RTE : « nous voulons désenclaver les "péninsules électriques" françaises »

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A l'occasion de la publication de ses résultats ce matin, Dominique Maillard, président de RTE, la filiale d'EDF en charge des lignes haute tension, fait le point sur les échanges d'électricité avec l'Allemagne, le passage de la vague de froid et les efforts pour désenclaver les deux "péninsules électriques", la Betagne et PACA. Il annonce le lancement de la construction de la ligne haute tension de Flamanville en mars.

- Vous publiez ce matin un bénéfice net en chute de 27,7%. Allez-vous néanmoins maintenir vos investissements en 2012 ?
- Ils vont même continuer à progresser, à 1,38 milliard d'euros en 2012, contre 1,18 milliard en 2011. Outre la continuation de nos différents programmes de long terme (notamment la sécurisation face au risque de tempêtes et le désenclavement de la Bretagne et de la région Provence Azur), nous menons deux nouveaux projets : l'interconnexion France Espagne, qui sera souterraine, avec un tunnel percé sous les Pyrénées, et une nouvelle ligne haute tension qui partira de Flamanville.

- Vous démarrez la ligne de Flamanville maintenant alors que la mise en service de l'EPR a été repoussée à 2016 ?
- Les travaux commencent effectivement le mois prochain. Cette ligne doit être opérationnelle début 2013 parce qu'elle est intégrée dans le schéma de développement du réseau de l'ouest de la France. A plus long terme, elle pourra être également utilisée pour l'énergie hydrolienne. Cette technologie est en test mais on estime son potentiel, entre Flamanville et Granville, à plusieurs milliers de mégawatts.

- Ces derniers jours, les échanges d'électricité avec l'Allemagne, qui a fermé huit réacteurs nucléaires, ont été scrutés. La France a fini par importer du courant d'outre-Rhin ?
- En 2011, notamment grâce à la meilleure disponibilité du parc nucléaire, les exportations françaises d'électricité ont bondi de 89%. La France est ainsi redevenue exportatrice nette envers tous ses voisins, notamment la Belgique, l'Espagne et l'Allemagne. Début février, lors de la vague de froid, la France a atteint des records de consommation supérieurs à 100.000 MW (précisément 101 700 MW le 8 février) car notre fort taux d'équipement en chauffage électrique rend la consommation électrique française particulièrement sensible au froid. Nous avons alors importé de l'électricité d'Allemagne qui se chauffe au gaz naturel et dont les moyens de substitution (centrales à gaz, à la lignite et éoliennes) ont bien fonctionné, mais aussi de Grande-Bretagne et d'Espagne. Nous avons alors importé 7.800 MW à la pointe (vers 19h) contre 3 à 4.000 MW un jour d'hiver « normal ».

- On se rapproche de la limite physique de notre capacité d'importation qui est de 9.000 MW ...
- Effectivement. La capacité maximale d'importations se situe à moins de 10 000 MW, selon les configurations de conduite du réseau. Cependant, notons que, lors de cette vague de froid, les 46 interconnexions ont été exploitées avec une marge de sécurité bien satisfaisante.

- Globalement, quelle conclusion tirez-vous du passage de la vague de froid ?
- L'équilibre s'est fait. Grâce à deux éléments. D'abord une bonne disponibilité de l'ensemble des moyens de production nationaux. Ensuite, une bonne tenue des réseaux, avec des capacités d'importations au rendez-vous, qui ont permis de tenir les prix. Je rappelle que lorsqu'on importe, ce n'est pas parce qu'il y a une pénurie physique d'électricité en France mais parce que les opérateurs trouvent un moyen de production à l'étranger moins cher que de faire démarrer d'anciennes centrales thermiques ici.

- Où en êtes-vous de vos travaux pour désenclaver la Bretagne et la région PACA ?
- Nous poursuivons nos programmes dans ces « péninsules électriques ». Non seulement ces deux régions produisent peu d'électricité sur leur territoire, mais en plus elles sont reliées aux autres par des corridors, ce qui les rend particulièrement vulnérables en cas d'aléa. Dans le Var et les Alpes Maritimes, nous avons doublé la capacité de la seule ligne 400.000 volts (le long de la côte). Mais ce renforcement s'effectuant sur les mêmes pylônes, faute d'autorisation pour construire une autre ligne, la vulnérabilité ne sera pas réduite. Nous renforcerons alors le filet de sécurité que constitue le maillage intérieur, par la construction de trois liaisons souterraines à 225.000 volts. En Bretagne, nous créons des postes et installons des batteries de condensateurs pour soutenir la tension. Mais une solution durable viendra aussi d'un « filet de sécurité » à 225 000 volts entre Lorient et Saint-Brieuc ainsi que de nouveaux moyens de production. Dans la région de Brest, le projet d'une centrale à gaz est lancé par les pouvoirs publics, pour une mise en service en 2017 au plus tard. A l'issue de l'appel d'offres, l'opérateur devrait être sélectionné d'ici un mois. Dans ces deux régions, RTE mène en outre des actions d'incitations à la maitrise de la consommation (EcoWatt) qui ont entraîné, à la pointe, une baisse de 2% en Bretagne (100 MW) et de 3% en Paca (70 MW).

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Commentaires
a écrit le 20/02/2012 à 17:01 :
@philippe : Comme marqué plus haut, moins cher que de démarrer une ancienne centrale thermique pour satisfaire les besoins, l'alternative serait plus de thermique chez nous, donc pas moins cher, puisque qu'il faut le construire pour ne s'en servir que quelques jours par an. Ou bien plus d'hydraulique, ça conterait aussi assez cher, mais ça serait utile beaucoup plus souvent, l'hydraulique ayant l'énorme avantage, sur toutes les autres technologies, de pouvoir être activé quasi instantanément.

A ce sujet, je regrette qu'on en arrive à lancer une centrale au gaz à Brest, augmentant ainsi notre production de CO2. Une fois construite, les centrales thermiques restent telles quelles au moins 30 ans, il y a ainsi des choix fait dans le thermique avant la première crise pétrolière qui continuent à impacter la production actuelle (centrales à moins bon rendement, mais un peu plus économiques à construire, la surconsommation depuis 40 ans doit représenter 50 ou 100 fois le surcoût que cela aurait été). Et puis choisir le gaz aujourd'hui c'est aussi renforcer le pouvoir économiques et politiques des Russes, les seuls à disposer de réserves importantes à développer près de chez nous.
a écrit le 20/02/2012 à 12:57 :
il parait qu'il y a un "marché de l'électricité" . Pendant la vague de froid le Mw se négociait à plus de 1000 ? au lieu de 100 à 200 euros en temps normal. Alors Mr Maillard importation pas chère ????

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