Nucléaire : tout savoir sur la fuite inédite qui touche le réacteur de Civaux 1 d’EDF

Situé dans la Vienne, ce réacteur est touché par une fuite d'eau qui s'est produite lors d'un contrôle réglementaire sur le circuit primaire. Une dosimétrie importante est observée dans le local du bâtiment réacteur où se déverse l'eau en raison de la présence d'un tube irradiant. La vanne permettant de mettre fin à cette fuite ne pourra être fermée que lorsqu'un robot interviendra pour extraire l'objet en question. Pour l'heure, EDF ne se prononce pas sur la date de retour du réacteur sur le réseau, initialement prévu début janvier.
(Crédits : Wikimedia Commons)

Nouveau coup dur pour EDF, déjà fragilisé par l'arrêt de la moitié de ses réacteurs nucléaire, EDF vient de rendre très discrètement public un problème qu'il n'avait jamais rencontré auparavant un réacteur du parc nucléaire tricolore. Le 2 novembre, une fuite de vapeur s'est en effet produite lors d'une épreuve hydraulique, un contrôle réglementaire qui s'effectue tous les dix ans et qui vise à vérifier l'étanchéité du circuit primaire principal. Celui-là même qui permet de refroidir le cœur du réacteur.

« Ce n'est absolument pas une soudure qui a cédé », a précisé d'emblée Régis Clément, directeur adjoint de la direction production nucléaire, lors d'un point presse ce mardi 8 novembre. « Ce n'est pas une rupture en lien avec les travaux de corrosion sous contrainte », a-t-il encore précisé.

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La fuite est apparue lors de la montée en pression

Très concrètement, cette procédure de contrôle implique de multiplier par environ 1,3 la pression du circuit primaire pour tester son étanchéité. La pression d'exploitation se situe habituellement à 154 bars. Lors du test, elle grimpe à 206 bars et la fuite est apparue à 190 bars.

« Alors que la pression atteignait 190 bars et la température 95°C, un dégagement de vapeur est survenu dans un local du bâtiment réacteur, la dépressurisation du circuit primaire a été constatée simultanément », indique l'électricien dans une note d'actualité générale.

Qu'est ce qui a provoqué cette fuite de vapeur, transformée ensuite en fuite d'eau avec la baisse de température ? La procédure de cette épreuve hydraulique requiert de mettre en place un dispositif spécifique sur les connexions de ce circuit primaire pour qu'il tienne la très forte pression, notamment à l'intersection avec un système d'instrumentation qui pénètre dans le bas de la cuve.

Un dispositif mécanique a cédé

Ce circuit connecté s'est vu lui-même doté d'un dispositif spécifique pour passer l'épreuve hydraulique, et « c'est ce dispositif mécanique vissé, spécifique à l'épreuve hydraulique, qui a cédé », explique Régis Clément. Cela s'est traduit par un "jet bâton", a-t-il précisé. Comprendre, qu'à ce niveau de pression et de température la fuite s'est matérialisée par un fort jet de vapeur. « Aucun intervenant ne se trouvait à proximité, il n'y a eu ni blessé, ni personne contaminée », précise le groupe.

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A ce moment-là, « il n'y a aucun combustible en cuve, le combustible est dans le bâtiment combustible », précise encore Régis Clément. En effet, le réacteur de Civaux 1, situé dans la Vienne au sud-est de Poitiers, était, lors de l'événement, à l'arrêt dans le cadre de réparations liées au problème de corrosion sous contrainte. L'opération de contrôle a donc été réalisée avec un réacteur complètement déchargé de son combustible.

Le jet vapeur s'est ensuite transformé en jet eau avec la baisse de la température. Celui-ci est venu s'écouler dans un local du bâtiment réacteur, doté d'un système de drainage, un « puisard », qui récupère l'eau. « Tout ça est parfaitement confiné », rassure Régis Clément.

Une dosimétrie importante

On observe toutefois « une dosimétrie importante », reconnaît-il. Celle-ci s'explique par la présence dans le local d'un tube, habituellement en contact en permanence avec le cœur du réacteur et donc soumis aux rayonnements, qui a été éjecté lorsque le dispositif d'essai a cédé.

Ce tube irradiant est directement lié au système d'instrumentation, celui dont le dispositif de test a cédé. Ce dispositif consiste en effet à entrer dans la cuve du réacteur pour scruter sa puissance. A l'intérieur de celui-ci, se trouve un tube libre appelé « doigt de gant ». Quand le dispositif d'essai a rompu, ce tube a été éjecté. Ce tube « s'est retrouvé à l'air libre dans le local et là le débit de dose est important », confirme Régis Clément, sans toutefois donner des chiffres précis.

EDF prévoit d'utiliser un robot pour découper ce tube irradiant et le mettre dans un container. « Une fois que ce tube est traité, on pourra pénétrer dans le local et fermer la vanne », ajoute Régis Clément. La date d'intervention n'est pas encore connue. Pour l'heure, les équipes s'entraînent en maquette.

80.000 litres écoulés, mais pas d'impact sur la sûreté

Aujourd'hui encore, 1.500 litres s'écoulent chaque heure. Cette eau est récupérée et stockée, assure l'électricien. Depuis le début de la fuite, quelque 80.000 litres d'eau ont été récupérés pour être traités. Le réacteur devait être remis en exploitation début janvier. EDF indique aujourd'hui que « c'est bien trop tôt » pour se prononcer sur les « perspectives de Civeaux 1 ». Et pour cause, ce type d'événement est inédit pour le parc nucléaire français. « C'est la première fois qu'on rencontre ce défaut sur ce dispositif », a indiqué Régis Clément. Un prolongement de son arrêt serait une bien mauvaise nouvelle pour le système électrique, qui s'apprête à passer un hiver particulièrement tendu, avec une disponibilité de seulement 45 GW attendue début janvier par le gestionnaire de réseau RTE.

