Auditionnés par l'Assemblée nationale, ancien patron d'EDF, Henri Proglio, et l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, qui n'ont cessé de se combattre il y a plus de dix ans, expliquent les déconvenues d'EDF par la volonté de Berlin de nuire à l'énergéticien tricolore, en imposant l'ouverture des marchés de l'énergie.À l'Assemblée Nationale, la commission d'enquête « visant à établir les raisons de la perte de souveraineté et d'indépendance énergétique de la France », présidée par le député républicain Raphaël Schellenberger, a auditionné ces dernières semaines de nombreuses figures du secteur énergétique en France. Et pas des moindres. C'est ainsi que se sont succédé l'ancien patron d'EDF, Henri Proglio, et l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon. Tous deux ont représenté par le passé la « filière du nucléaire ». Tous deux n'ont cessé de se combattre. Et pourtant, dix ans après leur bataille homérique, les deux mêmes sont tombés d'accord devant la représentation nationale pour trouver un coupable idéal permettant d'expliquer la situation catastrophique en 2022 de la fameuse filière.
« L'obsession allemande, c'est la désintégration d'EDF»
Henri Proglio s'est d'abord souvenu que lorsqu'il prit la tête de l'entreprise publique « au début du XXIe siècle (...), EDF était exportateur d'énergie, avait les prix les moins chers d'Europe (deux fois et demie moins chers que l'Allemagne) et un contrat de service public qui faisait référence dans le monde, et donnait à la France un atout formidable en matière d'émissions de gaz à effet de serre. Il n'y avait plus qu'à tout détruire : c'est chose faite ! »
Dans le viseur de l'ancien patron d'EDF : l'Allemagne. Et de rappeler : « L'Allemagne a choisi l'industrie comme axe majeur de son économie, puis a tenté l'energiewende [la transition énergétique allemande, axée sur la sortie du nucléaire et le développement des renouvelables, Ndlr]. Cela s'est terminé par un désastre absolu, les énergéticiens allemands étaient ruinés, totalement vulnérables (...) Comment voulez-vous que ce pays accepte que la France dispose d'un outil compétitif aussi puissant qu'EDF à sa porte ? L'obsession allemande depuis trente ans, c'est la désintégration d'EDF. Ils ont réussi. »
Aujourd'hui, pourtant, l'Allemagne s'inquiète particulièrement de la situation de crise technique et financière au sein de l'électricien français. EDF a longtemps été considéré en Europe comme le « château d'eau » électrique qui permettait de résoudre toute situation de sur-consommation ou de sous-production. Manifestement, les Allemands n'ont pas anticipé la situation de crise au sein d'EDF, ils n'ont pas perçu le niveau des difficultés.