Mablink Bioscience, la révolution des "anticorps missiles" contre le cancer

La biotech lyonnaise lève 4 millions d'euros pour développer la nouvelle génération d'anticorps conjugués -ou ADC- capables de se déplacer dans l'organisme sans être repérés, et d'attaquer uniquement les cellules malades. De quoi traiter, à terme, des cancers pour lesquels il n'existe aujourd'hui aucune solution thérapeutique satisfaisante.
Sylvain Rolland
La technologie de rupture de Mablink Bioscience permet d'injecter dans l'organisme un traitement extrêmement ciblé, d'autant plus efficace qu'il se déplace jusqu'aux cellules malades sans être repéré -et donc traité- par le corps.
La technologie de rupture de Mablink Bioscience permet d'injecter dans l'organisme un traitement extrêmement ciblé, d'autant plus efficace qu'il se déplace jusqu'aux cellules malades sans être repéré -et donc traité- par le corps. (Crédits : DR)

Combattre les cancers avec des frappes chirurgicales. Telle est la mission de la startup lyonnaise Mablink Bioscience, qui vient de réussir une levée de fonds d'amorçage de 4 millions d'euros auprès d'un parterre d'investisseurs prestigieux venant à la fois du monde de la tech (Elaia Partners, Sofimac Innovation) et de la santé (Sham Innovation Santé, Simba Santé, la fondation Fournier-Majoie et Crédit Agricole Création).

Il faut dire que la promesse de la jeune pépite créée en 2018 fait naître de grands espoirs dans le traitement des cancers, et notamment les plus résistants à la chimiothérapie. Sa technologie de rupture permet d'injecter dans l'organisme un traitement extrêmement ciblé, d'autant plus efficace qu'il se déplace jusqu'aux cellules malades sans être repéré -et donc traité- par le corps.

"C'est comme un cheval de Troie : il s'infiltre dans un système, détecte spécifiquement sa cible -la cellule malade- et la détruit sans rien toucher autour. Cette technologie nous permettra de traiter des cancers aujourd'hui intraitables, en complément voire en remplacement d'une chimiothérapie classique" précise Jean-Guillaume Lafay, le CEO et cofondateur de l'entreprise.

Lire aussi : Covid-19 : les biotech françaises sont aussi dans la course aux vaccins mais manquent de moyens

Une possible révolution dans le traitement des cancers

Mablink Bioscience est le fruit d'une association entre l'entrepreneur Jean-Guillaume Lafay, passionné de biologie et de chimie, et trois chercheurs : le docteur Warren Viricel, inventeur de la technologie brevetée, le professeur Charles Dumontet, directeur adjoint du cancéropôle de Lyon, et le docteur Benoît Joseph, de l'Institut de Chimie et Biochimie Moléculaires et Supramoléculaires de l'Université de Lyon.

Si le principe des conjugués anticorps-médicaments -ADC- existe depuis plus d'une vingtaine d'années, Mablink Bioscience révolutionne la manière de les utiliser et ouvre des perspectives nouvelles pour créer des traitements d'une efficacité inédite. "Les ADC sont des puissants biomédicaments qu'on utilise déjà dans la thérapie ciblée contre le cancer, mais notre principale innovation est de leur apporter une propriété de "furtivité" inédite au sein de l'organisme. En masquant la présence du médicament, on améliore radicalement son efficacité tout en diminuant ses effets secondaires, ce qui le rend beaucoup plus tolérable pour le patient", ajoute Jean-Guillaume Lafay.

Trois essais pré-cliniques de la technologie baptisée PSARlink ont déjà été menés, avec des "excellents résultats" qui sont à l'origine, selon l'entrepreneur, de l'intérêt des investisseurs pour la startup. Son potentiel est effectivement énorme, car l'innovation permet d'élargir le spectre des molécules actives utilisables dans le cadre des ADC, des cibles moléculaires et des indications thérapeutiques compatibles. Autrement dit, la technologie peut trouver de multiples applications, d'où sa valorisation sous la forme d'une plateforme.

"Notre but avec la levée de fonds est de créer un pipe de plusieurs candidats médicaments pour traiter plusieurs cancers qui se manifestent sous la forme de tumeurs solides, pour lesquels il n'y a, pour l'heure, peu voire pas de traitement efficace".

Lire aussi : Biotech : comment SideROS veut vaincre le cancer par le fer

Une plateforme au potentiel illimité

Plus faciles à produire et disposant d'excellentes propriété pharmacologiques, les ADC nouvelle génération de Mablink Bioscience intéressent déjà plusieurs "big pharma", qui veulent avoir accès à la technologie pour améliorer leurs traitements. Car ses applications peuvent être très diverses, comme l'explique Jean-Guillaume Lafay :

"Notre technologie nous permet en fait de transporter ce qu'on veut n'importe où dans l'organisme, de manière furtive. C'est une avancée majeure pour le traitement de nombreux cancers, mais pas seulement car on peut imaginer qu'elle intéresse également le marché de la virologie par exemple".

Pour l'heure, l'entreprise ne souhaite pas "partir dans toutes les directions" et préfère se concentrer sur la fabrication de trois candidats médicaments contre le cancer, et réaliser une poignée de "partenariats sélectifs" pour faire vivre la plateforme.

Lire aussi : Biotechnologies: comment relancer la France dans la course aux médicaments du XXIe siècle

Sylvain Rolland
En direct - Transition Forum 2022

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 2
à écrit le 28/04/2021 à 10:38
Signaler
C'est une opportunité pour les investisseurs Français (y compris l'état) de montrer non seulement leur état d'esprit mais aussi leur volonté d'investir et de croire ainsi aux développements innovants de la France avant qu'un autre pays ne vienne inv...

le 28/04/2021 à 17:01
Signaler
bien vue bien dit --

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.