«Le débat sur la transition énergétique ne peut pas se résumer à la question du nucléaire»

Au moment où s'ouvre la conférence environnementale, EDF et ses (petits) concurrents, réunis au sein de l'Union Française de l'Electricité (UFE), infléchissent leur discours. Ils troquent une unique posture de défense du nucléaire, pour s'intéresser à l'efficacité énergétique. Ils envisagent de créer avec la CDC un fonds de soutien en s'appuyant sur des aides de Bruxelles. Jean-François Raux, délégué général, explique.

4 mn

Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : (c) Copyright Thomson Reuters 2011. Check for restrictions at: http://about.reuters.com/fulllegal.asp)

Il y a urgence. Pour dévier les flèches de la seule cible du nucléaire, l'Union Française de l'Electricité (UFE), qui regroupe les producteurs d'électricité, au premier rang desquels EDF, tente d'élargir la problématique. «Le débat ne peut pas porter uniquement sur l'électricité. Il doit s'intéresser à toutes les énergies et s'attaquer en priorité à la maitrise de la demande», déclare Jean-François Raux, délégué général de l'organisme professionnel. «Si le débat se concentrait sur la seule électricité d'origine nucléaire, qui représente 16% de l'offre d'énergie en France, ce serait une erreur», martèle-t-il.

"Complètement d'accord avec les écologistes"

«Nous sommes complètement d'accord avec les écologistes», affirme-t-il dans un sourire, «il faut effectivement partir de la demande! Si on bâtit un scénario qui table sur une baisse de la demande de 20% et qu'on n'est pas capable d'y arriver, cela ne tiendra pas la route», martèle-t-il. «Nous n'avons pas d'autre priorité que l'efficacité énergétique. Il faut qu'on mobilise l'argent le plus efficacement possible pour atteindre les objectifs d'économies d'énergie. Après, on peut faire 50, 20 ou 70% de nucléaire, c'est un débat idéologique, certes, mais surtout technique», veut croire le délégué général de l'UFE.

«Pour maîtriser la demande, il faut se concentrer sur les mesures qui nécessitent une mobilisation de ressources raisonnable», estime-t-il. «C'est notre priorité. Isoler de fond en comble une maison et changer la chaudière coûte 30.000 euros. Tandis que le gain en économie d'énergie est de 800 euros par an. Il faut 37 ans pour rentrer dans ses frais !», calcule-t-il. Le changement des fenêtres exige environ 20 ans pour être amorti, selon l'UFE.

Des temps de retour sur amortissement supérieurs à 20 ans

Si 7 térawatt heures (TWh) d'économie (sur une consommation totale d'énergie de 420 TWh) sont accessibles au moyen de 5 milliards d'euros d'investissement, qui peuvent être amortis en moins de 10 ans, un gisement de 72 TWh d'économie d'énergie reste, lui, inaccessible, avec des temps de retour sur investissement compris entre 20 et 40 ans.

10 TWh pourraient en outre être économisés, avec des temps d'amortissement ramenés sous les 10 ans, si les mesures étaient subventionnées à 50%. Par exemple : l'isolation des combles non habitables dans les maisons individuelles chauffées au fioul ou l'isolation des combles habitables pour les logements collectifs chauffés à l'électricité ou au gaz. L'ensemble de ces mesures exigeant 11 milliards d'euros d'investissement, il faudrait 5,5 milliards d'euros de subventions, selon l'UFE.

L'UFE veut créer un fonds d'aide avec la CDC

«Faute d'un temps de retour sur investissement raisonnable pour une grande majorité de mesures, l'efficacité énergétique réside dans le financement des actions, et l'aide que l'on peut y apporter», poursuit Jean-François Raux. «Or, il est évident que ce financement ne peut peser sur les finances publiques, nationales ou régionales. Il faut donc réorienter les aides de l'état (deux milliards d'euros sont consacrés au crédit d'impôt développement durable... ) vers le financement des actions prioritaires», affirme le délégué général de l'UFE.

«Nous avons également besoin d'imaginer de nouveaux mécanismes, via des fonds qui ne rentrent pas dans la dette publique. Nous réfléchissons actuellement avec la CDC à la création de tels fonds pour accélérer le financement de l'Efficacité Energétique. Ce "fonds" pourrait porter des financements issus de l'Union européenne, par exemple», annonce Jean-François Raux.

