Pétrole : la perspective d'un rééquilibrage du marché s'estompe

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La situation d'offre excédentaire a fait chuter les cours du baril depuis deux ans, revenus de 115 dollars en juin 2014 à 27 dollars en janvier dernier avant une remontée autour de 50 dollars au printemps
La situation d'offre excédentaire a fait chuter les cours du baril depuis deux ans, revenus de 115 dollars en juin 2014 à 27 dollars en janvier dernier avant une remontée autour de 50 dollars au printemps (Crédits : Reuters)
Ce scénario pourtant martelé par l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) s'éloigne en raison de la conjoncture mondiale et d'une offre toujours excédentaire, rapporte l'Agence internationale de l'énergie.

Alors que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) martelait -et ce depuis plusieurs mois déjà- qu'un rééquilibrage du marché pétrolier était attendu pour le second semestre, le dernier rapport mensuel change de ton. La consommation mondiale de pétrole devrait finalement de croître de 1,3 million de barils par jour (mbj) à 96,1 mbj cette année, contre une précédente estimation portée à 1,4 mbj, détaille l'AIE.

"Les récents piliers de la croissance de la demande, la Chine et l'Inde vacillent", indique le rapport pour justifier ce réajustement.

Consommation mondiale au ralenti

En août, le rapport mensuel de l'AIE tablait déjà sur une demande mondiale de pétrole moins importante que prévu en 2017 (1,2 million de barils par jour contre 1,3 mbj) en raison "de perspectives macroéconomiques plus faibles". Résultat, même avec un prix du baril attractif à 45 dollars environ, la hausse de la demande n'a pas eu lieu.

"Alors que le pétrole se maintient autour de 50 dollars le baril depuis plus d'un an, le stimulus d'un carburant meilleur marché s'estompe", détaille l'agence.

La Chine, second importateur mondial de pétrole, fait face au ralentissement de son économie, et de ses importations. En 2015, elle a enregistré une croissance annuelle de 6,9% en 2015, soit la plus faible depuis 25 ans. Une contraction qui devrait se confirmer cette année avec 6,6% de croissance, selon les prévisions du FMI en juillet.

Quant à l'Inde, qui se place toutefois au rang de pays à la plus forte croissance au monde, les dernières statistiques officielles publiées fin août indiquent un ralentissement au cours du premier trimestre. Le PIB de l'Inde a augmenté de 7,1% sur un an, alors qu'au trimestre précédent la croissance de ce pays s'était établie à 7,9% en glissement annuel.

Une offre (toujours) excédentaire

Si la demande est moins forte en raison de la conjoncture mondiale, la production devrait toutefois continuer d'augmenter. "L'offre continuera à être supérieure à la demande jusqu'au premier semestre de l'année prochaine au moins", indique l'AIE.

En août, malgré les appels répétés de plusieurs pays producteurs de pétrole pour réduire la production mondiale de brut (Algérie, Venezuela), les pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont pompé à un niveau quasi record de 33,47 millions de barils par jour, soit une hausse de 930.000 barils par jour sur un an.

Un rapport de l'Opep, publié le 12 septembre, indique également une hausse de la production mondiale pour 2016 et 2017. Ainsi, les pays non-Opep devraient augmenter leur production  de 200.000 barils par jour en 2017, du fait du démarrage de l'exploitation d'un gigantesque gisement -après de multiples rebondissements- au Kazakhstan.

Bref, le satisfecit général de l'Opep qui martelait lors de leur réunion semestrielle du 2 juin que "l'offre et la demande convergent", prouvant que "le marché est engagé dans un processus de rééquilibrage" pourrait ne pas durer.

>>>A (RE)LIRE : Pétrole : l'Opep "très satisfaite" de l'état du marché, mais jusqu'à quand ?

L'illusion d'un répit

Les derniers mois avaient pourtant montré des signes encourageants, en raison d'un repli de la production dans les pays non-membres de l'Opep, à l'instar du Canada, laissant croire à un rééquilibrage du marché.

