Isabelle Kocher, la patronne d'Engie, poussée vers la sortie

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Ces derniers jours, la patronne d'Engie avait abattu ses dernières cartes pour essayer de sauver son poste.
Ces derniers jours, la patronne d'Engie avait abattu ses dernières cartes pour essayer de sauver son poste. (Crédits : Benoit Tessier)
Le mandat de la seule femme dirigeante d'une entreprise du CAC 40 ne devrait pas être renouvelé ce jeudi à l'occasion d'un conseil d'administration. Son sort semblait scellé depuis plusieurs semaines, sans que l'État, premier actionnaire du groupe énergétique, ne s'y oppose.

Ce soir-là, Isabelle Kocher avait bien tenté d'afficher l'unité à la tête d'Engie. Devant des journalistes, le 25 novembre dernier, la directrice générale du groupe énergétique français n'avait pas manqué de saluer Jean-Pierre Clamadieu, le président du conseil d'administration. Mais derrière les sourires de façade et les politesses d'usage, se jouait déjà une redoutable guerre des chefs. Une bataille finalement gagnée par l'ancien patron du chimiste Solvay : ce jeudi, le conseil d'Engie devrait entériner l'éviction de la seule femme dirigeante d'une entreprise du CAC 40. Celle-ci interviendra en mai prochain, au terme de son mandat.

L'opération de communication d'Isabelle Kocher avait débuté dès le matin, en ouverture d'un "séminaire presse" de plusieurs heures. L'objectif était clair: défendre le bilan de ses trois premières années de responsabilités. Et plus particulièrement la transformation de l'ex-GDF Suez vers les services énergétiques et les énergies renouvelables, symbolisée par de vastes cessions d'actifs et la décision de sortir du charbon. Une stratégie sur trois ans, adoptée début 2019 mais qui cristallise désormais des critiques au sein des administrateurs. Et qui prenait encore du temps à se matérialiser en Bourse. "Cela ne se fait pas du jour au lendemain", avait rétorqué Isabelle Kocher.

Dernières cartes

Ces derniers jours, la patronne d'Engie avait abattu ses dernières cartes pour essayer de sauver son poste. Dans un message adressé aux administrateurs, elle avait d'abord proposé des ajustements de la gouvernance de l'entreprise, qui auraient notamment renforcé les pouvoirs Jean-Pierre Clamadieu. Puis, elle avait lancé une nouvelle offensive médiatique, en accordant une interview au Journal du Dimanche, dans laquelle elle dénonçait une "campagne négative pour le moins surprenante". Et en appelait à Emmanuel Macron, l'État étant le premier actionnaire de la société.

"J'ai le profil pour diriger Engie", avait-elle également assuré, se félicitant d'avoir "redressé et totalement repositionné" un groupe "en décroissance forte et surendetté", qui "avait un genou à terre" à son arrivée. Lundi 3 février, une cinquantaine de personnalités économiques et politiques lui avaient par ailleurs apporté leur soutien dans une tribune publiée dans Les Echos. Une campagne de presse contre-productive, qui n'a fait qu'agacer un peu plus les administrateurs. Et accélérer le calendrier: initialement prévu fin février, le vote sur le renouvellement du mandat d'Isabelle Kocher a été avancé de trois semaines.

