Comment avez-vous été amenée à vous intéresser à l'ARN messager ?
Chantal Pichon C'était en 2004-2005. À l'époque, très peu de chercheurs travaillaient sur ce sujet. Il existait beaucoup de recherche fondamentale sur la biologie de l'ARN messager, mais j'ai fait partie de ces premiers chercheurs en France à l'exploiter pour une visée thérapeutique. Jusque-là, au sein de mon laboratoire, nous travaillions sur le transfert de gènes. Pour y parvenir, plusieurs méthodes sont possibles : soit on utilise des virus modifiés dont on enlève les gènes permettant la réplication, soit on privilégie des méthodes chimiques en créant in vitro un virus artificiel. C'est ce dernier choix que nous avons fait. L'ARN messager est une copie de l'ADN, c'est l'intermédiaire nécessaire pour que notre gène puisse être transformé en molécule fonctionnelle. À cette période, j'étais jeune chercheuse et les premiers résultats sur la possibilité de manipuler l'ARN messager in vitro, de la reproduire et de l'exploiter venaient d'être publiés. J'avais dit à mon chef d'équipe que je voulais me pencher sur cet ARN messager parce que je pensais que c'était beaucoup plus facile à appliquer, parce qu'il n'est pas nécessaire d'accéder au noyau des cellules qui représente une véritable forteresse, difficile à franchir. Lors de nos tests précliniques, nous avons observé que le produit injecté allait dans la rate des souris, qui est l'un des organes très importants du système immunitaire dans lequel les différents acteurs cellulaires du système immunitaire sont présents. L'application vaccinale allait de soi.