Après les déboires de l’EPR, EDF va ouvrir une haute école de soudure

Créée à l’initiative d’EDF, d'Orano, de Naval Group et des chantiers cherbourgeois des CMN notamment en réponse aux défauts constatés sur la tuyauterie de l’EPR de Flamanville, l’école domiciliée dans le Cotentin ambitionne de former des soudeurs et soudeuses de haut vol, capables d’intervenir dans les environnements très contraints du nucléaire et du naval. Des secteurs où les besoins se chiffrent par centaines.
(Crédits : Charles Platiau)

Les industriels aiment décidément invoquer la mythologie dans les périodes de turbulences. On pense notamment à Prométhée s'agissant du futur moteur de la fusée Ariane. Cette fois, c'est Hefaïstos, dieu de la forge et du travail du métal dans la Grèce ancienne, qui est convoqué au chevet de l'EPR. Deux ans après que le PDG D'EDF a annoncé la mise en place du plan Excell censé remédier à la perte de compétences dans la filière nucléaire, l'énergéticien s'apprête à inaugurer dans la Manche une « haute école de soudure » du nom d'Hefaïs.

Promis par Jean-Bernard Levy après la publication du rapport -sévère- de Jean-Martin Folz sur l'échec du troisième réacteur de Flamanville, l'établissement est né d'une alliance inédite entre EDF, Orano, Naval Group et les Constructions Métallurgiques de Normandie (CMN) appuyés par l'Union de l'industrie et des métiers de la métallurgie (UIMM), l'Etat (dans le cadre du Programme des Investissements d'Avenir) et la Région Normandie. D'un coût de 12 millions d'euros, son ambition est de former rien de moins que « les meilleures soudeuses et soudeurs de France ». Par meilleurs, entendez des professionnels capables de répondre au très haut niveau d'exigence des spécialités navale et nucléaire.

« Il existe un gap important entre le soudeur qui opère dans un environnement conventionnel  et celui qui intervient dans ces environnements où il faut à la fois maitriser le geste technique, mais aussi des process industriels et documentaires très pointus », souligne Corentin Lelièvre, directeur d'Hefaïs.

Une formation immersive

Se revendiquant d'une « pédagogie novatrice », l'école proposera à ses élèves de se former sur des maquettes industrielles à échelle 1. Lesquelles reproduiront à l'identique le ballast d'un navire, la cellule d'une centrale nucléaire ou encore les zones contrôlées des sites d'Orano. « L'apprenant sera véritablement projeté dans son futur environnement de travail. Il pourra appréhender les contraintes de radioprotection, de chaleur et de dépression dans les conditions du réel », précise David Le Hir, président de la structure, par ailleurs directeur de la centrale de Flamanville 1 et 2. Le cursus d'une durée de sept mois en formation initiale sera complétée par un recours à la réalité virtuelle et augmentée.

Installée provisoirement à La Hague en attendant la construction d'un bâtiment neuf à Cherbourg par l'Agglomération du Cotentin, Hefaïs accueillera dans un premier temps des salariés d'entreprises sous-traitantes avant de s'ouvrir l'an prochain à des débutants : « demandeurs d'emploi et personnes en reconversion » grâce à des financements de la Région. Objectif : réunir des promotions annuelles d'environ 200 élèves en provenance de toute la France. Ce dimensionnement fait écho à une étude réalisée l'an dernier par la Chambre de commerce de la Manche. Celle-ci avait estimé à 700 les besoins en soudeurs à horizon 2025 pour le territoire normand : un chiffre qui ne paraît pas sous-évalué

Des débouchés comme s'il en pleuvait

Les prochaines années vont, en effet, être marquées par le démarrage de plusieurs grands chantiers dans les branches navale et nucléaire en Normandie à commencer par celui des deux EPR de Penly (Seine-Maritime) pour lesquels les besoins seront énormes. Pour en prendre la mesure, rappelons qu'une centrale abrite plus de 130 kilomètres de tuyauterie et que « sa construction nécessite  316.000 soudures », comme l'indiquait il y peu l'ingénieur Alain Tranzer que Jean-Bernard Levy a chargé de piloter le plan Excell.

Un appel d'air est aussi attendu sur le site Orano de La Hague avec l'édification de la future usine d'entreposage des combustibles usés, livrable en 2035. Chez Naval Group à Cherbourg enfin, la décennie sera occupée par la montée en puissance du nouveau programme de sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de troisième génération -dit SNLE 3G- lui aussi gourmand en main d'oeuvre. On le voit, « les meilleures soudeuses et soudeurs de France » sont assurés de trouver des débouchés.