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Commentaires 22
à écrit le 09/11/2022 à 11:02
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1500 litres à l'heure.. 15 tonnes toutes les 10 heures.. un semi remorque par 24 heures.. ça dure depuis combien de temps ? Comme au Japon ( toujours en déroute ) on va stocker dans des milliers de piscine ou nous allons déversé comme d'habitude en p...

le 10/11/2022 à 0:44
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C'est dans la salle Ric que ça a fuit, donc ça part de le puisard qui est prévu pour. Reste à savoir pourquoi le doigt de gant (DDG) ou faux DDG est parti. Pourquoi toujours donner son avis sur des sujets qu'on effleure pas du tout?

le 10/11/2022 à 8:49
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Savez vous combien votre robinet de baignoire débite ? 300 à 500 l/h .... alors 1500 l/h, dans le secteur industriel, c'est rien ... De plus, c'est lors d'un essai hydraulique que ca a été constaté (c'est fait pour ça!) , donc ca ne dure que le temps...

à écrit le 09/11/2022 à 10:04
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Tchernobyl, ce n'était pas une histoire de test ?

le 09/11/2022 à 10:56
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Une épreuve hydraulique est une épreuve réglementaire. Pas de combustible = pas de fusion de coeur possible

à écrit le 09/11/2022 à 10:00
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C'est curieux qu'il faille une intervention manuelle pour fermer une vanne. C'est ballot. Quand il y a une fuite sur un tuyaux, le premier reflex c'est de "l'isoler" en fermant les vannes télécommandées. Le problème est certainement plus important, q...

le 09/11/2022 à 10:56
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Fake news

à écrit le 08/11/2022 à 18:34
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Bonjour, Bien un teste... J'espère que cela a était fait correctement.. Personnellement, je reste surpris que lors d'un teste , ils y est des objets hautement radioactifs.... Le liquide radioactifs ne devrait ils pas être stocké lors des tests, e...

à écrit le 08/11/2022 à 18:18
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comme quoi les tests ça sert a quelque chose .un peu comme l assurance vie

le 10/11/2022 à 10:28
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Le test sert à prouver que l'ensemble des circuits du réacteur peuvent résister sans problème à la pression de 150 bar, vu que l'épreuve a lieu à 206 bar. Mais il faut boucher préventivement les trous d'instrumentation avec des obturateurs vissés ; ...

à écrit le 08/11/2022 à 17:39
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Ce que je comprends, c'est que le problème vient du dispositif de test. Conclusion , si on n'avait pas testé, le réacteur fonctionnerait .Ne faut-il pas revoir les conditions du test?

le 08/11/2022 à 18:08
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c est vrai qu on pourrait supprimer le test. comme ca si un jour il y a une surpression, on saura pas si ca va tenir. ici on a un incident mineur car le reacteur etait a l arret. si on teste rien on aura un gros pepin quand tout sera en exploitation....

le 08/11/2022 à 18:08
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Histoire de continuer à plumer le coq, on pourrait s'inspirer des défauts sur les tests et contrôles des infrastructures nucléaires en innovant un Tchernobyl 2.0. Nos enfants et petits-enfants naîtront ainsi avec quatre oreilles et plus de langue. Ça...

à écrit le 08/11/2022 à 17:23
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Ce n'est pas la première fois que ça arrive qu'un objet ou un outil est oublié dans une canalisation et bloque une vanne. Le problème c'est que c'est dans le circuit primaire lequel on ne peut pas accéder because les radiations. Sur le circuit secon...

le 09/11/2022 à 0:42
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Valbel, le genie sans bouillir.

à écrit le 08/11/2022 à 17:06
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Braves gens ayez peur ! Nous veillons ! ;-)

à écrit le 08/11/2022 à 17:01
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J'ai le sentiment qu'EDF concernant le retour en production du parc existant, se comporte comme pour la construction de l'EPR de Flamanville : on distille de façon périodique et étalée les mauvaises nouvelles pour créer un effet de dilution dans le t...

le 08/11/2022 à 17:33
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Vous avez dit l'essentiel, je rajoute simplement que Civaux , par manque d'eau dans la rivière Vienne, n'est pas rentable, avec le réchauffement climatique ce sera une des centrales à fermer rapidement,et la direction d'EDF le sait.

à écrit le 08/11/2022 à 16:58
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Coup de tabac vendredi dernier dans l’hémicycle du Sénat sur le projet de loi d’accélération des énergies renouvelables : dans une grande confusion, les sénateurs ont renoncé à la distance de 40 km des côtes pour les éoliennes en mer, qu’ils avaient ...

à écrit le 08/11/2022 à 16:37
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Il ne manquait plus que cette avarie impensable !!!

à écrit le 08/11/2022 à 16:17
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Donc il faut au moins deux mois pour enlever une objet qui bloque la fermeture une vanne à l'aide d'un robot ? Brillant de nullité industrielle. Esperons que ces déboires permettront de prendre conscience a quel point cet ex-fleuron industriel est g...

le 08/11/2022 à 18:02
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Nous sommes nuls en robotique et pour faire ce que les chinois font en un jour il nous en faut cinq...c'est ça la seule priorité du pays et ce n'est pas les boulets qui sont à l'assemblé et que nous payons pour faire des homélies d'intimidation ou du...

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