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ClimatEnergie & Environnement

Engie incite Gazprom à gagner des parts de marché en Europe

Photo de Robert Jules

Emmanuel Grynszpan, à Saint-Pétersbourg

Publié le 13 novembre 2015 à 15:31 - Mis à jour le 13 novembre 2015 à 16:01

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Les deux groupes célèbrent le 40e anniversaire de leur premier contrat avec une montée d'Engie au capital de NordStream 2, pour un coût global estimé à 12 milliards d'euros.

Gazprom est le mieux placé pour remplacer la production européenne déclinante, croit-on chez Engie. A l'occasion jeudi d'une fastueuse cérémonie organisée dans le "Versailles russe", à proximité de Saint-Pétesbourg, pour les 40 ans du premier contrat gazier entre la France et (à l'époque) l'URSS, les dirigeants des deux groupes ont signé un nouveau contrat. Engie monte ainsi de 9% à 10% au capital de NordStream 2, qui double un gazoduc déjà existant reliant la Russie à l'Allemagne par le lit de la mer Baltique. En vendant 1%, le groupe d'Etat russe voit sa part descendre à 50% d'un tube qui transportera 55 milliards de m3 de gaz. BASF, E.On, OMV et Shell détiennent chacun 10% du projet. Le montant de la transaction n'a pas été dévoilé, mais le PDG d'Engie Gérard Mestrallet estime son coût global à 12 milliards d'euros.

Aucun officiel russe

Curieusement, aucun officiel russe n'a daigné apparaître sous les ors du Palais Catherine, pour la cérémonie des 40 ans. Le Kremlin utilise pourtant la moindre occasion pour débouter l'idée qu'il est isolé à cause des sanctions internationales. Une dizaine de dirigeants de sociétés liées à Gazprom ont en revanche fait le déplacement (Schneider, Total, Société Générale), ainsi que l'ambassadeur de France en Russie. Le patron de Gazprom Alexeï Miller et Gérard Mestrallet (accompagné de la directrice générale déléguée Isabelle Kocher, qui lui succèdera dans 6 mois) se sont fendus de discours convenus sur le partenariat franco-russe, tandis que l'assistance murmurait des hypothèses sur l'absence d'officiels.

Sanctions contre la Russie et opposition de la Commission européenne

Les sanctions internationales contre la Russie touchent le projet, mais seront contournées, a indiqué le PDG d'Engie à un petit groupe de journalistes à l'issue de la cérémonie. Gérard Mestrallet assure avoir reçu un soutien du gouvernement français, mais attend un feu vert formel. La désapprobation de Commission européenne envers Nord Stream 2, formulée en juin dernier, ne l'inquiète pas outre mesure. Bruxelles reste déterminé à réduire la dépendance européenne envers le gaz russe.

Gérard Mestrallet balaie tout risque financier pour Engie, arguant que "Gazprom garantit la totalité des volumes de Nord Stream 2". Mais des experts doutent de la capacité de Moscou à financer sa part, à cause de l'endettement du groupe russe et des nombreux projets qu'il mène de front. Dans son rapport World Energy Outlook 2015, l'Agence internationale de l'énergie suggère que Moscou n'a pas les moyens de financer simultanément ses trois projets de gazoducs (Force de Sibérie, vers la Chine ; Turkish Stream ; Nord Stream 2).

Le projet russe Turkstream n'est pas pris au sérieux

Une source dans l'industrie gazière a indiqué à la Tribune que le projet russe Turkstream (un gazoduc d'une capacité de 63 milliards de m3 de gaz par an) n'est pas pris au sérieux. "C'est purement politique, à la différence de Nord Stream 2, qui possède une solide logique commerciale. Nord Stream 1 a ouvert la voie et fonctionne très bien". Gazprom a déjà dû renoncer en 2014 au gazoduc South Stream (vers la Bulgarie), dédommageant au passage de 3 milliards d'euros ses partenaires ENI, EDF et Wintershall.

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"Ils préfèrent pinailler sur les tarifs"

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Au sein d'Engie, le sentiment dominant est que le groupe d'Etat russe se trompe complètement de stratégie. "Nous essayons de les pousser à réfléchir à long terme, mais ils préfèrent pinailler sur les tarifs et veulent maintenir l'indexation du prix du gaz sur le pétrole, ce qui n'a plus de sens aujourd'hui", indique une source chez Engie.

"Gazprom devrait au contraire profiter de la rapide baisse de production européenne pour gagner des parts de marché. Ils sont les mieux placés, disposent des volumes nécessaires et ont des coûts de production les plus bas du monde, au niveau des Américains. Mais nous ne voyons pas chez eux de stratégie à long terme. Ils n'ont pas réalisé l'ampleur de la transition énergétique", conclut la source.

Emmanuel Grynszpan, à Saint-Pétersbourg

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