Nucléaire : comment EDF cherche à sécuriser le retour à la normale en 2024

L'électricien va remplacer systématiquement et de manière préventive les tuyaux potentiellement exposés à un phénomène de microfissures, sans procéder à des contrôles préalables. Cette approche industrielle doit lui permettre d'anticiper les chantiers et de gagner en visibilité pour sécuriser la disponibilité du parc nucléaire l'hiver prochain. Il en résulte toutefois des arrêts de plus de cinq mois pour huit réacteurs en 2023. Malgré ces travaux d'envergure, EDF maintient sa fourchette de production pour l'année prochaine, comprise entre 300 et 330 térawattheures.
Les réacteurs 1, 2 et 4 de la centrale nucléaire de Cattenom feront l'objet d'un arrêt de plus de cinq mois en 2023 afin de remplacer de manière préventive les tuyauteries potentiellement exposées au phénomène de corrosion sous contrainte.
Les réacteurs 1, 2 et 4 de la centrale nucléaire de Cattenom feront l'objet d'un arrêt de plus de cinq mois en 2023 afin de remplacer de manière préventive les tuyauteries potentiellement exposées au phénomène de corrosion sous contrainte. (Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)

Ne pas faire planer le spectre de la corrosion sous contrainte sur le parc nucléaire tricolore l'hiver prochain, après un hiver 2022-2023 particulièrement tendu pour le système électrique. C'est l'obsession d'EDF. Pour y parvenir, l'électricien a décidé de remplacer systématiquement au cours de l'année 2023 les tuyauteries potentiellement exposées à ce phénomène sur les réacteurs de 1.300 mégawatts les plus récents (appelés les P'4), sans procéder à des opérations de contrôle au préalable. Ce changement de doctrine n'affectera pas la fourchette de production pour l'année 2023, comprise entre 300 et 330 térawattheures, affirme le groupe.

« Aujourd'hui, en intégrant ce planning-là, on confirme l'objectif de production. L'objectif in fine pour nous c'est de se préparer à l'hiver 2023-2024, a assuré Régis Clément, directeur adjoint de la direction production nucléaire d'EDF, lors d'un point presse ce mardi 20 décembre.

L'approche industrielle privilégiée au sur-mesure

Pour rappel, ce phénomène de corrosion sous contrainte, observé pour la première fois il y a environ un an, se traduit par des microfissures observées sur des circuits auxiliaires connectés directement au circuit qui entoure le réacteur. Parmi les 56 réacteurs que compte le parc d'EDF, 16 y sont particulièrement sensibles. Ce sont les 16 réacteurs les plus récents du parc, dont le design, c'est-à-dire la géométrie de la tuyauterie, est un peu plus complexe. Dans le détail, il s'agit des réacteurs du palier dit N4, (Chooz B1 et B2 et Civaux 1 et 2) ainsi que les 12 réacteurs de 1.300 MW les plus récents.

Sur ces 16 réacteurs particulièrement sensibles, dix sont actuellement en cours de traitement. Pour les six restants, deux chemins s'offraient à EDF. Le premier consiste à « contrôler chacune des soudures une à une. Et, fort des résultats de ces contrôles, déterminer la portion à réparer la plus restreinte possible », explique Régis Clément. « La deuxième option consiste à procéder à un remplacement préventif de toute la zone sensible sans aller chercher au préalable des contrôles », poursuit-il. En d'autres termes : industrialiser le traitement du problème de corrosion sous contrainte. « C'est cette option qu'on a décidé de programmer et de transmettre à l'ASN [l'autorité de sûreté nucléaire, ndlr] le 12 décembre dernier », explique le directeur adjoint de la direction production nucléaire.

« Un gain de temps faramineux »

De cette décision résulte six arrêts planifiés en 2023, ou déjà entamés en 2022, dont la durée a été portée à 160 jours, soit environ 5 mois et demi. Ainsi que deux arrêts supplémentaires. Selon EDF, cette voie offre « un gain de temps faramineux » alors que la première option suspend l'électricien à de nombreuses incertitudes et, de fait, à une visibilité beaucoup plus faible.  « Si vous détectez une soudure nécessitant une réparation au bout du vingtième contrôle, tout le temps de contrôle réalisé précédemment est perdu car c'est au moment où vous détectez la dernière soudure qu'il va falloir engager un dossier de réparation », expose Régis Clément.

Or, la constitution d'un dossier réglementaire à déposer auprès du gendarme du nucléaire pour pouvoir engager une soudure prend en moyenne six semaines. Et, dans le cas d'une approche de contrôle soudure par soudure, EDF ne peut pas s'appuyer sur les dossiers précédemment réalisés. Tous sont différents.

« Remettre le système à zéro »

Au contraire, systématiser les travaux préventifs permet « d'anticiper les dossiers de réparation, de préparer les industriels et d'anticiper les ressources », fait valoir Régis Clément. « Du point de vue industriel, il n'y a pas photo. C'est un scénario bien plus sécurisé du point de vue de la durée », assure-t-il. « Réparer préventivement tous les réacteurs P', c'est remettre le système à zéro. (...) Le suivi en exploitation sera synchronisé. Ce sera le même pour tous les réacteurs et cela permettra de lever des incertitudes », avance encore le directeur adjoint.

Si la programmation de ces vastes travaux ne contraint pas EDF à revoir sa fourchette de production pour 2023, c'est parce que l'électricien avait initialement pris beaucoup de précautions. En effet, au moment de communiquer cette fourchette, en février 2022, l'entreprise craignait que les réacteurs de 900 MW (les plus nombreux du parc nucléaire) soient également affectés. Ce qui n'est finalement pas le cas. « Nous mettons tout en œuvre pour tenir cette fourchette et être le plus haut possible sur cette fourchette », a assuré Régis Clément.

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Commentaires 7
à écrit le 07/01/2023 à 10:46
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Bonjour, Donc il s'agit d'un problème similaire à toute l'industrie, un système marche bien et fiable et on reprend tout à zéro, un ingénieur sortant d'école n'ayant jamais soudé le moindre bout de. Ferraille bien planqué derrière son écran de pc. ...

à écrit le 21/12/2022 à 20:20
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Bonjour, Je remarque que l'on parle de microfissures sur des systèmes de secours... Donc ils s'agit de système non employé actuellement, et ils s'agit de microfissures.... Les chances que nous devons employés les systèmes de secours reste faible et...

à écrit le 21/12/2022 à 11:53
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On savait que ces centrales nucléaires serait obsolètes maintenant depuis 50 ans. Mais pour qui nous prend t'on ?

le 07/01/2023 à 9:10
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Vous semblez en savoir plus que les experts! Nous ne sommes pas au café du commerce!

à écrit le 21/12/2022 à 11:17
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objectif JO 2024 et un peu l hiver 2023/2024

à écrit le 20/12/2022 à 20:20
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Eh bien voilà, ça comme à réfléchir intelligemment.

le 21/12/2022 à 12:49
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c'est le defaut francais ou comment detruire des secteurs d'industrie en placant des copins de politicien a des postes pour clef allors que ces meme gens se refuse a des promotion interne pourtant plus efficace et plus economique il suffit de...

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