De fait, le sort de la responsable semblait scellé depuis plusieurs semaines, sans susciter d'opposition de l'État actionnaire, avec lequel elle a parfois eu des relations difficiles. Ses détracteurs reprochent à Isabelle Kocher une stratégie jugée illisible, qui met l'accent sur des secteurs qui tardent à produire un impact positif sur les résultats financiers. Si la société a renoué avec la croissance des profits, soulignent-ils, c'est avant tout grâce au gaz et au nucléaire belge. Ils remettent également en cause ses qualités managériales et le recrutement de certains dirigeants. D'autres départs sont donc à prévoir au cours des prochains mois.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2020 à 17:46 :
Encore une entreprise soi disant privatisée dans laquelle l'état décide de tout avec 24% du capital. Tant qu'il y aura des gogos pour investir dans ces entreprises et jouer les figurants face aux technocrates de Bercy.
a écrit le 06/02/2020 à 17:37 :
Un haut fonctionnaire corpsard des mines chasse l'autre. C'est un non évènement. L’événement est l'éviction d'une femme. Macron préfère les hommes, ceux qui lui sont dévoués.
Réponse de le 06/02/2020 à 17:54 :
C'est le conseil d’administration qui décide et non pas Macron qui semble vous obséder.
a écrit le 06/02/2020 à 17:06 :
Sa fiche wikipédia nous révèle un très beau parcours et de gros diplômes, c'est l’Élite, une aristocrate du système mais quel système celui des pantouflages, des valeurs boursières, des cessions acquisitions, de l'actionnariat, de la vente à la découpe, de la privatisation, à charge pour les adjoints de gérer les boulons et tant pis pour la casse. Nous parlons là d'une des plus grosses boites d'énergie française ce n'est pas rien, pour l'industrie française l'avenir se dessine dans les cimetières "Ci-Git l'industrie" Areva, Alstom, Etc.. Il y a quelque temps j'observais le parcours du Président de Siemens: rentré à 22 ans dans la boite avec un diplôme d'économie ou il gravite dans plusieurs postes puis il suit pendant 6 ans son patron avant de le remplacer, personnellement ça me fait rêver. Le problème de l'Industrie et singulièrement de la France est en partie celui de ses Élites.
a écrit le 06/02/2020 à 17:01 :
quand le patron de renault s est fait virer il y a quelque mois tout le monde a trouve ca normal. La on en fait tout un fromage ... pourquoi ? juste parce que c est une femme ! Tant qu on y est, il faut proposer le poste a Segolene, elle est justement dispo vu qu elle a perdu son ambassade chez les pingouins ...
a écrit le 06/02/2020 à 16:06 :
Entendu ailleurs : elle s'opposerait à la vente d'Enegie à la découpe, elle est donc gênante.
Si cela arrivait qu'adviendra-t-il de l'entretien des barrages. Pour nos grands politiques, cela n'a pas d'importance pourvu qu'ils vendent tout.
Réponse de le 06/02/2020 à 17:55 :
" entendu ailleurs " - où ailleurs ? des références ou es ragots ?
a écrit le 06/02/2020 à 16:02 :
si l'état est le premier actionnaire du groupe, c'est donc qu'il en a fait le choix!
Mais comme le reste, ils n'assument pas ! comme c'est la seule femme du CAC, ils fuient les symboles !

Et en appelait à Emmanuel Macron, l'État étant le premier actionnaire de la société.

Du coup si l'on regarde d'un point de vue de la parité, sinon de la symbolique d'inclusion des femmes dans tout les domaines, nous pouvons dire qu'avec macron, la régression est en marche!

Et comme c'est une personne qui n'assume pas ces décisions, c'est donc logique qu'il ne se prononce pas !
a écrit le 06/02/2020 à 13:15 :
Dans le doute le mieux c'est de la virer.
a écrit le 06/02/2020 à 13:14 :
Une opération de communication honteuse et une arrogance qui ne craint pas la concurrence ne font pas d'Isabelle Kocher une très bonne dirigeante. Pour la mésurer il faudrait des actionnaire compétents et engagés ce qui n'est pas souvent le cas (dont l'état qui est très souvent un mauvais actionnaire).
a écrit le 06/02/2020 à 12:57 :
Le conseil d'administration qui représentent les propriétaires ont le droit de virer le pdg sur des critères de stratégie générale. Le genre n'a rien à voir dedans.Après tout,elle n'y est pas rentrée par effraction, c'est bien ce conseil qui l'a installé à la direction.
a écrit le 06/02/2020 à 9:26 :
Un lobby trop puissant peuplé d'incompétents rincés aux pratiques magouilleuses politico-affairistes que le secret défense a poussé à son paroxysme.
Réponse de le 06/02/2020 à 16:03 :
merci pour la précision, car effectivement les mots correspondent sans aucun doute !
Réponse de le 06/02/2020 à 16:20 :
Les gens ne savent que critiquer de nos jours c'est triste...
Réponse de le 06/02/2020 à 16:44 :
Et dans l'agro-industrie, c'est encore pire... :-)

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