Au printemps, des feux de forêt géants dans l'Alberta, région des sables bitumineux, avaient paralysé la production de pétrole non-conventionnel de nombreuses compagnies, provoquant ainsi une baisse de la production. Pour rappel, le Canada produit 4 millions de barils par jour dont 80% en Alberta.

"Les feux de forêt au Canada ont entraîné la fermeture de 1,2 millions de barils par jour (mbj) de capacités de production", soulignait l'AIE dans son rapport de mai.

Si ce type de facteurs court-termistes a pu avoir un impact positif sur les marchés, tirant légèrement les prix à la hausse en mai, l'impact sur la production totale d'or noir a toutefois été limité.

Alger, (encore) une réunion pour rien ?

Dans quelques jours, du 26 au 28 septembre, une réunion informelle du cartel des 14 (et de pays non-membres à l'instar de la Russie) doit se tenir à Alger en marge du Forum international sur l'énergie. Reste à savoir si cette rencontre aboutira à un gel des niveaux de production.

Certes, en marge du G20 en Chine début septembre, les ministres de l'énergie russe et saoudien, le chef de file de l'Opep, ont annoncé la mise en place d'un groupe de travail chargé d'examiner la situation du marché pétrolier, et de recommander des mesures pour garantir sa stabilité. Mais cette déclaration résistera t-elle à la stratégie de Ryad qui continue de pomper à un niveau record pour conserver ses parts de marché ?

>>>A (RE)LIRE : Pétrole : "L'Arabie saoudite n'est pas prête à réduire sa production"

En attendant une quelconque annonce, le rapport de l'Agence internationale de l'énergie a rapidement fait céder du terrain aux prix du pétrole. A midi, heure de Paris, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 47,35 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 97 cents par rapport à la clôture de lundi.

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a écrit le 13/09/2016 à 21:35 :
Notre ami Gépé dirait à juste titre de profiter de la baisse actuelle pour augmenter la fiscalité du pétrole et de réduire celle du travail ! J'ajouterais qu'une taxation légère supplémentaire des énergies polluantes fossiles permettrait de financer la transition énergétique dont les réseaux de chaleur qui profitent à beaucoup au plan social et sont très efficaces, mais à la peine avec les bas prix du pétrole/gaz et par ailleurs l'efficience énergétique. A noter toutefois que les prévisions météo pour l'hiver que ne se trompent guère malgré qu'elles sont en avance, prévoient un hiver avec des vagues de froids plus nettes que l'an dernier vers février en Europe et aux Etats-Unis notamment. C'est aussi un facteur de soutien au pétrole et gaz à ne pas oublier.
Réponse de le 14/09/2016 à 8:43 :
Merci pour votre commentaire. Petit à petit, la vérité arrive à devenir une évidence. Patience! Encore merci.
a écrit le 13/09/2016 à 16:58 :
Et les Canadiens avec leur sable bitumineux qui devait envahir le monde, où en sont-ils?
a écrit le 13/09/2016 à 15:58 :
Merci beaucoup pour cet article que j'attendais depuis un moment maintenant parce que nous sommes en train de vivre un tournant historique au sein de notre économie. Le pétrole que l'on nous donnait à 200 dollars le baril il y a quelques années est en train de sombrer du fait de la réalité de notre économie.

Et les bla bla habituels des puissances financières n'arrivent plus à compenser les pertes massives d'encaissement que sont en train d'engendrer les chutes de pouvoir d'achat des ménages.

Comme je le dis assez souvent je pense la consommation mondiale, l'économie réelle donc, non financière, est en berne, maintenant que cette vérité est avérée ne serait il pas temps de se demander pourquoi ?

Parce que cela vienne des énergies renouvelables serait vraiment une bonne nouvelle mais particulièrement surprenant car même si c'est un secteur en pleine croissance il est encore très loin de pouvoir rivaliser avec le pétrole.

