Alors que Bruxelles doit présenter dans les semaines à venir une proposition de réforme du marché européen de l'électricité très attendue après une année de crise, plusieurs experts souhaitent ouvrir le débat. Ils s'accordent à dire que le retour à un monopole public en France serait bénéfique pour l'optimisation du parc de production et pour les consommateurs. Surtout, contrairement à des idées reçues, cette option ne serait pas synonyme d'arrêt des échanges d'électrons transfrontaliers. Reste que le...« Qu'est ce que vous comprenez au marché européen de l'électricité ? », demande Hervé Machenaud, ancien cadre dirigeant d'EDF à un journaliste, qui bégaie alors quelques notions clefs « marché spot », « marché à terme » et « coût marginal », avant de reconnaître ne pas bien maîtriser le sujet et avoir sans cesse besoin de nouvelles explications. « Je vous rassure, moi non plus, c'est incompréhensible ! », lâche-t-il. Cette réplique peut surprendre de la part d'une personne qui a travaillé 15 ans chez EDF, dont six en étant membre du comité exécutif du groupe.
Elle est pourtant très révélatrice de l'extrême complexité de ce marché qui doit faire l'objet d'une profonde réforme dans les mois à venir. Une proposition de la Commission européenne est, en effet, attendue de pied ferme d'ici à la fin du mois de mars alors que la volatilité des prix (qui ont passé la barre des 1.000 euros le mégawattheure en août 2022) pénalise fortement entreprises et particuliers du Vieux continent.
L'électricité ne se stocke pas
La complexité de ce marché tient à un inconvénient majeur de l'électricité : contrairement au gaz, au pétrole, ou encore au charbon, et à l'eau, l'électricité ne se stocke pas. Il faut donc assurer en permanence l'équilibre entre l'offre et la demande. Pour assurer ce numéro d'équilibriste de haut vol, le marché repose sur un mécanisme de préséance économique ou de « Merit Order » en anglais. Les centrales sont appelées à produire dans l'ordre croissant de leur coût marginal (c'est-à-dire le coût de production d'une unité supplémentaire). Celle dont le coût marginal est le plus faible produit en premier et ainsi de suite.
Le prix auquel se vend l'électricité sur le marché de gros correspond, lui, au coût marginal de la dernière centrale appelée pour répondre à la demande d'électricité. Ce mécanisme permet ainsi de rémunérer correctement le producteur dont la centrale permet d'assurer l'équilibre. Si le prix de marché se situait en dessous de son coût marginal, il n'aurait économiquement pas intérêt à produire et l'équilibre entre l'offre et la demande ne pourrait être réalisé.