Ne reste plus qu'à convaincre les candidats de se jeter à l'eau. « Le recrutement des futurs élèves sera national », précise t-on chez Hefaïs. Sans doute une sage décision connaissant le peu d'appétence des jeunes générations pour les métiers de l'industrie.

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Commentaires 17
à écrit le 31/08/2022 à 9:19
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La course au rendement, la gestion financière exacerbée, la concurrence imbécile, l'application des charges sociales sur les frais de déplacement, les 35h, l'affaiblissement du rôle des maitres d’œuvre en rognant sur les honoraires, la disparition de...

à écrit le 30/08/2022 à 19:24
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A quand l'école du haut déficit public? On me souffle dans l'oreillette que la France n'en a nulle besoin.

à écrit le 30/08/2022 à 15:10
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Le mal n'est pas nouveau. Les Soudeurs, tuyauteurs et Chaudronniers avec une bonne formation, une bonne expérience et hautement qualifiés dans la chaudronnerie traditionnelle ou blanche sont en déficit depuis 40ans.

le 01/09/2022 à 21:26
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Il ya pas mal des candidats soudeurs homologués / tuyauteurs /chaudronniers en Afrique plus précisément au Cameroun mais c est le travail qui manque

à écrit le 30/08/2022 à 14:50
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Si le salaire etait a la hauteur, peut etre aurions nous plus de soudeurs .

le 30/08/2022 à 18:19
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C'est un métier manuel dur qui demande beaucoup d'expérience et de connaissance acquise sur le terrain. Un bon soudeur est bien (même très bien payé). mais Il faut faire ses preuves, car le défaut est vite repéré... cela n'est plus dans l'air du te...

à écrit le 30/08/2022 à 12:59
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Il faut aussi créer une école "Anti déficit" pour les technocrates....

à écrit le 30/08/2022 à 12:06
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L'institut de la soudure existe depuis 1905 et propose déjà des formations de hauts niveaux et il y a fort à parier qu'Edf va se rapprocher de cet institut pour élaborer ses formations sachant qu'il a des compétences dans la nucléaire .

à écrit le 30/08/2022 à 10:14
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Le problème en France est une bsence de formation professionnelle crédible, comme en Suisse

le 30/08/2022 à 12:27
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à voir aussi, quand la filière existe, si ça fait rêver, les gens pensant au métier de soudeur y a 50 ans. Les choses ont beaucoup évolué (comme 'usine', 'industrie'). Comme chaudronnier, le nom attire ? :-) Des soudeurs on en cherche. Utiles aussi ...

le 30/08/2022 à 13:14
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La formation professionnelle est l'affaire des employeurs , les secteurs qui l'ont compris réussissent à avoir des collaborateurs compétents . Mais jusqu'à une période récente les entreprises n'avaient qu'une obsession : le prix sans se soucier de l...

à écrit le 30/08/2022 à 10:14
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Le problème en France est une bsence de formation professionnelle crédible, comme en Suisse

à écrit le 30/08/2022 à 9:57
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Un bon soudeur, c'est quelqu'un d'assez organisé et vigoureux. Des jeunes avec ce profil, il y an a plein les collèges. Simplement, les métiers manuels sont dévalorisés en France. C'est pour ça qu'on en vient à créer une "haute école de soudure", pou...

à écrit le 30/08/2022 à 9:14
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« La perte de compétence «  serait la cause des malfaçons des cuves des centrales nucléaires … la vérité est plus crue : la ssous- traitance pour des raisons de coûts a des entreprises employant de la main d œuvre peu ou pas formées aux constructi...

le 30/08/2022 à 10:57
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Pour Flamanville, Bouygues sous traitait à des boîtes d'intérim polonaise des détachés... s'agit de brasser du vent, de la com. Un peu le truc formation emploi avenir ou durable pour un pré-retraité chez pôle emploi. Le but est de brassé de la statis...

à écrit le 30/08/2022 à 9:13
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Ça me rappel le chantier de St- Nazaire il y a quelques années : Les 95 soudeurs, tuyauteurs et électriciens roumains de la société Klas-Impex (sous-traitante au 2e rang) qui travaillent à la construction du paquebot "Queen Mary 2" sont entrés en ...

à écrit le 30/08/2022 à 7:47
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Bonjour, Ne publiez pas mon commentaire, mais corrigez votre chapeau : vous écrivez : "capables d’intervenir dans les environnements très contraints du nucléaire et du naval" remplacez le "contraints" par "contraignants", merci !

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