés pour notre portefeuille par une société pharmaceutique ou envisager une introduction en Bourse, probablement au Nasdaq », annonce Pascal Neuville. « Notre présence au Canada constituerait une plateforme adéquate pour cette opération en Amérique du Nord », ajoute-t-il.

Domain Therapeutics a déjà envisagé une introduction en Bourse (Euronext) en 2018, avant de faire marche arrière. « Dès maintenant, nous devons nous structurer afin d'être prêts pour l'IPO », prévoit Pascal Neuville. L'activité devra notamment être conforme aux normes de reporting financier US GAAP, différentes du référentiel IFRS d'usage en Europe. « Pour préparer une introduction éventuelle au Nasdaq, il faut rendre conforme notre système financier, informatique, adapter nos méthodes de gouvernance, être attentifs aux équilibres hommes/femmes », reconnaît Pascal Neuville.

Des collaborations scientifiques en cours avec Pfizer et Merck ont généré 10 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2021. « L'accroissement du chiffre d'affaires n'est pas notre objectif », prévient Pascal Neuville. « Il faut consommer les 39 millions d'euros que nous venons de lever, et créer rapidement de la valeur ! »

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