La purge salariale débutée lors des délocalisations de masse et cet acharnement financier contre les salaires, aidés par un chômage de masse incontrôlable même si nous arrivons aux élections et qu'ils vont tous nous promettre encore une fois tout et n'importe quoi, parce qu'ils savent ces gens là, plus nos situations économiques se détériorent et plus ils savent, c'est fascinant, ne serait ce pas la première des raisons de cette chute de la consommation ?

Parce que si les gens consomment moins il est évident que c'est pas parce qu'ils ont mauvais caractère mais parce qu'ils gagnent moins hein.

Donnez un milliard d'euros à un million de gens qui en ont besoin et 99% seront réinjectés au sein de l'économie réelle, donnez un milliard d'euros à un milliardaire et 1% sera réinjecté le reste sera entassé dans un paradis fiscal quelconque qui non seulement ne profitera pas à l'économie mais qui en plus ne profitera pas à la redistribution fiscale non plus appauvrissant d'autant les gens.

C'est grâce à ces bilans et donc surtout à ce type d'article que l'on peut réellement enfin avancer, encore merci.
Réponse de le 13/09/2016 à 20:38 :
Je suis plutôt d'accord avec vous dans l'ensemble ... Mais toujours en désaccord sur des broutilles!

C'est un fait il y a moins de consommation parce que finalement on gagne moins ...
Il y a une ou deux décennies beaucoup de français mettaient leur argent en banques ( champion du monde en épargne ) mais néanmoins on dépensait.
Aujourd'hui nous avons " 2 " classes : celle qui survit et l'autre qui vit bien mais moins bien qu'avant ( je parle des personnes qui sont jusqu'à 75 % du revenu médian français ).
Ne parlons pas des revenus médian entre 75% et plus ( ton avis vaut le mien ).
Ceux qui survivent ne peuvent consommer pour faire avancer le système ...( c'est un fait )
Pour les autres ( dans une majorité ) la mentalité a aussi changé .Dans ma catégorie sociale ( revenue similaire ) - j'appartient a la classe moyenne ( disons sup ... l'âge aidant ) dont la majeure partie des biens de consommation s'offre a moi , oui mais...
Ma voiture a 14 ans ( c'est un modèle sport que j'avais payé bonbon ) , en changer pour un modèle inférieur alors qu'elle fonctionne encore ...( la faut avouer que si j'avais les ressources j'en changerais ).
Un appareil photo acquis depuis 8 ans , mon désir est dans changer pour un plus performant mais vu que je fait en moyenne 30 photos par an cela relève plus du caprice que du besoin...
Ma chaudière fioul est a changer ( + de 30 ans ) elle consomme mais j'ai jamais été embêté...
Changer de maison , je suis très bien ou j'habite ...
Une nouvelle télé plus grande avec une meilleur définition , oui mais en serais je plus heureux !

Je pourrais continuer... mais cette société de consommation que j'avais du mal a comprendre quand j'étais jeune à l'heure actuel je m'en suis débarrassé .
Et la c'est un point que tu as négligé...

je n'achète que les choses que j'ai besoin et aussi celles que me font plaisir ( si je ne le possède pas ) et si elles me servent réellement ...
La société de consommation je m'en passe et tant pis pour le PIB de la France!

Et je pense pas être le seul a penser ça .
Réponse de le 13/09/2016 à 21:52 :
Vous parlez seulement de votre cas là, je parle d'une tendance macro-économique.

Si je devais penser d'abord à moi avant de faire une analyse économique cela serait bien subjectif, pareil pour les journalistes imaginez s'ils faisaient des articles en fonction de leur seule expérience, cela serait forcément faux. Alors certains le font certes mais pas ici et en générale c'est souvent peu intéressant, il faut l'habiller de bien des formes et la forme n'est pas ce qui m'attire.

Il faut prendre une tendance générale et non personnelle, nous sommes 7 milliards sur cette planète et tout autant d'individus différents.

Les cas particuliers sont indispensables pour approcher la vérité mais sachant que l'idéal serait de prendre les 7 milliards de cas en compte, une seule ne valant pas grand chose la mienne autant que la votre, la tâche s'annonce improbable.

C'est pour ça que l'on parle de "macro-économie".

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