Les émissions de CO2 liées à la production d’électricité baissent partout dans le monde, sauf en Europe à cause du charbon

Face à la crainte d’une pénurie de gaz cet hiver et à la baisse de la production nucléaire, les Européens se tournent davantage vers le charbon pour produire de l’électricité. Conséquence : les émissions de CO2 liées à la production électrique devraient progresser de 3% en 2022 sur le Vieux Continent alors qu’elles devraient diminuer à l’échelle mondiale, selon les dernières prévisions de l'Agence internationale de l’énergie.
(Crédits : Wolfgang Rattay)

Coup de frein sur la demande d'électricité dans le monde. Selon les dernières prévisions de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale d'électricité devrait seulement augmenter de 2,4% en 2022. C'est moins que les 3% de croissance sur lesquels l'agence tablait en début d'année. Surtout, ce chiffre rompt avec la hausse de la demande de 6% de 2021, alors tirée par la reprise économique post-Covid.

Ce fléchissement de la demande résulte du ralentissement économique mondial, de l'accentuation de la flambée des prix de l'énergie depuis l'invasion russe de l'Ukraine et des nouvelles restrictions sanitaires mises en place en Chine, explique le rapport. La courbe de la demande d'électricité renoue ainsi avec le rythme de croissance annuel moyen observé sur la période 2015-2019 et un rythme similaire devrait s'observer en 2023.

Record pour la production d'énergies renouvelables...

En parallèle, les capacités de production d'énergies renouvelables devraient augmenter de 10% en 2022. C'est la croissance la plus élevée jamais enregistrée, souligne le rapport de l'AIE. Cette hausse devrait ainsi porter la part des énergies renouvelables à 30% du mix électrique mondial, contre 28% en 2021.

Conséquence de ces deux mouvements opposés (baisse de la demande d'électricité vs hausse des capacités de production renouvelables), le recours aux combustibles fossiles pour la production d'électricité devrait reculer de 1% en 2022. Résultat : l'AIE anticipe une très légère baisse des émissions de dioxyde de carbone (CO2) liées à la production d'électricité de 0,3% en 2022, puis de 1% en 2023, après avoir atteint un record en 2021. Le secteur devrait ainsi émettre cette année 13.091 millions de tonnes équivalent CO2.

Cette bonne nouvelle pour le climat ne s'applique toutefois pas à l'échelle européenne, région pour laquelle l'AIE prévoit, au contraire, une hausse de 3% des émissions de CO2 ainsi qu'une hausse de 2% de l'intensité des émissions de la production électrique.

« Malgré la croissance des énergies renouvelables, l'utilisation du charbon augmente afin de réduire la consommation de gaz et de compenser la baisse de la production nucléaire », observent les auteurs du rapport.


...mais en Europe, le charbon joue les prolongations

Les Européens craignent, en effet, une pénurie de gaz l'hiver prochain, alors que la Russie baisse progressivement ses livraisons vers les Vingt-Sept dans un contexte de fortes tensions entre les pays occidentaux et le régime de Vladimir Poutine, qui a envahi l'Ukraine le 24 février dernier.

Pour y faire face, de nombreux gouvernements ont annoncé qu'ils allaient recourir davantage aux centrales à charbon pour produire de l'électricité, au détriment des centrales à gaz. L'objectif est d'économiser du gaz pour ses autres usages que sont : le chauffage, l'eau sanitaire et son utilisation industrielle.

Dans le détail, l'Allemagne a décidé de garder en activité près de 14 gigawatts de centrales à charbon qui devaient fermer dès cette année. Les Pays-Bas ont, eux, donné leur aval pour un fonctionnement à plein régime des centrales utilisant cette roche noire, alors qu'elles étaient jusqu'à présent limitées à 35% de leurs capacités. La France et l'Autriche prévoient respectivement de rouvrir sur leur territoire une centrale à charbon, récemment mise en sommeil, tandis que l'Italie se prépare à autoriser une demi-douzaine de centrales à augmenter leur production. La Grèce, enfin, a prolongé l'exploitation de son parc de centrales au charbon jusqu'à 2028, contre 2023.

La tendance s'inversera en 2023

Or, la production électrique au charbon est plus émettrice de gaz à effet de serre que celle à partir du gaz. Pour rappel, une centrale à charbon émet environ 1kg équivalent de CO2 par kilowattheure produit, contre un peu plus de 440 grammes pour une centrale thermique fonctionnant au gaz naturel.

Dès 2023, cette tendance à la hausse en Europe devrait toutefois s'inverser. L'AIE prévoit, en effet, une baisse de 8% des émissions de CO2 liées à la production électrique sur le Vieux Continent grâce à la forte croissance des énergies renouvelables. Leur développement doit être largement dopé par le plan RepowerEU présenté par Bruxelles au printemps dernier.

La production nucléaire en berne en 2022

La production électronucléaire dans le monde devrait baisser de 3,1% en 2022 par rapport à 2021 avec un volume de 2.698 térawattheures, contre 2.698 l'année précédente, selon les dernières prévisions de l'AIE. Ce repli s'explique par la fermeture d'unités de production en Europe et par l'indisponibilité de nombreux réacteurs, notamment en France où le parc d'EDF est notamment affecté par un problème de corrosion sous contrainte. Le 15 mars dernier, la Finlande a mis en service son EPR, le premier réacteur à entrer en service en Europe depuis 15 ans, souligne le rapport. Pour 2023, la tendance devrait s'inverser avec une hausse attendue de la production nucléaire de 3,4%.

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Commentaires 7
à écrit le 21/07/2022 à 7:38
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Dommage de parler d'émission de CO2 avec comme illustration une photo de tour aero réfrigérant de laquelle ne sort que de la vapeur d'eau. Ensuite, s'il est vrai que l'Europe relance du charbon pour son électricité, il ne faut pas oublier qu'un affic...

à écrit le 20/07/2022 à 19:48
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Bonsoir, Ce n'est que le début, cela fait 20 ans que tous projet de maintenance et de modernisation est rejeté de toute part pour s'en mettre plein les poches, pendant que le petit trime. les exécutifs n'ont fait que profiter de la place bien cha...

à écrit le 20/07/2022 à 18:42
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Bonjour, Cette article ne dit pas que en Europe nous avons fermé nos centres atomique, donc l'ons brûlent du charbon... Donc ils me semblent de revoir les fondamentaux de la production électrique dans notre pays ... 50 réacteurs nucléaires qui fou...

le 21/07/2022 à 12:55
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Exactement, sans parler des Allemands qui ont fermé toutes leurs centrales nucléaires, pour soit disant passer à une energie plus verte, mais relance leur filière charbon pour compenser... Sans parler de notre électricité qu'on leur vends à prix cass...

à écrit le 20/07/2022 à 10:37
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Lamentable décision de l'Allemagne qui arrête la nucléaire. Les hésitations de Macron avec la fermeture de Fessenheim n'est pas rassurante non plus . Le charbon est de retour, nos politiques sont vraiment visionnaires.

à écrit le 20/07/2022 à 9:07
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A tous les caciques des énergies fossiles en Europe, voyez le de vos entêtements et refus d adaptation … on va être la risée du monde et on aura aucune crédibilité… merci!!

à écrit le 20/07/2022 à 9:06
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A tous les caciques des énergies fossiles en Europe, voyez le résultat de vos entêtements et redus d adaptation … on va être la risée du monde et on aura aucune crédibilité… merci!!

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