Enfin, l'UFE tient à un débat «objectif». «Il faudrait se mettre d'accord sur les critères d'évaluation des différents scénarios, des différents plans d'action», déclare le délégué général. «L'indépendance énergétique? La compétitivité industrielle? Le pouvoir d'achat des ménages? Le résultat diffère selon les priorités». Pour sa part, l'UFE met en avant des «critères de relance économique». «Il faut que chaque euro d'investissement profite à l'industrie française, et pas seulement dans la pose des équipements», affirme Jean-François Raux. «La France a des entreprises spécialistes du pilotage énergétique comme Schneider, Legrand ou Vinci Energies. La transition énergétique doit renforcer leur base industrielle», ajoute-t-il.

4 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 12
à écrit le 24/09/2012 à 13:59
Signaler
Quand la france dépense 90% de son budget R&D énergie dans le nucléaire et ce depuis 50 ans, la transition énergétique française se résume bien a savoir si on continue ou pas. Pour ma part c'est tout vu. Je ne veux pas finir comme les japonais. Le nu...

le 24/09/2012 à 18:00
Signaler
Ben voyons, le nucléaire plus cher que l'énergie fossile: on aura tout vu!

le 24/09/2012 à 18:27
Signaler
Et oui bien plus cher même : vu les dettes chez Areva/l'état/Edf + le démantèlement +les déchets +les catastrophes il n'y a pas photo. Se sera même largement plus cher que les ENR dans peu de temps avec des EPR à 7 milliards, des catastrophes à plus ...

le 25/09/2012 à 17:59
Signaler
Premièrement, EDF gère aussi des centrales à énergie fossile. Deuxièmement, les EPR coûtent, à l'origine, 2 milliards d'euros. Si c'est plus élevé, c'est à cause des tracasseries administratives imprévisible et souvent inutiles. En France, il n'y a ...

à écrit le 15/09/2012 à 9:14
Signaler
Oui, c'est vrai, il ne faut pas se focaliser uniquement sur le nucléaire. Il y a d'autres sources d'énergies qu'il faut enlever en France: le charbon et le gaz qui produisent du CO2. Il faut utiliser les renouvelables comme énergies de complément, ma...

le 17/09/2012 à 13:45
Signaler
Le méchant CO2!!, mais la radioactivité c'est mieux? (la Hague et toutes les centrales françaises en produit).

le 18/09/2012 à 17:54
Signaler
Il existe la radioactivité naturelle, celle à laquelle nous sommes tous soumis chaque jour. La radioactivité artificielle, celle créée dans les centrales, est maitrisable lorsque les réacteurs sont sûrs, comme en France, contrairement au CO2, qui fai...

à écrit le 14/09/2012 à 18:19
Signaler
Le sujet du nucléaire n'est en effet pas l'unique problème a résoudre, ou du moins de ce n'est pas aussi binaire que cela. Le vrai sujet est de savoir comment utiliser l'énergie adaptée a chaque usage, et de redéfinir le mix énergétique, en retenant ...

à écrit le 14/09/2012 à 14:34
Signaler
Ce que l'on planque sous le tapis est assez fallacieux dans cette analyse "économique". Il y a bel et bien deux types d'euros dépensés dans cette action. Isoler nos batiments, et améliorer l'habitat en général consiste a dépenser des euros "locaux", ...

à écrit le 14/09/2012 à 11:52
Signaler
La somme de 30.000 euros annoncée, pour isoler et installer une nouvelle chaudière dans une maison me semble excessive. L'économie annoncée de 800 euros, me semble très faible.

à écrit le 14/09/2012 à 11:28
Signaler
Peut on imaginer une alliance de circonstance Vert , Nucléaire contre le gaz de schiste avec l'amical soutient des Allemands associés aux russes dans le cadre du grand tuyau gazier sur lequel est basé une large partie de l'approvisionnement Allema...

à écrit le 14/09/2012 à 10:45
Signaler
Humoristique, bientôt mac-do va lutter contre la mal bouffe, et prôner le jeûne aussi?

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.